Ce Jour-là

Carmélites de Compiègne

Carmélites guillotinées en 1794 et canonisées

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Les carmélites de Compiègne sont seize religieuses carmélites condamnées à mort et guillotinées le 29 messidor an II (17 juillet 1794) par le Tribunal révolutionnaire au motif de « fanatisme et de sédition ». Arrêtées et condamnées sous la Terreur, elles avaient, deux ans auparavant, fait le vœu de donner leur vie pour « apaiser la colère de Dieu et que cette divine paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l'Église et à l'État ». Leur mort paisible sur l'échafaud impressionna les foules. Elles ont été béatifiées en 1906. Le 18 décembre 2024, le pape François les a canonisées.

Leur vie et leur arrestation ont inspiré plusieurs œuvres (nouvelles, pièces, films, opéras) intitulées pour la plupart Dialogues des carmélites.

L'ordre du Carmel est réformé au XVIe siècle en Espagne par Thérèse d'Avila, qui souhaite un retour rigoureux à la règle de 1247. L'une des manifestations les plus visibles en est la tenue modeste à l'extrême : pieds nus, sandales et robe de bure. Le premier carmel réformé est fondé en France en 1604 par le cardinal Pierre de Bérulle avec l'aide de Barbe Acarie.

Le carmel de Compiègne est fondé le 21 avril 1641. Huit carmélites viennent y prendre possession de la maison dite de la « Toison d’or ». C'est le cinquante-troisième carmel fondé en France. Elles déménagent ensuite plusieurs fois, avant de s'installer définitivement le 23 mars 1648 dans le couvent construit pour elles et dédié au mystère de l’Annonciation. Situé à proximité du château royal, il bénéficie jusqu'à la Révolution de la protection des reines de France, d'Anne d'Autriche jusqu'à Marie-Antoinette.

Avant la Révolution, le couvent compte vingt et une carmélites. Les religieuses de chœur étant issues de la petite ou moyenne bourgeoisie ou de la petite noblesse, aucune ne vient de la grande aristocratie. Au moment où débute la Révolution, la prieure est mère Thérèse de Saint-Augustin.

Le songe de sœur Élisabeth-Baptiste

À la fin du XVIIe siècle, une carmélite de ce monastère, sœur Élisabeth-Baptiste, voit en songe toutes les religieuses de son couvent dans la gloire du ciel, revêtues de leur manteau blanc et tenant une palme à la main. La palme est le symbole du martyre dans le christianisme.

L'interrogation quant à l'éventualité d'un martyre reste présente au long du siècle, jusqu'à la Révolution. Aussi, en septembre 1792, lorsque la mère prieure sent dans la communauté monter le désir du martyre, elle propose aux religieuses un acte de consécration par lequel « la communauté s'offrirait en holocauste pour apaiser la colère de Dieu et [pour] que cette divine paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l'Église et à l'État ».

Cette consécration est faite d'enthousiasme par toutes les religieuses, sauf deux, plus anciennes, qui expriment leurs craintes. Elles sont moins émues par le sacrifice lui-même que par la manière dont il devra s'accomplir (la guillotine). Mais quelques heures plus tard, en pleurant, elles sollicitent la faveur de prêter à leur tour le serment et de se joindre à leurs sœurs.

Désormais, chaque jour, la communauté, dans son ensemble — lorsque les religieuses vivent encore dans leur couvent —, puis dans les différentes maisons d'accueil — après l'expulsion —, renouvelle sa consécration.

Vie du couvent pendant la Révolution française

Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont confisqués et remis à la Nation, afin de résoudre la crise financière, mais les religieuses peuvent rester dans leurs bâtiments.

Le 13 février 1790, tous les ordres monastiques et les congrégations régulières sont dissous. Les vœux que les religieux ont prononcés sont déclarés nuls parce que « contraires à la liberté ». L'Assemblée nationale invite chacun à rentrer chez soi, mais autorise ceux qui le désirent à rester dans leur couvent, devenu bien national.

Les biens de l'Église et des couvents ayant été saisis par l'État, les religieux se trouvent sans ressources. C'est donc l'État qui les prend en charge et l'Assemblée constituante leur verse une pension.

Les carmélites de Compiègne, qui ont déclaré vouloir vivre et mourir dans leur « Sainte Maison », restent en communauté et touchent leurs 7 243 livres de pension annuelle légale. En décembre 1789, sœur Constance de Jésus, alors novice au carmel, se trouve interdite par la loi de prononcer ses vœux (loi du 29 octobre 1789 de « Suspension des vœux dans les monastères »). Elle restera donc novice, accompagnant ses sœurs professes.

Le décret du 8 octobre 1790 prévoit que « les religieuses qui préféreraient la vie commune à la liberté doivent nommer entre elles, au scrutin et à la pluralité absolue des suffrages, une supérieure et une économe ». Mère Thérèse de Saint-Augustin est réélue supérieure, et mère Henriette de Jésus est élue économe. Le vote a lieu sous la surveillance de deux officiers municipaux.

Les congrégations séculières sont dissoutes le 18 août 1792. La veille, les autorités ont signé le décret expulsant de leurs couvents toutes les religieuses qui y résident encore, les bâtiments devant être vendus pour financer la dépense publique. La date limite de l'exécution est fixée au 1er octobre. C'est dans les jours qui suivent que la communauté monastique prononce son vœu de martyre.

Le 14 septembre 1792, jour de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, les carmélites sont expulsées de leur couvent par les autorités civiles avec interdiction de porter l'habit religieux et « rendues à la vie civile ».

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