Bucura Dumbravă fut le pseudonyme de Ștefania « Fanny » Szekulics, Szekulicz ou Seculici, née le 28 décembre 1868 et morte le 26 janvier 1926, écrivaine roumaine d'origine hongroise et alpiniste. Son œuvre littéraire, principalement écrite en allemand, raconte des histoires de haïdouks et de leurs légendaires exploits. Ils lui apportèrent le succès commercial en Roumanie et en Europe germanophone et furent préfacés par la reine Élisabeth de Wied.
Bucura Dumbravă se préoccupa de beaucoup de causes, et s'impliqua dans plusieurs projets culturels, mais on se souvient surtout d'elle pour son activité de promotion du tourisme en Roumanie. C'était une voyageuse et une montagnarde active, qui créa certains des premiers clubs de randonnée du pays. Sa littérature de voyage reste une référence dans la littérature roumaine alors que ses œuvres de fiction sont souvent oubliées.
Durant sa carrière, elle favorisa la présence de femmes dans la franc-maçonnerie roumaine. Avec l'âge, elle s'intéressa davantage au spiritualisme moderne anglo-saxon, et, en tant que disciple de Jiddu Krishnamurti, elle fonda la loge roumaine de la Société théosophique. Elle décéda au retour d'un voyage au Raj britannique, après avoir assisté à une conférence théosophique à Adyar.
La future écrivaine est née dans la ville de Bratislava. Son père faisait partie de la minorité magyare de Slovaquie ou de la minorité slovaque de Hongrie. Sa mère était allemande. Bucura Dumbravă fut élevée dans la culture allemande et était perçue comme telle. Fanny passa son enfance dans diverses régions d'Autriche-Hongrie et visita Vienne à quatre ans. Un an plus tard, ses parents émigrèrent en Roumanie, en tant qu'amis du roi Carol Ier. Son père dirigeait une compagnie d'assurances et certains historiens pensent qu'il dirigeait la loge maçonnique zur Brüderlichkeit.
La famille royale remarqua rapidement le jeu de Fanny au piano, son talent pour l'écriture de poésie allemande et sa passion pour la lecture de littérature roumaine romantique. À la cour à Sinaia, elle devint confidente et suivante de la reine Elisabeth et, en juillet 1884, fit son entrée dans la haute société en tant qu'invitée du couple royal.
En 1886, Fanny Szekulics devint philanthrope, en fondant la société de Tibișoiul afin d'organiser l'école du dimanche pour les enfants défavorisés. Plus tard, elle se fit connaître principalement en tant que critique de musique, chercheuse à l'Académie roumaine et conférencière sur des sujets religieux ; elle a travaillé avec le sculpteur Carol Storck et le musicologue Ion Popescu-Pasărea. In 1905, elle fonda, avec le politicien Vintilă Brătianu, Chindia, société pour la conservation et le développement du folklore roumain, en particulier des danses populaires. Le socialiste Frozy Nenițescu l'y rejoignit, se souvenant que, au moins à l'origine, la société luttait contre les influences orientales dans le costume roumain, craignait les tarafs "bruyants" et fut critiquée pour son caractère "exclusif". Son travail est retracé dans un film de 1913 de Nicolae Barbelian, qui inscrit dans la mémoire culturelle dix exécutions de danses nationales enseignées par Chindia.
Fanny suivit son père dans ses croyances et rejoignit la franc-maçonnerie mixte. Elle correspondit avec Annie Besant et la loge Le Droit Humain, devint diva de la Rose-Croix, et utilisa probablement la société Chindia pour recruter de nouveaux membres.
Le premier roman publié de Fanny Szekulics fut Der Haiduck ("Le Haïdouk"), imprimé chez Wunderling à Ratisbonne en 1908. La même année, la traduction de Teodor Nica fut imprimée chez Carol Sfetea à Bucarest : Haiducul (deuxième et troisième éditions en 1911; quatrième en 1914). Grâce au pseudonyme, le livre avait une allure mystérieuse et certains pensaient qu'il était écrit par la reine Elisabeth. Cette dernière avait effectivement suggéré à Fanny Szekulics son pseudonyme, qui rappelle les montagnes qui entourent Sinaia : le lac Bucura et le nom commun dumbravă ("taillis").
