Brian Samuel Epstein (API : /ˈɛp.staɪn/ en français, /ˈɛpstiːn'/ en anglais), né le 19 septembre 1934 à Liverpool et mort le 27 août 1967 à Londres, est un agent artistique connu surtout comme le manager des Beatles et ayant représenté de nombreux artistes au début des années 1960.
Ayant découvert le groupe encore inconnu au-delà de Liverpool lors d'un de ses concerts au Cavern Club en novembre 1961, Epstein va être décisif à plusieurs égards sur la route de la popularité planétaire à laquelle les Beatles accèdent à partir de 1963 : en gommant leur image de rockers sauvages pour leur faire porter des complets vestons, tout d'abord, en courant les maisons de disques londoniennes jusqu'à provoquer la signature d'un contrat d'enregistrement chez EMI en juin 1962.
Il meurt à l'âge de trente-deux ans, d'une surdose accidentelle de médicaments. Sa disparition prématurée laisse les Beatles désemparés et marque une première véritable fissure dans leur carrière deux ans avant leur séparation.
Brian Epstein est l’aîné d'une famille juive de Liverpool. Ses parents possèdent une chaîne de magasins d'équipement électrique. Instable, dépressif, Epstein peine à se trouver un équilibre. Sa scolarité est marquée par des renvois successifs et des départs volontaires, son intérêt allant uniquement vers les disciplines artistiques. Son service militaire n'est guère plus brillant : peu intéressé et éprouvant des problèmes d'intégration, il doit le quitter prématurément. Déprimé, il retourne à Liverpool et reprend son travail au magasin de ses parents. Passionné de théâtre, il passe avec succès le concours de la Royal Academy of Dramatic Art, mais ses inhibitions paralysantes le forcent à abandonner la scène et à rentrer à Liverpool une fois encore.
Cette succession d'échecs dans sa vie, d'abord son traumatisme d'avoir été un bouc émissaire à la dizaine de collèges différents où il a été inscrit, et ensuite en tant que militaire, puis enfin son retrait du théâtre l'ont démoralisé et rendu peu sûr de lui. Il aime particulièrement la musique classique, il se rend de temps en temps à des concerts, mais n'a jamais songé à devenir manager. Il a quelques amis à Liverpool, mais est envahi d'un complexe d'infériorité qu'il a réussi à apprivoiser avec des techniques apprises au théâtre. C'est très certainement cette connaissance de la scène qui lui permet de donner les conseils les plus adaptés (et les plus concluants) dans son futur rôle d'imprésario.[réf. nécessaire]
Il semble aller mieux quand, au début des années 1960, il devient responsable de la section musique d'un magasin de la société NEMS (North End Music Stores), créée par son père en 1957. Il est ensuite promu directeur du deuxième établissement de la société, située au 12/14 rue Whitechapel (en). Sa compétence, son enthousiasme et le dynamisme de la scène musicale de Liverpool (le Merseybeat) font que le magasin devient un des plus importants du nord de l'Angleterre.
Raymond Jones, un jeune client de 18 ans, fan des Beatles, se présente à la boutique NEMS le samedi 28 octobre 1961 afin d'acheter le 45 tours My Bonnie. Publiée le lundi précédent en Allemagne de l'Ouest, cette chanson a été enregistrée à Hambourg par le groupe, crédité à The Beat Brothers, accompagnant le guitariste et chanteur Tony Sheridan. Lorsque deux jeunes filles font de même les jours suivants, Brian Epstein en commande alors 200 exemplaires. Intrigué par ce groupe qu'il voit souvent dans les pages du journal musical local Mersey Beat (en), il va les voir le 9 novembre 1961 au Cavern Club, situé au 10 rue Mathew (en) à quelques pas de sa boutique, où les Beatles jouent les midis.
Dans son autobiographie, il révèle qu'« ils n'étaient pas très bien habillés, ni très propres. Ils étaient cependant plus attirants qu'aucun des autres groupes qui jouaient à ces concerts de midi ». Frappé par leur magnétisme, il se fait conseiller par un ami avocat et les invite à son bureau le 3 décembre afin de leur proposer de devenir leur manager. Discret, Brian Epstein n'a jamais révélé les motivations profondes de cet engagement, peu intéressé qu'il était en réalité par cette musique et venant d'un milieu différent des quatre garçons. Pour lui-même, il aurait peut-être trouvé là une occasion de séduire par procuration et se valoriser. Quoi qu'il en soit, c'est lui qui convainc Mike Smith (en), un dénicheur de talents de Decca Records, de venir les écouter.
