La calligraphie est, étymologiquement, la belle écriture, l'art de bien former les caractères d'écriture manuscrite. Ce mot provient du grec ancien κάλλος / kállos, « beauté », et γράφω / gráphô, « écrire ».
Presque toutes les civilisations qui pratiquent l'écriture ont développé un art de la « calligraphie ». Toutefois, certaines d'entre elles l'ont élevé à un statut spécial en fonction des contextes historiques ou philosophiques particuliers. Cela peut amener à un questionnement, l'usage du mot « calligraphie » lorsqu'il est appliqué à des cultures non gréco-romaines.
Par exemple, la notion de « beau » n'apparaît pas dans le mot japonais qui est traduit en Occident par « calligraphie », le mot japonais 書道 (shodo) signifie « la voie de l'écrit » et ce concept de « voie » renvoie à un univers davantage bouddhique que purement esthétique. Parler de « calligraphie » dans le cas des écrits des grands maîtres ou des moines bouddhistes est même un contresens, dans la mesure où cet acte représente pour eux un dépassement de la dualité du beau et du laid (concept de « voie »).
Par ailleurs, la place de cet art en Asie a été très différente de sa place en Occident, puisque l'apprentissage de l'art du trait était la base de la formation classique du peintre en Asie, dans des civilisations qui ne séparent pas la lettre et le dessin. Dans plusieurs civilisations orientales, la calligraphie fait partie des sciences occultes, hiérurgie (la pensée, le pinceau, le trait et l'idée philosophique sont indissociables).
Elle est aussi en Occident l'art des moines copistes, mais aussi de grands calligraphes chargés de contribuer au prestige des souverains et de l’aristocratie. En cela, le travail des calligraphes était plus dans la recherche d’une exécution parfaite servant la gloire de leurs commanditaires, qu’une quête purement « esthétique », notion toute contemporaine.
Les différents courants de calligraphie correspondent à des styles d'écriture qui sont un sous-ensemble des styles d'écriture manuscrite.
Calligraphie extrême-orientale
La tradition veut que les caractères chinois aient été inventés par Cang Jie (vers 2650 av. J.-C.). Ses compositions étaient fondées sur l'observation de la nature, c'est pourquoi on disait qu'il avait deux paires d'yeux. Une autre tradition fait remonter l'invention des caractères à Fuxi, le légendaire premier empereur. Quoi qu’il en soit, le fait est que l'art du trait a existé avant la fabrication des premiers pinceaux, gravé sur des carapaces de tortue dont il reste aujourd'hui quelques spécimens.
Le calligraphe est un lettré qui a la connaissance approfondie des textes spirituels et littéraires de sa culture ; il utilise toujours ce que la tradition a appelé les quatre trésors du lettré : bâton d'encre, pierre à encre, papier et pinceau. Ce ne sont pas des « objets », mais le prolongement du corps et de l'esprit du maître ou artiste qui agit dans « la voie ».
La calligraphie chinoise est le fondement de l'art chinois au sens moderne du terme, la beauté visuelle des idéogrammes, la technique sur laquelle elle s'appuie et les enjeux plastiques qui y sont liés incarnent l'ensemble des préceptes métaphysiques de la culture chinoise. Elle est devenue un art majeur.
L'écriture chinoise est une transcription de la langue chinoise, et des mots qui la composent, mais elle n'est pas pour autant phonétique. En général, il faut deux racines monosyllabiques pour composer un mot, et par conséquent deux caractères (sinogrammes). Toutes les racines sont monosyllabiques, chaque signe représente une idée et la langue écrite peut être lue dans toutes les langues de la Chine.
Néanmoins, un nombre écrasant de sinogrammes intègrent une dimension phonologique, en ce sens qu'ils reposent sur la ressemblance phonique de deux mots différents. Ainsi, le caractère qui veut dire « maman » s'inspire de celui qui transcrit le mot ma (« cheval »). On nomme parfois ces caractères, qui sont majoritaires, des « phonologogrammes ».
Si la langue graphique codifiée existe depuis 4 000 ans, les idéogrammes de la langue classique chinoise existent depuis presque 3 000 ans (VIe siècle av. J.-C.) et c'est vers 210 avant Jésus-Christ que Li Sseu déclarait : « Dans l'écriture d'un caractère, ce n'est pas seulement la composition qui importe, c'est aussi la force du coup de pinceau. Faites que votre trait danse comme le nuage dans le ciel, parfois lourd, parfois léger. C'est seulement alors que vous imprégnerez votre esprit de ce que vous faites et que vous arriverez à la vérité. »
La calligraphie est la forme d'art la plus caractéristique de l'aire culturelle chinoise, et les styles de peinture traditionnels en sont directement issus. Elle est à l'origine même de l'art au sens occidental du terme, la création plastique étant indissociable des visées utilitaires de l'écriture.
Cet art s'est également beaucoup développé au Japon, de nombreux caractères appelés kanji (mot japonais signifiant littéralement « écriture des Han » et désignant les idéogrammes) étant communs aux deux langues. Mais en raison du fait que, grammaticalement, le japonais est totalement différent de la langue chinoise, les Japonais ont été obligés de créer deux syllabaires : hiragana et katakana.
La calligraphie s'y est donc implantée aussi fermement qu'en Chine, sur la base de la copie des textes bouddhistes, de la poésie et de la littérature également. En raison de la présence de ces deux syllabaires, la calligraphie japonaise doit ses lettres de noblesse à la calligraphie au pinceau fin, tandis que la calligraphie chinoise aura toujours tendance à privilégier des traits plutôt charnus. La différence dans la fabrication des pinceaux entre ces deux pays tient compte de cela, même aujourd'hui dans le cadre d'une fabrication artisanale totalement manuelle.
La calligraphie n'existe pas sans l'art de la gravure des sceaux (篆刻, tenkoku). De même que pour les encres et pigments (pour la peinture), l'artiste grave lui-même son sceau. Une œuvre peut contenir de 1 à 7 sceaux différents.
La meilleure position pour calligraphier est au sol, avec une feutrine.