Le Cambodge (en khmer : កម្ពុជា, romanisé en Kâmpŭchéa), ou en forme longue le royaume du Cambodge (en khmer : ព្រះរាជាណាចក្រកម្ពុជា, romanisé en Preăhréachéanachâkr Kâmpŭchéa), aussi appelé Srok Khmer, ស្រុកខ្មែរ, littéralement « le pays khmer », est un pays d'Asie du Sud-Est, peuplé d’environ 17 millions d'habitants. Sa capitale est Phnom Penh.
Le Cambodge est une monarchie constitutionnelle, héritière de l’ancien Empire khmer hindou et bouddhiste qui régna sur la péninsule d’Indochine entre le XIe et le XIVe siècle. Le Cambodge a des frontières communes avec la Thaïlande au nord-ouest, le Laos au nord-est, et le Vietnam à l'est et au sud-est. Les habitants du pays portent le nom de Khmers ou Cambodgiens. La majorité des Cambodgiens sont de religion bouddhiste theravāda (96 % de la population, religion d'État).
Entre le Ier et le VIIe siècle, le territoire du pays fait partie du royaume (ou royaumes) du Nokor Phnom, avant d'être absorbé par le royaume Chenla. Les principautés Chenla sont unifiées en 802 pour former l'Empire khmer. La chute de l'empire en 1431 précède un « Âge sombre » qui dure quatre siècles. En 1863, le Cambodge devient un protectorat français comme partie de l'Indochine française. Après la guerre d'Indochine, le pays recouvre son indépendance en 1953 en tant que monarchie constitutionnelle.
Dans le contexte de la guerre froide et de la guerre du Vietnam, une guerre civile éclate en 1967 entre le gouvernement et les rebelles communistes des Khmers rouges. Au cours de la guerre, la monarchie est renversée en 1970 par un coup d'État et la République khmère est proclamée. Cependant, les Khmers rouges parviennent à remporter la guerre en 1975 et rebaptisent le pays le Kampuchéa démocratique. Au cours des quatre années suivantes, les Khmers rouges commettent un génocide, durant lequel près d'un quart de la population est tué.
En 1979, les Khmers rouges sont renversés par une guerre contre le Viêt Nam, qui instaure un gouvernement pro-vietnamien largement non reconnu par la communauté internationale. Différentes factions anti-vietnamiennes continuent un conflit de guérilla contre l'occupation vietnamienne au cours des années 1980. À l'issue des accords de paix de 1991, le pays se trouve placé sous la tutelle de l'Organisation des Nations unies de 1992 à 1993. Par la suite, le Cambodge est rétabli en tant que monarchie constitutionnelle. Depuis un coup d'État en 1997, le pays est fermement sous la gouvernance du Parti du peuple cambodgien, qualifié d'autoritaire.
L'agriculture reste le secteur économique dominant (57,6 % de la population active et 33,4 % du PIB). Les industries principales du Cambodge sont la confection et le tourisme. Du pétrole et du gaz ont été découverts dans les eaux territoriales du pays en 2005. Le Cambodge connaît depuis la fin des années 1990 un fort développement économique et bénéficie de l'afflux d'investissements internationaux. Entre 2004 et 2007, le PIB du royaume connaît une croissance moyenne de 10 % par an. En 2025, il est classé en 100e position pour l'indice mondial de l'innovation. Le Cambodge a un climat tropical.
Le Cambodge actuel se veut l’héritier de l’Empire khmer qui domine la majeure partie de la péninsule indochinoise au XIIe siècle. De nombreux temples sont alors érigés sur l’ensemble du territoire, dont le plus notable est Angkor Vat. S’ensuit un long déclin au profit du Siam (actuelle Thaïlande) à l’ouest puis de l’Annam à l’est ; l'affaiblissement prend fin avec la mise sous tutelle du pays par la France, à la suite de la signature d’un traité de « protectorat » en 1863. Les milieux nationalistes instrumentalisent par la suite le déclin, en attribuant la responsabilité aux différents dirigeants qui se succèdent et qui par intérêt permettent cette décadence. Il convient selon leur doctrine de les écarter pour pouvoir renouer avec les fastes d’antan. Le retour à la gloire d’Angkor est sous plusieurs formes le message principal de la plupart des dirigeants de la seconde moitié du XXe siècle.
