La canonisation est une déclaration officielle et définitive de la part de l'Église catholique ou des Églises orthodoxes, reconnaissant une personne comme sainte. L’Église affirme avec certitude que la personne est au Paradis, intercédant auprès de Dieu pour les hommes, du fait de la reconnaissance de miracles comme celui de sainte Irène. D'autre part, par cet acte, le saint est proposé comme modèle de vie chrétienne aux fidèles.
Dans l'Église catholique, la canonisation conduit le culte du saint à l'échelle universelle, tandis que pour les bienheureux, le culte peut être limité au diocèse ou à l'ordre religieux dans lequel il a vécu. Le saint reçoit une place dans le calendrier liturgique de l'Église, date à laquelle il est commémoré et invoqué liturgiquement.
Tous les fidèles, étant appelés à la sainteté par leur baptême, peuvent être dignes de vénération posthume aux premiers temps de l'Église, tels les martyrs dès le IIIe siècle, puis les confesseurs de la foi.
Jusqu'au Xe siècle, il n’existe pas dans l'Église de procédure centralisée pour déclarer une personne sainte. Le plus souvent, c’est la vox populi qui déclare la sainteté ; l’évêque du lieu la confirme par des cérémonies solennelles : élévation de la personne considérée comme sainte (du latin elevatio, il s'agit de l'exposition de son corps dans un sarcophage, une châsse ou de ses reliques — son corps, des parties de son corps ou des objets en lien avec lui — dans un reliquaire, étape souvent précédée de l'invention des reliques), éventuellement translation de ses reliques, enfin déposition en faisant inhumer ses restes sous un autel, dans un tombeau dans une crypte ou,
à partir du XIe siècle, dans une châsse ou un reliquaire élevés dans le chœur de l'église.
En 798, le moine anglais Alcuin écrit à l’empereur Charlemagne qu’il faut se méfier de la vox populi lors de l'élection des princes pour éviter l’influence d’une émotion populaire éphémère ou la fabrique anarchique de saints, motif de supercheries. C'est dans cet esprit que le Saint-Siège s'efforce de supprimer la canonisation par acclamation et de réglementer la procédure pour ne pas confondre « réputation de sainteté » et enthousiasme populaire passager, permettant ainsi les conditions d’un jugement historique dépassionné. La première déclaration officielle de la part de l’Église de la sainteté d’une personne est la bulle pontificale envoyée par Jean XV en 993 aux évêques de France et de Germanie pour leur signaler qu'Ulrich, évêque d’Augsbourg, devait être considéré comme saint. Le terme même de canonisation apparaît sous la plume du pape Benoît VIII à propos de saint Siméon de Padolirone. Au cours du XIIe siècle, l’examen des cas de canonisation par la papauté se développe : sous Alexandre III (pape de 1159 à 1181), douze causes sont examinées, sept sont rejetées tandis que cinq fois la vénération d'un saint est autorisée. Alexandre III tente en vain de se réserver ces autorisations par la décrétale du 6 juillet 1170 (en lien possible avec la mort du roi de Suède Éric IX dont le culte populaire en aurait fait un saint mort en ébriété au cours d'une rixe, ce que désapprouvait le pape), mais cette ordonnance ne se fait pas sans résistance et quelques translations de corps saints par les évêques ont encore lieu. Si la première canonisation par le pape date de 993, la procédure épiscopale ou la vox populi perdurent jusqu'au XIIe siècle. En 1215, le IVe concile du Latran interdit la vénération des reliques (y compris anciennes) sans l’accord du pape. La procédure est mise en place au XIIIe siècle. En 1234, l'introduction du bref Audivimus du pape Alexandre III dans les Décrétales de Grégoire IX consacre la « réserve pontificale » en matière de canonisation. Si Grégoire IX se réserve le droit exclusif de procéder aux canonisations et formalise le procès en canonisation, l'application systématique de cette réserve ne s'effectue que progressivement. Ainsi, jusqu’au XVIe siècle, l’approbation épiscopale suffit encore à établir le culte local d’un saint.
