Ce Jour-là

Bulletin de la Fédération jurassienne

Journal anarchiste suisse

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Le Bulletin de la Fédération jurassienne est un journal anarchiste publié entre février 1872 et mars 1878 à Sonvilier, au Locle puis à La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Il s'agit d'un des premiers périodiques anarchistes de l'histoire, servant d'organe de presse à la Fédération jurassienne et à l'Internationale anti-autoritaire à une période où le mouvement anarchiste est en formation. Bien que le Bulletin ne publie jamais plus de 600 exemplaires par tirage, il joue « un rôle très important » au niveau théorique et historique, selon certains historiens.

À la suite du schisme de la première Internationale, marqué par la division entre les anarchistes et les marxistes, qui s'opposent aux congrès de La Haye et de Saint-Imier, le Bulletin de la Fédération jurassienne devient le lieu de rencontre et d'échange entre les anarchistes de la Fédération en question. De nombreux anarchistes notables de la première génération du mouvement, comme Carlo Cafiero, James Guillaume, Pierre Kropotkine ou encore Adhémar Schwitzguébel s'y retrouvent pour écrire.

S'étalant sur 283 numéros en six ans, des aspects centraux de théorie et de l'idéologie anarchiste y sont discutés et débattus ; le journal s'intéresse au collectivisme anarchiste, au syndicalisme et théorise la propagande par le fait à partir de 1877. Il est remplacé par L'Avant-Garde après sa disparition.

L'Association internationale des travailleurs (AIT) ou la première Internationale, est une association de travailleurs fondée à Londres en 1864. Il s'agit d'une organisation fondamentale de l'histoire du mouvement ouvrier, réunissant rapidement de nombreuses figures liées à son histoire, comme Mikhaïl Bakounine, Karl Marx, James Guillaume, Friedrich Engels, Errico Malatesta ou encore Carlo Cafiero. Différents mouvements politiques y sont représentés, allant du marxisme à l'anarchisme en passant par des socialistes plus modérés ou encore des proudhoniens.

En 1872, peu après l'épisode des Communes révolutionnaires en France, l'Internationale se divise, les marxistes s'allient aux blanquistes pour exclure Bakounine au congrès de La Haye. Celui-ci et ses alliés se réunissent alors au congrès de Saint-Imier, en Suisse, où ils disposent de forces importantes, pour exclure Marx de l'Internationale et la reformer sur des statuts garantissant l'autonomie des fédérations membres : ces deux congrès marquent la scission au sein de la Première Internationale, désormais divisée en deux, l'Internationale anti-autoritaire (1872-années 1880) et l'Internationale marxiste (1872-1876).

L'Internationale anti-autoritaire, dont la Fédération jurassienne est l'une des principales fédérations, est une organisation fondamentale dans l'histoire de l'anarchisme, devenant - bien que ce ne soit pas envisagé comme tel au départ - la première organisation anarchiste. Elle influence l'anarchisme sur de nombreux points de théorie et de pratique si bien qu'elle est souvent considérée comme l'organisation centrale de la naissance du mouvement anarchiste.

Le Bulletin de la Fédération jurassienne

En parallèle avec cette trame générale, la Fédération jurassienne commence à publier un Bulletin en février 1872, avant les congrès de La Haye et de Saint-Imier. James Guillaume, que l'historienne Marianne Enckell décrit comme « sans contredit le principal acteur de l’histoire de la Fédération jurassienne », en est l'organisateur.

Le journal a un tirage très limité, de l'avis même de Pierre Kropotkine, qui mentionne que le tirage ne dépasse pas 600 exemplaires. Aucun article n'est signé mais il est possible de retrouver les auteurs grâce à des manuscrits conservés à l'IISG. Les principaux auteurs du journal, sur toute sa période, sont les suivants:Paul Brousse, Carlo Cafiero, James Guillaume, Andrea Costa, B. Hubert, Pierre Kropotkine, Gustave Lefrançais, Benoît Malon, Paul Robin, Adhémar Schwitzguébel et Auguste Spichiger.Le journal sert de voix par laquelle s'expriment publiquement un certain nombre d'anarchistes notables de cette première et deuxième génération, comme Kropotkine ou Guillaume. Bien qu'il dispose d'un tirage très limité, l'internationalisme du mouvement anarchiste naissant est visible dans sa zone de distribution, qui couvre plus d'une dizaine de pays ; en réalité, la moitié des exemplaires publiés sont envoyés à l'étranger.

Le journal, publié jusqu'au 25 mars 1878, et qui évolue entre Sonvilier, le Locle et La Chaux-de-Fonds, disparaît et laisse place à la publication anarchiste suivante, L'Avant-Garde. En tout, il couvre 283 numéros.

Importance sur la formation et la naissance de l'anarchisme

Le journal « joua un rôle très important », selon Bianco. En effet, en plus d'être l'un des premiers périodiques anarchistes de l'histoire, des points centraux de théorie politique anarchiste et socialiste y sont développés en premier ; le journal se fait un défenseur du collectivisme anarchiste et de l'entrée des anarchistes dans les syndicats entre 1873 et 1875. Enckell cite un article de Guillaume indicatif de cette orientation: Nous l’avons dit souvent, l’utilité de la grève n’est pas tant dans les petits avantages matériels obtenus aujourd’hui et reperdus le lendemain; elle est avant tout dans l’agitation qu’elle crée et qui facilite le groupement des ouvriers, dans le sentiment de solidarité qu’elle éveille, enfin dans la conscience qu’elle fait naître, chez des ouvriers restés jusque-là indifférents, de l’opposition de leurs intérêts avec ceux du patron.Le Bulletin est aussi l'une des premières publications à théoriser la propagande par le fait, dans un article publié le 5 août 1877, où il est écrit, entre autres:Les socialistes révolutionnaires cherchent, par des émeutes dont ils prévoient parfaitement l’issue, à remuer la conscience populaire, et ils y arrivent. Les socialistes opportunistes blâment ces émeutes, ils les appellent des Putsch; ils en rient, les tournent en ridicule à la grande joie de la bourgeoisie qui les craint, au moment même où ceux qui y ont pris part partent pour la Sibérie ou passent devant les tribunaux pour s’entendre condamner parfois à la prison perpétuelle. […] Demandons-nous le sens qu’il faut attribuer à ces actes: Kazan, Bénévent, Berne. Les hommes qui ont pris part à ces mouvements espéraient ils faire une révolution? Avaient-ils assez d’illusions pour croire à la réussite ? Non, évidemment. Dire que telle était leur pensée serait mal les connaître, ou, les connaissant, les calomnier. Les faits de Kazan, de Bénévent, de Berne sont des actes de propagande tout simplement.

Importance comme source sur l'histoire du mouvement anarchiste

Enckell décrit le journal comme particulièrement important pour saisir à la fois la pensée anarchiste alors en formation et en constitution mais aussi pour avoir des renseignements sur les périodes ultérieures de l'Internationale anti-autoritaire, qui sont généralement moins étudiées.

Article relevé par Enckell sur la propagande par le fait disponible sur Wikisource

Intégralité du journal sur le site d'Archives Autonomies

Zoe Baker, Means and Ends: The Revolutionary Practice of Anarchism in Europe and the United States, Edinbourg, AK Press, 2023 (ISBN 978-1-84935-498-1)

René Berthier, La fin de la première Internationale, Paris, Monde Libertaire, 2015 (ISBN 978-2915514636)

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