Cette visite débouche à une audition à Londres, le 1er janvier 1962, mais le groupe est rejeté par Decca qui suggèrent à Epstein de laisser tomber les Beatles, argumentant : « Votre magasin marche bien à Liverpool, vous devriez vous y tenir ». Mais il reste persuadé de leur futur succès et reste très investi dans la recherche d'une maison de disques. Il se montre même plus exigeant sur la réputation de la maison de disques que les Beatles eux-mêmes, quand John Lennon propose d'essayer Embassy Records, Brian Epstein refuse sèchement en expliquant que la qualité de ce label n'est pas suffisante. Malgré son entourage qui pense qu'il court vers un nouvel échec dans sa vie, l'un de ses proches lui demandant même « tu vas prendre combien de temps avant d'abandonner cette fois ? », il part une nouvelle fois à Londres, seul, déterminé à réussir. Epstein contacte Columbia Records et EMI sans résultat mais ne se décourage pas ; il jure de les rendre « plus grands qu'Elvis ».
Sur le plan artistique, Brian Epstein a profondément transformé l'image du groupe, gommant son caractère « sauvage » au profit d’une attitude plus gentleman. Il amène les quatre garçons chez Beno Dorn (en), son tailleur réputé à Birkenhead, pour remplacer leurs vestes en cuir par des complets vestons. Ce changement a certainement contribué à rendre les Beatles accessibles à d’autres générations, ainsi qu’à la gent féminine, diversifiant largement leur public et leur fans. En fait Brian Epstein avait jadis eu pour ambition de devenir styliste, il avait donc déjà un grand sens de la mode et de l’élégance, ce qui a visiblement joué dans la future popularité du groupe.
En avril 1962, le vent tourne quand Epstein présente les chansons enregistrées chez Decca à un éditeur, Sid Colman. Celui-ci convainc un des directeur chez EMI, Len Wood, qui demande à George Martin, directeur artistique (A&R) de Parlophone, de faire signer un contrat pour enregistrer six chansons à ce groupe débutant. Le 6 juin, les Beatles sont en studio pour un test d'artistes mais le producteur n'est pas satisfait du jeu de Pete Best. Le 16 août 1962, le groupe charge Brian Epstein de renvoyer le batteur. Ils reviennent aux studios EMI d'Abbey Road le 4 septembre avec leur nouveau batteur, Ringo Starr. Le rêve de Brian est exaucé lorsque le premier 45 tours : Love Me Do / PS I Love You est publié le 5 octobre 1962. Ce renouveau dans la vie de Brian semble l'épanouir considérablement, mais pour un temps seulement. Car son instabilité et son caractère dépressif prennent le dessus au rythme de ses escapades nocturnes assaisonnées de drogues et excès en tous genres.
En octobre 1964, paraît l'autobiographie d'Epstein, intitulée A Cellarful of Noise (en), coécrite avec le journaliste Derek Taylor, alors son assistant. Dans cette autobiographie, on peut lire entre les lignes que Brian Epstein est de plus en plus conscient que le fait qu'il ait droit à 25 % des bénéfices des Beatles va le rendre extrêmement riche, et en même temps, on sent malgré ce succès énorme une personnalité auto-destructrice, dépendante à de nombreuses drogues, un complexe par rapport au fait qu'il soit juif et homosexuel, se disant victime d'antisémitisme et d'homophobie. En tout cas, Brian Epstein est un personnage très secret, évitant de donner trop d'informations aux interviews et qui, dans son autobiographie, parle plus de sa manière de vivre la Beatlemania que de comment il l'a créée.
La carrière de Brian Epstein, bien qu'exemplaire, n'est pas exempte d'erreurs. Elles restent néanmoins anecdotiques. Ainsi, en juillet 1966, il omet de répondre à l'invitation de l'épouse du dictateur philippin, Imelda Marcos, avant le concert de Manille, le 4 juillet. Les Beatles, devant le téléviseur de leur chambre d'hôtel, s'aperçoivent qu'on les attend au palais présidentiel (où ils n'ont pas l'intention de se rendre). Epstein tente de s'expliquer à la télévision, mais l'émission est brouillée. Toute protection policière est ensuite retirée aux Beatles lors de leur départ ; ils parviennent à l'aéroport où une foule hostile les attend alors et les agresse. Risquant un véritable lynchage, ils réussissent cependant à atteindre leur avion qui reste bloqué sur le tarmac, le temps qu'Epstein se fasse délester de la recette de leur concert devant plusieurs dizaines de milliers de personnes.