Roman historique, Der Haiduck fut décrit dans Mercure de France comme une fresque décrivant "les premiers patriotes de Roumanie", avec un "sujet séduisant" et "une sobriété parfaitement adéquate". Dans Transylvania, le critique Ilarie Chendi indiqua avoir été agréablement surpris par le livre et la bonne réception qu'il reçut en Allemagne. Selon Chendi, l’œuvre est remarquable pour sa description pleine de compassion des paysans roumains, avec leur "mode de vie ancien et sain". Les critiques ont relevé les recherches historiques de Bucura Dumbravă, en particulier la vérification des sources dans les registres de la collection Hurmuzachi mais aussi l'influence des romans populaires de N. D. Popescu. Ses emprunts à un manuscrit familial sur Iancu Jianu furent plus controversés et elle fut soupçonnée de plagiat . Le livre fut aussi critiqué pour avoir perpétué le mythe négatif de Nikola Abraš (ou "Iabraș"), le principal allié de Jianu, comme traître à la cause de l'insurrection des haïdoucs.
Der Haiduck connut une seconde édition en 1912, avec une préface de la reine Elisabeth (sous son pseudonyme Carmen Sylva). La même année, Bucura Dumbravă acheva son "histoire de l'insurrection valaque de 1821", intitulée Der Pandur [Le pandour]. Elle fut également publiée par Wunderling en Allemagne et la traduction en roumain d'Eliza Brătianu chez Carol Sfetea, avant d'être entièrement réécrite par l'auteur elle-même. La narration est centrée sur le héros du peuple Tudor Vladimirescu, décrit comme la personnification de l'idée nationale roumaine, mais aussi comme un commandant cruel et un politicien peu habile.
Der Pandur était la suite de Der Haiduck. La dernière partie de cette trilogie sur la révolution valaque de 1848 fut brûlée accidentellement avant sa publication. Bucura Dumbravă n'y revint jamais mais en 1918, elle écrivait un autre roman appelé le "livre de Sibyl". Elle rencontrait toujours du succès comme musicienne amateur. En 1913, au château d'Elisabeth à Peleș, son piano accompagna les fameux violonistes roumains Georges Enesco et Dimitrie Dinicu.
Pendant les décennies suivantes, l'amitié entre Bucura Dumbravă et la reine Elisabeth tourna autour de leur intérêt partagé pour la randonnée à travers les Alpes de Transylvanie, à partir de Sinaia. Pour Bucura Dumbravă, la randonnée pédestre était déjà un passe-temps hebdomadaire. Selon des témoins de ses escapades, l'écrivaine peu attirante physiquement et myope suscitait l'admiration pour son esprit joyeux et aventureux. Elle portait des vêtements de montagne sur mesures, montait une jument fameuse nommée Liza, et avait son campement principal dans la grotte de Ialomița. Selon Frozy Nenițescu, Dumbravă prenait également des risques politiques en repassant en Autriche-Hongrie, sa présence ayant irrité les autorités douanières.
Avec l'éveil de cette passion, Fanny Szekulics se tourna vers le récit de voyage. Selon la spécialiste de littérature comparée Luiza Marinescu, ses œuvres suivantes s'inscrivent dans la tradition roumaine de la "littérature romantique descriptive" (Alexandru Odobescu, Alexandru Vlahuță, Calistrat Hogaş, Nicolae Iorga), mais visent aussi à informer le public germanophone sur les "spécificités roumaines". Plus précisément, le critique Mihail Dragomirescu suggère que Szekulics était une disciple de la société littéraire Junimea. Membre de Junimea lui-même, Dragomirescu place la romancière parmi les auteurs qui illustrent l'idéal national néoromantique promu vers 1900 par Titu Maiorescu.
Vers 1914, Fanny Szekulics aidait la reine Elisabeth dans ses œuvres de charité, en tant que membre du "comité des dames" à la polyclinique de la reine Elisabeth à Bucarest, et cogérante de l'école professionnelle de Țesătoarea. Avec Mărgărita Miller Verghy, Izabela Sadoveanu-Evan et d'autres écrivaines, elle fut également membre fondateur de l'association Româncele Cercetașe, pionnière en matière de scoutisme en Roumanie.
Peu après, Carol I mourut et Bucura Dumbravă raviva l'intérêt de son amie désormais veuve pour la randonnée et la littérature Elle commença, avec l'aide de la reine, à travailler à un livre sur la méditation, l'inachevé Cartea Îngerilor [Le livre des anges]. Elle prononça une des oraisons funèbres à la mort d'Elisabeth en novembre 1916.