Le boycott des bus de Montgomery est une campagne politique et sociale entamée en 1955 à Montgomery, dans l'État américain de l'Alabama, pour s'opposer à la politique municipale de ségrégation raciale dans les transports publics. Le déclencheur est l'arrestation de Rosa Parks, femme afro-américaine qui refuse de céder sa place d'autobus à un passager blanc comme elle était tenue de le faire selon la législation en vigueur de l'époque. Ce boycott est l'un des événements majeurs du mouvement américain des droits civiques. Il se déroule du 5 décembre 1955 au 21 décembre 1956 et aboutit à une décision de la Cour suprême déclarant anticonstitutionnelles les lois de l'Alabama imposant la ségrégation raciale dans les bus. Preuve de la ségrégation raciale dans les bus; Extrait des règlements municipaux de Montgomery (1955) : « Les passagers blancs doivent être assis à l’avant du bus, les passagers noirs à l’arrière. Si la section blanche est pleine, les passagers noirs doivent céder leurs sièges aux passagers blancs. »
La ségrégation raciale était répandue dans les transports publics aux États-Unis, et officialisée par une décision de la Cour suprême en 1896.
Le règlement des bus de Montgomery organisait de façon très détaillée la ségrégation entre passagers afro-américains (représentant 75 % des usagers) et passagers blancs, en les répartissant selon trois sections à l'intérieur du bus :
à l'avant : une section white réservée aux Blancs de dix sièges,
à l'arrière : une section colored réservée aux Afro-Américains de dix sièges,
au milieu : une section pour Blancs et Afro-Américains de seize sièges : un Afro-Américain n'avait pas le droit d'y être assis à côté d'un Blanc. Les Blancs s'y asseyaient par rangée à partir de l'avant, et les Afro-Américains par rangée à partir de l'arrière. Si un Noir montait dans le bus et ne trouvait pas de place autorisée alors il devait rester debout ou quitter le bus. Inversement si un Blanc montait, alors tous les Afro-Américains de la première rangée de Noirs située après les Blancs devaient se lever pour laisser la place à une nouvelle rangée de Blancs.
De plus, après avoir acheté un billet au chauffeur, la traversée de la section avant leur étant interdite, un Afro-Américain devait ressortir du bus pour y rentrer par la porte arrière. Il arrivait que le chauffeur démarre avant que le passager ait eu le temps de rentrer par la porte arrière.
Avant le refus de Rosa Parks, devenu célèbre, Claudette Colvin, une adolescente âgée de quinze ans avait été arrêtée le 2 mars 1955 pour avoir dérogé à ce règlement, et d'autres personnes l'avaient payé durement, parfois de leur vie.
Refus de Rosa Parks de céder sa place dans un bus
Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955 dans la ville de Montgomery, elle refuse d'obéir au conducteur de bus James Blake qui lui demande de laisser sa place à un passager blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus.
Pendant des années, la communauté afro-américaine se plaint de la situation et Rosa Parks ne fait pas exception : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n'a pas commencé avec cette arrestation. J'ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. » Rosa Parks en fait une expérience publique un jour pluvieux de novembre 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l'avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l'accès par l'arrière, elle décide d'aller directement vers le fond. Blake furieux, la main sur son revolver, l'empoigne pour la ramener vers l'avant. Elle laisse alors tomber intentionnellement son sac à main et s'assied un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu'il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Il s'agit de ce même chauffeur le 1er décembre 1955.
Ce jour de 1955, elle n'avait semble-t-il pas planifié son geste, mais une fois décidée, elle l'assume totalement. Après son travail, elle prend le bus vers 18 heures. Alors qu'elle s'est assise au milieu, quatre personnes blanches montent à l'arrêt devant l’Empire Theater mais il n'y a de places assises que pour trois passagers. Le quatrième le signale à Blake qui demande aux Afro-Américains d'une rangée du milieu de la zone du milieu d'aller à l'arrière. Ces derniers refusent puis finalement les trois hommes afro-américains obtempèrent mais Rosa reste dans cette rangée, acceptant uniquement de se déplacer à droite près de la fenêtre. Blake, furieux qu'elle refuse de se déplacer dans la colored section, descend du bus et appelle son chef qui lui demande de faire venir la police. Elle est arrêtée, emmenée au poste de police de l'hôtel de ville puis transférée à la prison. Elle prend contact avec l'avocat Edgar Nixon, membre du chapitre de Montgomery de la NAACP, une des principales associations de défense des droits des Afro-Américains. Bien que furieux du traitement réservé à Mme Parks, il voit tout de suite l'intérêt symbolique du combat à mener. Il appelle un avocat blanc, Clifford Durr (en), qui accepte de contester la loi sur la ségrégation dans les bus. Ils la font libérer le lendemain soir.
La mobilisation collective qui s'ensuit est plus large que la seule lutte contre la ségrégation raciale. C'est aussi une lutte des femmes (les principales utilisatrices des bus), et elle est ancrée dans les classes populaires. L'historienne Christelle Gomis rappelle que « s’il est souvent décrit comme un mouvement mené par des hommes noirs tel Martin Luther King, dans les faits, le boycott a également un long passé en tant que moyen de protestation contre les violences sexuelles faites aux femmes noires ».
Mobilisation avec Martin Luther King
La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l'époque, Martin Luther King, se réunissent à l'église baptiste de l'avenue Dexter pour discuter des actions à mener à la suite de l'arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent la Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularisera les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. Le mouvement a trois revendications immédiates :
que les Blancs et les Afro-Américains puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus ;
que les chauffeurs soient plus courtois à l'égard de toutes les personnes ;
que des chauffeurs noirs soient engagés.