Ce Jour-là

Céleste Mogador

Danseuse, dramaturge et autrice française

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Élisabeth-Céleste Vénard, épouse de Chabrillan, dite Céleste Mogador, née le 27 décembre 1824 à Paris et morte le 18 février 1909 à Paris 18e, est une prostituée, galante, courtisane, comédienne, danseuse, actrice, autrice, chanteuse, propriétaire et directrice de théâtre, française, connue sous le nom de scène de « la Mogador ». Elle navigue aussi bien dans les hiérarchies sociales que prostitutionnelles, de Paris à Melbourne (Australie), du Poinçonnet à Asnières en passant par le Vésinet.

Élisabeth-Céleste Vénard est née à Paris, le 27 décembre 1824 à la maison de santé municipale Dubois. Ses parents habitent alors au no 7 de la rue Pont-aux-Choux dans le quartier du Temple, et semblent posséder une chapellerie rue du Puits.

Elle est la fille de Claude-Alexandre Vénard et de Marie-Anne-Victoire Bedo (1797-1874), propriétaires d'une maison garnie et d'une boutique de meubles au no 8 de la rue de Bercy-Saint-Jean. La tante maternelle de Céleste se nomme Adèle, et son oncle demeure inconnu. À l'âge de 5 ou 6 ans elle semble perdre son père. La relation entre la mère et la fille traduit toute la complexité des relations entre mères et filles au XIXe siècle. Anne-Victoire apparait et s'efface en fonction des revers de fortune de sa fille. Sa mère cumule les amants. Elle se met en concubinage avec un dénommé Vincent afin de pouvoir élever sa fille et de continuer à vivre, car "une liaison peut fournir un complément de ressources".

En 1835, Céleste a 11 ans et fait sa première communion. Elle devient apprentie-brodeuse chez un certain M. Grange, rue du Temple. Dans les rues, elle se prend à rêver devant les affiches de théâtre. À 14 ans (1838), elle veut fuir le domicile familial. L'année suivante, elle quitte son apprentissage chez M. Grange. L’amant de sa mère, Vincent, essaie un soir de la violer.

De l’état de prostituée à celui de galante : l’archétype d’un parcours d’une fille publique

À la suite de cette tentative de viol, Céleste Vénard fuit et se retrouve quelques jours seule dans la rue. Elle est recueillie par Thérèse, une prostituée. Peu de temps après, Thérèse et Céleste se font contrôler par deux gardes municipaux. Après leur arrestation, Céleste passe par la Conciergerie où le commissaire M. Régnier l’interroge. Thérèse est libérée, mais Céleste part alors pour la Conciergerie, puis la prison de Saint-Lazare. Pendant les années 1839-1840, Céleste Vénard reste enfermée. Elle rencontre des mendiantes, des prostituées, dont Denise et Maria la Blonde. À Saint-Lazare se côtoient des « filles de douze et de quinze ans et de femmes de trente et quarante ans ». Le désir d’ascension sociale de Céleste vient d’une volonté d’échapper à la précarité. La prostitution devient alors un moyen d’échapper à sa condition première. Lors d’une conversation entre Denise et Céleste, la première semble lui dire : « C’est une erreur, me dit-elle. Tu n’as vu que la basse classe de ces femmes, les laides ou les sottes. Mais j’en ai connu, moi qui se sont fait une petite fortune, qui ont de beaux appartements, des bijoux, des voitures ; qui ne sont en relations qu’avec des gens de la plus haute société. Si j’étais aussi jolie que toi, j’aurai bien vite fait mon affaire. Tu seras bien avancée de te marier à un ouvrier qui te battra peut-être, ou bien te fera travailler pour deux. Et puis tu es venue ici ; tu auras beau faire, on le saura et on te le reprochera. » » Céleste une fois seule : « Je me voyais riche, couverte de bijoux, de dentelles. Je regardai dans mon petit morceau de miroir ; j’étais vraiment jolie, et pourtant le costume n’était pas avantageux ». Cette Denise, mineure, est déjà bien informée sur les conditions pour rentrer dans le monde prostitutionnel : « J’ai encore 6 mois ; je veux me faire inscrire. Il faut avoir seize ans ; si on ne te réclame pas, tu feras comme moi. Je connais de belles maisons, où l’on nous donnerait beaucoup d’argent ».

À sa sortie de prison, Céleste retrouve le foyer familial. À 16 ans, elle part retrouver Denise dans une maison de tolérance, peut-être au 6 rue des Moulins. Elle se fait inscrire à la préfecture de Police sous le numéro 3748. Cette inscription signe pour une femme son entrée « dans le monde clos de la prostitution tolérée ». C’est dans cette maison qu’elle semble perdre sa virginité. Elle rencontre des hommes et des amants-clients, dont Alfred de Musset. Ce dernier l’humilie en l’aspergeant d’eau de Seltz lors d’un dîner au restaurant Au Rocher de Cancale. Avec Denise, Céleste fréquente les bals étudiants de la Grande Chaumière lors des étés 1840-42. Elles semblent fréquenter le Jardin Mabille avant et après sa restauration entre 1842 et jusqu’aux premiers jours de l’automne 1844. Puis elle semble fréquenter le bal Valentino en 1845. En 1846-47, elle fréquente les bals des Frères Provençaux. En 1849, elle fréquente certains des bals organisés au Jardin d’hiver.

