La capitation est un impôt qui a été pratiqué dans la Rome antique et par les administrations byzantine et surtout perse, ainsi qu'en France pendant l'Ancien Régime et dans les empires coloniaux européens. Le terme dérive du latin căpĭtātĭo (« taxe par tête »). Il s'agit d'un impôt très proche de l’impôt par tête.
Le terme de capitation est aussi utilisé pour désigner un mode de rémunération des médecins.
Sous la Rome antique, la capitation était un impôt calculé à partir du nombre de personnes travaillant dans une exploitation agricole. On distingue la capitatio plebeia sur les personnes et la capitatio terrana, capitatio humana et capitatio animalium des impôts fonciers.
La capitation, sorte d'impôt foncier, était exigée des chrétiens en échange de la paix dont ils jouissaient. Elle était établie sur les revenus de la personne. Les magistrats des administrations politiques et religieuses en étaient exemptés. Le sentiment de castes supérieures et inférieures se développa (il était dégradant d'être soumis à cet impôt).
Durant les premières conquêtes arabes
Les premiers califes arabes ont maintenu et étendu ces impôts dans les contrées conquises. Ensuite, les territoires occupés étant en majorité non-musulmans, la capitation (appelée la jizya dans le Coran, sourate 9,29) fut imposée dans les territoires conquis aux sujets non-musulmans. Cette imposition entraîna une conversion progressive des dhimmis. En 691, le calife Abd-al-Malik fut le premier à ordonner un recensement en Syrie des populations conquises et certainement également des coptes en Égypte. Le caractère humiliant de la "jizya" n'est toutefois pas apparu tôt dans la conquête arabe. C'est à partir de la période omeyyade que cet impôt est dit relever de l'autorité divine, et marquant l'infériorité de ceux qui y sont soumis.
Le sultanat de Dehli, musulman, sur le nord de l'Inde instaura également la jizya qui fut supprimée par Akbar, empereur moghol, et réintroduit en 1679.
En France, sous l'Ancien Régime, la capitation est un impôt direct établi par le roi de France et de Navarre, Louis XIV, par la déclaration du 18 janvier 1695, à la suite de la crise économique de 1692 à 1694, pour financer la guerre de la Ligue d'Augsbourg.
Il est le premier nouvel impôt direct créé depuis la royalisation de la taille au XVe siècle.
La capitation est instaurée sous le règne du roi Louis XIV.
Depuis 1688, le royaume de France est engagé dans la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En 1694, nulle paix n'est en vue. Pour faire face aux dépenses militaires, le contrôleur général des finances, Louis Phélypeaux de Pontchartrain, a déjà mis en œuvre les mesures financières habituelles en cas de guerre : les meubles et vaisselles d'argent ont été envoyés à la fonte, le titre ou aloi de la monnaie a été abaissé, de nouveaux offices ont été créés. Mais ces mesures n'ont pas permis de compenser des dépenses ordonnancées qui s'élèvent, en 1693, à 180 448 155 livres tournois : en regard, le revenu brut n'est que de 146 480 644 livres tournois, desquelles il faut déduire 38 542 479 livres tournois de charges de collecte, ce qui réduit le revenu net à 107 938 165 livres tournois et laisse un déficit de 72 509 990 livres tournois.
L'augmentation de la taille n'était pas envisageable, les taillables n'étant pas remis de la crise de 1693-1694.
Le contrôleur général des finances, Louis Phélypeaux de Pontchartrain, prépare un projet de capitation.
Il fait proposer l'établissement de la capitation par les États de Languedoc. Par leur délibération du 10 décembre 1694, ceux-ci déclarent : « L'assemblée prend la liberté de proposer à Sa Majesté qu'il lui plaise de faire une subvention générale ou capitation qui soit supportée par tous ses sujets. Elle a estimé qu'il y a pas de moyen plus sûr pour soutenir le poids des affaires de cette espèce de subside qui pourra suffire à toutes les charges et qui sera fixe et certain durant le cours de la guerre, et qui, étant partagé par tous les sujets de Sa Majesté, chacun selon sa force, fournira des secours abondants et maintiendra l'honneur et le repos de l'État sans être une charge aux particuliers ».
Impôt universel sur les personnes, la capitation touche les trois ordres — le clergé, la noblesse et le tiers état — de l'ensemble des provinces du royaume — pays d'élections, d'états ou conquis. Seuls en sont exempts : les ordres mendiants, les pauvres certifiés par leur curé ainsi que les taillables imposés moins de quarante sols. D'autre part, le clergé, bien qu'il n'en soit pas exempt, l'acquitte en don gratuit consenti par son assemblée (4 millions de livres par an et un rachat définitif de 24 millions en 1710). Cet impôt devait être temporaire.
Assise sur le foyer fiscal, la capitation était nominative mais restait proche de la fiscalité réelle, en taxant l'état social, considéré comme un bien réel, sous forme d'un forfait établi par un tarif : le chef de feu était imposé à l'identique, pour un foyer de deux ou huit personnes.
Le tarif de 1695 répartit la population en vingt-deux classes établies suivant le rang des personnes et de l'estimation de leur revenu annuel. À l'intérieur d'une classe, chaque personne doit payer le même montant. On compte 2 000 livres pour la première classe et 20 sous pour la dernière. La première classe comprend le dauphin, les princes du sang, les ministres, les fermiers généraux (majoritairement roturiers). La seizième classe comprend les professeurs en droit, les grands maîtres, proviseurs et principaux des collèges, les huissiers du Châtelet, les marchands de blé, de vin et de bois. La dernière classe est formée par les journaliers agricoles, les manœuvres et les soldats.
Des rangs honorifiques sont introduits, dans chaque classe fiscale, par trois compléments au tarif appelés additifs : l'additif du 12 février 1695, celui du 26 février suivant et celui du 31 janvier 1696. Ils rétablissent, au sein de chaque classe fiscale, les hiérarchies sociales, selon l'état qui classe les militaires devant les hommes de justice.