Ce Jour-là

Carla Bley

Pianiste et compositrice de jazz américaine

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Carla Bley est le nom de scène de Lovella May Borg, née le 11 mai 1936 à Oakland (Californie) et morte le 17 octobre 2023 à Willow (État de New York), une pianiste, organiste, compositrice et cheffe d'orchestre de jazz américaine.

Musicienne au style inclassable, Carla Bley est une figure importante du jazz post-bop. Elle écrit l'opéra jazz Escalator over the Hill à la fin des années 1960. Après avoir beaucoup écrit pour son big band, elle prend confiance dans son jeu de pianiste au fil des années 1990, jusqu'à se consacrer davantage à son trio avec le saxophoniste Andy Sheppard et son compagnon, le bassiste Steve Swallow.

Elle travaille également avec des artistes du monde de la pop comme Linda Ronstadt, ou du rock comme Jack Bruce, Robert Wyatt ou Nick Mason.

Carla Borg naît à Oakland en Californie le 11 mai 1936. Son père, Emil Borg est professeur de piano et maître de chapelle. Très croyant, il pousse sa fille à chanter et à apprendre le piano dès l’âge de trois ans pour jouer de la musique religieuse. Elle est principalement autodidacte, arrêtant les cours à l'âge de 5 ou 8 ans. Elle arrête l'école à 15 ans.

Carla Bley écoute un peu de jazz, sans intérêt particulier. Sa vie change en 1955, à l'écoute de What's New? de Teo Macero, un album de jazz atonal, polyrythmique et librement improvisé. Sur-le-champ, elle emprunte une voiture et débarque à New York, alors qu'elle est âgée de 17 ans. Comme elle est sans le sou et veut écouter de la musique, elle travaille comme vendeuse de cigarettes ou photographe au Birdland, où elle écoute notamment Bud Powell, Thelonious Monk ou Count Basie, qui restera son pianiste préféré. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley avec qui elle se marie en 1957. Partis à Los Angeles, il l'encourage à composer : elle raconte qu'un jour, manquant de morceaux pour un concert, Paul est venu la voir en lui disant qu'il lui fallait six morceaux pour le lendemain. Pour autant elle doute de ses talents, et son psychiatre de l'époque lui suggère des électrochocs pour l'aider à se débarrasser de cette idée de composer.

Paul Bley engage Ornette Coleman dans son quartet, et Carla découvre le free jazz, style qui marquera durablement sa musique.

Carla et Paul divorcent deux ans plus tard, elle garde le nom de Bley et Paul garde à son répertoire nombre des compositions de son ex-épouse.

Elle retourne à New York au début des années 1960. Ses compositions commencent à être interprétées par Jimmy Giuffre (Fusion, Thesis en 1961), George Russell ou Art Farmer. Elle travaille dans les vestiaires de clubs de jazz (Basin Street, Jazz Gallery) afin d'écouter le plus de musique possible.

En 1964, Carla Bley rencontre Michael Mantler qui sera son compagnon dans la vie privée pendant des années. Ils participent tous deux à l’aventure de la Jazz Composers Guild, un collectif créé par le trompettiste Bill Dixon où se croisent nombre de musiciens du jazz d’avant-garde de l’époque (Roswell Rudd, Archie Shepp, Don Cherry, Milford Graves, Cecil Taylor, Pharoah Sanders, Gato Barbieri, Leroy Jenkins, Grachan Moncur III, etc.). Bley écrit quelques pièces pour cet ensemble de musiciens, dont Roast, qu'elle considère comme un désastre.

En 1966, elle sort son premier disque, Jazz Realities, avec Michael Mantler et Steve Lacy, marqué par l'influence du free jazz et de l'improvisation collective.

En 1966, Mantler et Carla Bley sont à l’initiative du Jazz Composer's Orchestra, émanation de la « guilde ». Une association à but non lucratif, la Jazz Composers Orchestra Association Inc. est créée pour le financement de l'orchestre et la publication des disques (label JCOA). La même année naît leur fille Karen Mantler, qui jouera sur plusieurs albums de Bley.

C’est avec cette formation qu’ils enregistrent, entre autres, l’opéra jazz Escalator over the Hill. Cet OVNI musical long de deux heures (où se trouve brassés free jazz, rock, musique indienne et réminiscences de la musique de Kurt Weill) est publié en 1971 sous forme de trois LP par le label JCOA. Les enregistrements se sont étalés sur trois ans (1968-1971). Le livret est du poète Paul Haines. Cinquante-trois musiciens y participent, issus en grande partie de ce qui se fait de mieux en matière de jazz et de rock : Viva, Jack Bruce, Linda Ronstadt, Sheila Jordan, Jeanne Lee, Karen Mantler et des musiciens comme Gato Barbieri, Jimmy Lyons, Don Cherry, Enrico Rava, Jimmy Knepper, Roswell Rudd, Howard Johnson, Leroy Jenkins, Don Preston, John McLaughlin, Sam Brown, Charlie Haden, Karl Berger, Paul Motian, etc.

En dehors de son activité avec le Jazz Composer's Orchestra, Carla Bley collabore avec d'autres musiciens.

En 1967, elle écrit pour Gary Burton « l'opéra sans paroles » A Genuine Tong Funeral, en fait une suite instrumentale sur le thème de la mort. Elle y mêle musique latino-américaine, blues, rock et la musique de Kurt Weill.

En 1968, elle écrit les arrangements du disque Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Ce disque affiche ouvertement les opinions politiques de gauche d'Haden. Outre des compositions de la pianiste, du contrebassiste (dont un hommage à Che Guevara) et d'Ornette Coleman, sont interprétés des chants traditionnels de la guerre d'Espagne, une marche « révolutionnaire » de Hanns Eisler et le negro spiritual We Shall Overcome (un des symboles de la lutte contre la guerre du Viêt Nam). Bley et Haden se retrouveront à d'autres reprises pour d'autres disques sous le nom de Liberation Music Orchestra.

Premiers albums avec le Carla Bley Band

En 1973, Carla Bley et Michael Mantler fondent le label WATT, un nom qui selon Bley s'inspire de trois choses : les Watts Towers de Los Angeles, le roman Watt (en) de Samuel Beckett, et « Watt the hell was that? » (jeu de mots sur watt/what). C'est sur ce label qu'est publié son premier disque comme leadere, l'étrange Tropic Appetites (texte des chansons Paul Haines, chanteuse Julie Tippetts). Suit, en 1977, Dinner Music où la section rythmique est celle du groupe Stuff du batteur Steve Gadd.

Elle fait partie du Jack Bruce Band en 1975, avec lequel elle donne plusieurs concerts, dont témoigne notamment Live '75 (publié en 2003).

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