Canal+ est une chaîne de télévision généraliste nationale française privée à péage, axée sur le cinéma et le sport.
Lancée le 4 novembre 1984 à 8 h par Havas, Canal+ devient la première chaîne privée payante française.
Depuis 2014, elle appartient à la Société d'Édition de Canal Plus, filiale de Canal+ S.A., contrôlé par son actionnaire principal, le groupe Bolloré.
Initialement retransmise par les émetteurs terrestres analogiques en 1984 et accessible via un décodeur nécessitant de souscrire un abonnement payant, la chaîne payante est aussi progressivement diffusée par satellite puis télédistribuée sur les réseaux câblés. Avec la numérisation de la télédiffusion par satellite en 1996, son signal est également repris au début des années 2000 par les opérateurs et distributeurs internet puis sur la télévision numérique terrestre, le 31 mars 2005 puis jusqu'au 5 juin 2025. La chaîne payante est déclinée au plan national et international, sous diverses formules payantes et modes de diffusion, notamment satellite et IPTV ainsi que les terminaux complémentaires de type OTT.
Naissance de la première chaîne cryptée
En 1978, Jean Frydman, avec le projet TVCS (Télévision Communication Services), prévoit une quatrième chaîne, projet qui prend racine dans celui, bien antérieur, de Canal 10. En attendant de pouvoir créer une chaîne cryptée, le projet TVCS prévoit d'abord de produire et diffuser des programmes pendant les plages horaires où les trois chaînes françaises diffusent une mire (la nuit et tôt le matin). Finalement, la chaîne choisie pour diffuser les programmes produits par la société TVCS est Antenne 2, qui diffuse des émissions cryptées destinées aux entreprises ou à certains professionnels. Durant l'été 1981, plusieurs essais d'une quatrième chaîne consacrée au cinéma ont lieu depuis l'émetteur de la tour Eiffel. En 1981, la gauche prévoit de créer une quatrième chaîne devant être publique, régionale et culturelle.
En juin 1981, Pierre Nicolaÿ est nommé président du groupe Havas. En juillet 1981, il désigne Léo Scheer comme directeur du développement et directeur de cabinet du président et le charge de définir un plan stratégique dans le domaine audiovisuel pour le groupe. En août 1981, un rapport est présenté lequel prévoit d'accompagner la CLT (groupe RTL) et le gouvernement luxembourgeois dans leurs projets européens de télévision par satellite, puis de créer une chaîne à péage à partir du premier réseau hertzien français historique 819 lignes de TF1 en noir et blanc, doit être ré-exploité ou cédé par l'opérateur public français TDF. Pour Havas, ce plan prévoit également d'augmenter sa participation dans Pathé et passer de 10 % à 50 %, pour consolider les investissements dans le cinéma. Ce plan est dès lors adopté par la présidence du groupe de communication. L'équipe, dirigée par Léo Scheer comprenant Jacques Driencourt, Antoine Lefébure, Marie Castaing, rejoints par Sylvain Anichini et Marc Friedman, développe ce projet durant l'année 1983. Il comprend l'élaboration du plan d'affaires, la définition d'une grille de programmes basée sur la diffusion de films récents, la négociation avec le BLIC et les industries du cinéma, avec TDF pour la reprise technique du réseau, avec le SJTI, le cadre juridique de la concession de service public, l'expertise technique du décodeur et l'adaptation de la logistique, inspirée des chaînes hertziennes américaines à péage basées à Los Angeles, à l'instar de la chaîne HBO (Home Box Office).