Le plus ancien procès en canonisation dont on possède les pièces est celui de Galgano Guidotti (saint Galgano), ermite mort en 1181 et sur lequel on enquête quatre ans plus tard. La foi et les bonnes œuvres de son vivant, ainsi que les miracles, avant ou après sa mort, sont nécessaires pour déclarer la sainteté d’une personne. S’ajoute dans les requis la réputation de sainteté (qui rejoint la vox populi).
Le 11 février 1588, par la constitution apostolique Immensa aeterni Dei, le pape Sixte-Quint institue la Sacrée congrégation des rites chargée d'instruire la cause des saints. Urbain VIII, par deux décrets de 1625, précisés le 5 juillet 1634 dans sa constitution Cælestis Jerusalem, fixe de façon claire et détaillée les critères et la procédure de béatification et de canonisation : après enquête du tribunal diocésain, la Sacrée Congrégation des Rites examine les écrits, paroles et actes du postulant, s’informe de sa réputation de sainteté, de ses vertus, de ses miracles. Si ce premier procès, dit procès apostolique, est favorable, la Congrégation propose l’introduction de la cause au pape, qui l’accepte en signant un « bref ». Un procès de non-culte est ensuite ouvert, suivi d’un procès sur l’héroïcité des vertus du postulant, qui est réexaminé par la Sacrée Congrégation. Enfin, l’examen des miracles (au moins deux) permet l’ouverture du réel procès en canonisation.
Au XVIIe siècle, la Société des Bollandistes se livre à des contre-enquêtes sur la vie des saints pour dénicher les faux saints construits par idéologie, aboutissant à des procès de « décanonisation ».
La procédure est lourde : la Curie romaine s’adjoint en 1930 une section historique afin de tirer parti des progrès de cette science. En 1939, le procès apostolique est supprimé pour les causes historiques (concernant des personnes mortes depuis très longtemps), simplification étendue en 1969 aux causes récentes. La même année, la Sacrée Congrégation des rites est dissoute et la Sacrée Congrégation pour les causes des saints créée pour les procès en canonisation. La procédure a encore été modifiée et simplifiée par Jean-Paul II (constitution Divinus perfectionnis magister en 1983), en réduisant le nombre des miracles requis et en accroissant l’attention portée à la sainteté de la vie menée, en laissant la décision finale au pape.
Parmi les dix mille saints dans la liste officielle de l'Église catholique (mais personne n'en connaît le nombre exact), près de 300 ont été canonisés selon cette procédure, la majorité ayant été proclamés saints par acclamation populaire. Sur les 83 papes canonisés, presque tous l'ont été durant le premier millénaire du christianisme. Les derniers canonisés étant Célestin V, Pie V, Pie X, Jean XXIII et Jean-Paul II en 2014, enfin Paul VI en 2018.
Procédure de l'Église catholique
On parle de procès en canonisation. Ce procès est instruit par la Congrégation pour les causes des saints, l'une des congrégations romaines du Saint-Siège, sise place Pie XII à Rome. La procédure est actuellement régie par la constitution apostolique Divinus perfectionis Magister du 25 janvier 1983, complétée par les Normes sur l'administration des biens des causes de béatification et canonisation du 7 mars 2016 publiées par cette Congrégation.
Aujourd'hui, pour être reconnue comme sainte une personne doit remplir plusieurs conditions. La procédure commune repose sur trois critères : le candidat, serviteur de Dieu laïc ou religieux, doit être mort en odeur de sainteté ; il doit avoir un rayonnement spirituel après sa mort (notion de réputation de sainteté, la fama sanctitatis qui doit être spontanée, durable, croissant continuellement et généralisée) avec des témoignages humains qui attestent son martyre ou ses vertus héroïques (pratique héroïque des trois vertus théologales et quatre vertus cardinales) ; il doit avoir accompli au moins deux miracles.
Outre cette canonisation formelle, la canonisation équipollente (appelée aussi canonisation équivalente) permet au pape d'étendre à l’Église universelle le culte d'un bienheureux et de l'inscrire au calendrier des saints en l'absence d'un procès en canonisation dans des conditions précises.