Le protectorat français intégré à l'Indochine française se termine le 9 novembre 1953 par l'indépendance du pays, à la fin de la guerre d'Indochine. Devenu une monarchie constitutionnelle (dès 1947) dirigée par le roi Norodom Sihanouk, le pays affiche une politique de neutralité dans la guerre du Vietnam, mais dès 1966 ne s'oppose pas au transit par son territoire des troupes et des fournitures du Nord Vietnam à destination des combattants anti-américains du Front national de libération du Sud Vietnam (Việt Cộng).
Confronté, à partir de 1967-1968, à une insurrection fomentée par les Khmers rouges — des rebelles communistes d'inspiration maoïste —, avec une économie qui va de mal en pis, Norodom Sihanouk doit se résoudre à confier le 14 août 1969 la direction du gouvernement au général Lon Nol, son pilier militaire, connu pour son anticommunisme, en échange d'une aide américaine. Le 18 mars 1970, Lon Nol, poussé par le prince Sisowath Sirik Matak, de la branche Sisowath concurrente, renverse Sihanouk en déplacement à l'étranger (Moscou et Pékin) et instaure la république khmère. Devenu allié des États-Unis, le Cambodge est alors intégré à la stratégie d'endiguement du communisme en Asie du Sud-Est. Après son renversement, Sihanouk montre son soutien aux Khmers rouges, ses anciens ennemis. Cela contribue à augmenter massivement leur nombre de combattants de 6 000 à 50 000.
Avec l'appui de la Chine et du Nord-Vietnam, les Khmers rouges déclenchent alors une véritable guerre contre les forces gouvernementales. En sus de cette guerre civile, le pays est entraîné dans la guerre du Vietnam. En mars 1970, à la demande des Khmers rouges, le Nord-Vietnam lance une offensive contre l'armée cambodgienne. Ils envahissent rapidement de grandes parties de l'est du Cambodge et remettent les zones nouvellement conquises aux Khmers rouges. À la fin de 1970, les Khmers rouges et le Nord-Vietnam sont en passe de gagner, mais les États-Unis interviennent intensivement (larguant plus de 2,7 millions de tonnes de bombes, faisant du Cambodge le pays le plus bombardé de l'histoire). Les pertes humaines sont estimées entre 50 000 et 150 000 lors des bombardements de 1969 à 1973. Les États-Unis maintiennent provisoirement le régime républicain (avril-juin 1970). D'après les services de renseignement américains, ces bombardements massifs et leurs conséquences sur la population ont permis aux rebelles de recruter nombre de nouveaux combattants. Cependant, lorsqu'en 1973 les États-Unis se désengagent de la région, leurs frappes aériennes ne parviennent plus à arrêter la menace communiste. Les Khmers rouges de Pol Pot, soutenus par la république populaire de Chine, prennent Phnom Penh le 17 avril 1975 et installent un régime totalitaire maoïste. La guerre a tué entre 275 000 et 310 000 Cambodgiens
L'« Angkar » (organisation) des Khmers rouges applique alors une politique maximaliste, plus extrémiste encore que celle des Soviétiques et des maoïstes, visant notamment à purifier le pays de la civilisation urbaine et bourgeoise. Les villes, à l'image de Phnom Penh dans la nuit du 17 au 18 avril 1975, sont vidées de leurs habitants, envoyés en rééducation dans les campagnes.
La traque systématique des anciennes élites ajoutée aux mines placées par les deux camps, à la malnutrition et aux maladies, aboutit à des massacres de masse et à une catastrophe humanitaire d'origine politique. Le chiffrage du nombre de victimes est un travail difficile et sur lequel les historiens ne sont pas encore parvenus à un consensus. Le chiffre de 1,7 million de victimes directes et indirectes est le plus communément admis.
Le 25 décembre 1978, redoutant le chaos s'installant chez son voisin, le Vietnam envahit le Cambodge et provoque la destruction des rizières, entraînant l'effondrement du régime des Khmers rouges. Les autorités vietnamiennes installent un gouvernement proche de leurs intérêts et réorganisent le pays selon le modèle socialiste laotien et vietnamien. Les États-Unis et le Royaume-Uni réagissent en instaurant un embargo et la Chine a envahi le nord du Vietnam le 17 février 1979. La guerre a duré un mois avant que la Chine ne se retire.