Contexte politique et privilèges règlementaires
Le 21 juin 1982, le président de la République française François Mitterrand annonce lors d'une conférence de presse : « Une quatrième chaîne de télévision sera incessamment mise en œuvre. Elle se tournera davantage vers les retransmissions et aussi des thèmes culturels. Cette chaîne ne doit être financée ni par la redevance, ni par la publicité ». Ce projet de chaîne culturelle que lui ont suggéré Jean-Louis Bianco et Jérôme Clément, provient également de plusieurs autres sources. Une antenne à dominante culturelle est également un dossier soutenu par le ministre de la culture Jack Lang et son conseiller Jean Cazès, ainsi que par le ministre des PTT Louis Mexandeau et son conseiller Alain Giraud. L'objectif consiste à recycler l'ancien réseau d'émetteurs de la bande VHF, que TF1 a abandonné en renonçant au noir et blanc en 819 lignes, en passant à la télédiffusion en couleurs en bande UHF. Toutefois, le projet initial axé sur les sujets culturels avec une dominante sur le travail associatif et l'opéra est considérablement modifié pour devenir une chaîne à péage consacrée au cinéma.
En novembre 1982, alors que l'ex-directeur de cabinet du président de la République André Rousselet est nommé président de Havas, Léo Scheer et Jacques Driencourt présentent au comité de direction le projet appelé Canal 4. Selon Antoine Lefébure, le projet suscite l'enthousiasme de Rousselet qui en fait « son bébé ». Le comité de direction parait partagé; nombreux sont ceux qui s'inquiètent devant l'ampleur de l'investissement, en particulier Marc Tessier qui vient d'être nommé directeur financier. Toutefois, après une courte période d'hésitation, André Rousselet décide de mobiliser les moyens du groupe Havas pour faire aboutir ce projet. La phase de mise au point opérationnelle s'étale sur deux années supplémentaires, au cours desquelles certains membres du gouvernement vont tenter de réorienter le projet vers une télévision culturelle, dont Jack Lang en particulier, en désignant des personnalités comme Alain de Sédouy ou Michel Dahan pour participer à l'équipe de conception de la chaîne. Les projets développés jusque-là n'ayant donné aucun gage de réussite, André Rousselet nomme alors Pierre Lescure à la tête du projet de programmes. Lescure constitue son équipe ; Alain de Greef à la direction des programmes, René Bonnell pour le cinéma, Albert Mathieu pour la conception de la grille, Charles Biétry à la direction des sports, Frédérick Boulay, Erik Gilbert et Jean-Louis Burgat à la rédaction et Marc Tessier à la direction financière. Très homogène sur le plan générationnel, avec une moyenne d'âge autour de 40 ans, l'équipe élabore un projet qui, grâce à la pertinence de son programme, de son impact sur le financement du cinéma et du sport ainsi que de son modèle économique et commercial, rendent enfin le projet apte à être lancé. Cependant, André Rousselet qui garde la confiance du président de la République (selon Antoine Lefébure, Rousselet « était le meilleur copain de Mitterrand »), doit lutter pour parvenir à garder le contrôle, contre les pressions politiques. Certaines décisions visent également à protéger la toute première chaîne privée française.
Entre 1982 et la naissance de Canal+, le gouvernement français met en œuvre simultanément une série de mesures visant à freiner la croissance du marché de la vidéo ; fort succès commercial engendré par la faible offre télévisuelle de l'époque. Parmi les mesures qui permettent de freiner cette expansion, le 22 octobre 1982, un « blocus de Poitiers » vise à réduire considérablement l'importation des magnétoscopes, notamment d'origine asiatique. De plus, une redevance spéciale sur les magnétoscopes est adoptée par décret, le 17 novembre 1982. Enfin, une TVA dite « de luxe » à 33 % est appliquée pour tous les appareils vidéo et même les vidéocassettes préenregistrées. Au contraire, les décodeurs de Canal+ sont assujettis à la TVA la plus réduite, à l'instar de celle appliquée pour les téléviseurs.
Il apparaît qu'à la suite d'une erreur d'impression du chiffre 4 sur un dossier, l'idée du titre Canal+ est adoptée. Toutefois, certaines sources rapportent que ce serait le ministre de la communication Georges Fillioud qui aurait trouvé le nom Canal Plus mais sans en déposer la marque. Selon Philippe Dana, le directeur artistique de la chaîne et infographiste Étienne Robial pense à modifier la charte graphique et le logo de « Canal Plus » en « Canal+ » en 1984 pour le démarrage de la diffusion; le logotype « Canal+ » devient une marque déposée, le 27 février 1985.