Le sacre de reine Mogador au bal Mabille a lieu le 26 ou 28 septembre 1844 par Brididi, danseur et maître à danser. Sous le charme et désireux de trouver une concurrente à le Reine Pomaré, de son vrai nom Lise Sergent, Brididi apprend la polka à Céleste, nouvelle danse. Elle doit son surnom à l’actualité récente puisque la France était en guerre avec le Maroc. Celle-ci fait rage à la mi-août 1844. Le prince de Joinville donne l’ordre de bombarder la ville de Mogador (l’actuelle ville d’Essaouira). Par la suite, la France a eu autorité sur l’Algérie, et Céleste Vénard devint "La galante Mogador", accumulant les amants et les richesses.

Galante, courtisane et comtesse

Adulée, recherchée, courtisée, Céleste Mogador accumule les amants-clients. En raison de la fin de l’été et de la fermeture du Mabille, Mogador cherche une place dans les théâtres. Elle est engagée au théâtre Beaumarchais dans son propre rôle de reine de Mabille. Le succès retombant, vers 1845-1846, elle rencontre Laurent Franconi et devient écuyère à l'Hippodrome, place de l'Étoile.

En 1846-1847, elle pose pour Thomas Couture dans Les Romains de la décadence. La main de Céleste est représentée sur le personnage féminin central dans le tableau.

Elle rencontre toute la bohème romantique de la monarchie de Juillet. Elle fréquente principalement les Grands-Boulevards, le Palais-Royal et la place de la Madeleine, hauts-lieux des loisirs, des plaisirs et du racolage parisien. Parmi les cafés et restaurants, elle fréquente le Café Anglais, le Café Foy, la Maison dorée, l’Hôtel du Liban, Chez Tortini, le Ranelagh, Chez Brébant-Vachette…

La fréquentation de maisons de jeux se fait de façon clandestine. Ces maisons furent depuis le 31 décembre 1836 officiellement fermées. Bien qu'elles soient interdites, Céleste Mogador les fréquente lors des années 1846-48, rue Geoffroy Marie. Cela montre le besoin pressant d’argent que le gain offert par la prostitution ne peut combler. On constate que cette fréquentation ne dure qu’environ deux ans et qu’elle permet à Mogador de survivre.

Elle adapte sa vie en fonction de ses revers de fortune dans le but de survivre, d’évoluer socialement et d’imiter les bourgeoisies triomphantes. Céleste Mogador passe de l’état de grisette, de fille encartée, de lorette, de soupeuse, de noceuse, à celui de femme galante puis de courtisane. Garder son statut de femme galante n’est pas chose facile. Le parcours théâtral de Céleste est variant et montre une volonté et un courage infaillible à vouloir s’élever au sommet de la hiérarchie sociale, qui de facto l’élève dans la hiérarchie prostitutionnelle. De son propre rôle de danseuse à Mabille, sur la scène du théâtre Beaumarchais en 1844-45, au statut d’autrice de pièce de théâtre, Céleste Vénard passe par des premiers ou seconds rôles, dont écuyère à l’Hippodrome de 1845 à 1847. Elle devient également propriétaire de son propre théâtre, les Folies-Marigny à l’angle de l’avenue des Champs-Élysées et de l’avenue Marigny, dans les années 1862 à 1864, puis, directrice du Théâtre des Nouveautés de 1869 jusqu’au début des années 1870.

On peut déjà distinguer une forte mobilité tant spatiale que sociale du parcours de Céleste. Lorsque l’on s’intéresse aux salles de spectacles qu'elle fréquente, on peut dire qu'elle apprécie très majoritairement les salles de spectacles populaires. Sur les quarante-sept occurrences concernant les salles de théâtres où l’on joue tragédies, drames et vaudevilles, la base de données montre qu'elle fréquente majoritairement le Théâtre des Nouveautés, au 60 rue du Faubourg-Saint-Martin, avec dix-sept occurrences (voir tableau no 4). Le Théâtre Beaumarchais situé sur le boulevard du même nom comptabilise cinq occurrences. Le Théâtre de Belleville, et le Théâtre des Variétés comptabilisent quatre occurrences chacun. Trois occurrences sont dénombrées pour le Théâtre du Palais-Royal, les Folies-Dramatiques et le Théâtre de Cluny. Le Théâtre des Délassements-Comiques et le Théâtre de l’Ambigu comptabilisent deux occurrences. Le Théâtre de la Porte-Saint-Antoine, les Funambules, la Porte-Saint-Martin et le théâtre Vivienne comptent une occurrence chacun. Céleste Vénard ne fréquente donc pas tous les théâtres parisiens, mais uniquement ceux qu’elle connaît. On constate également que la forte présence du Théâtre des Nouveauté correspond à son statut de directrice. Toute la complexité de l’analyse correspond à l’entremêlement des différentes professions issues du monde théâtral (actrice, directrice, autrice, propriétaire) avec la notion de divertissement qu’offre le théâtre au travers des différents spectacles.

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