Bob Dylan [bɑb ˈdɪlən], né Robert Zimmermann, est un auteur-compositeur-interprète, musicien, peintre, sculpteur, cinéaste et poète américain, né le 24 mai 1941 à Duluth, dans le Minnesota. Il est l'une des figures majeures de la musique populaire mondiale.
Ses œuvres les plus célèbres datent majoritairement des années 1960. Il s'inscrit d'abord dans la contre-culture de l'époque et fut le chroniqueur informel des troubles sociaux aux États-Unis. Par la suite, ses chansons deviennent de plus en plus allégoriques comme Masters of War, A Hard Rain's a-Gonna Fall, Gates of Eden, All Along the Watchtower, Ballad of a Thin Man, ou encore Like a Rolling Stone (élue plus grande chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone). Certaines de ses chansons comme Blowin' in the Wind et The Times They Are a-Changin' sont devenues des hymnes contre la guerre — en particulier contre la guerre du Vietnam — et ont été adoptés par les mouvements civiques de l'époque. L'un de ses albums studio les plus récents, Modern Times, publié en 2006, est entré directement à la première place du classement Billboard 200 et a été nommé « Album de l'année » par le magazine Rolling Stone.
Il est également reconnu pour la diversité des styles musicaux abordés dans ses chansons. Il met l'accent sur de nombreuses traditions de la musique américaine : folk, country, blues, gospel, rock 'n' roll et rockabilly, ainsi que sur les musiques folk anglaise, écossaise et irlandaise.
Depuis le début de sa carrière, Dylan a marqué la culture musicale contemporaine par ses textes et par sa recherche de voies nouvelles (allant parfois même à l’encontre des attentes de son public). En témoignent les nombreux artistes de premier plan qui revendiquent son influence (The Beatles, Neil Young, Bruce Springsteen, Paul Simon, Jeff Buckley, Tom Waits, Elvis Costello, Chrissie Hynde et bien d'autres) ou le vaste répertoire des chansons qu'il a composées, dans lequel puisent des musiciens de tous horizons et de toutes générations (Jimi Hendrix, Elvis Presley, The Beach Boys, Jerry Garcia, Mark Knopfler, U2, PJ Harvey, Syd Barrett, Guns N' Roses, Billy Strings, etc.).
Les références dont s’inspire Bob Dylan pour faire évoluer son art sont non seulement à rechercher du côté de musiciens légendaires des États-Unis d'Amérique, tels Hank Williams (country), Pete Seeger, Woody Guthrie (baladins syndicalistes) et Robert Johnson (l'un des fondateurs du blues), mais aussi chez des écrivains de la Beat Generation, comme Jack Kerouac ou Allen Ginsberg. Il a également puisé son inspiration dans l'œuvre d'Arthur Rimbaud, auquel il a été comparé, ou celle de dramaturges tel Bertolt Brecht.
Complexe, en constante évolution (sur scène il réinvente régulièrement ses standards), s'inscrivant dans différents registres, allant du rock agressif aux ballades, et proche des aspirations sociales et culturelles des époques qu’elle a traversées, l’œuvre de Bob Dylan, qui a contribué au rayonnement de la culture populaire américaine, est couronnée le 13 octobre 2016 quand il obtient le prix Nobel de littérature « pour avoir créé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la chanson américaine ».
Les grands-parents de Robert Zimmerman, juifs d'Europe de l'Est, fuient les pogroms antisémites de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Son grand-père maternel, Ben D. Stone, s'installe à Hibbing, tandis que son grand-père paternel, Zigman Zimmerman, qui a fui Odessa en 1907, s'installe à Duluth, deux villes situées dans le Minnesota. Beatrice Stone (1915-2000) et Abraham Zimmerman (1911-1968), deux de leurs enfants, se marient en 1934 et donnent naissance à Robert (Bob) le 24 mai 1941, loin des combats, loin de l'Europe « cimetière des Juifs » (ce qui a fait dire plus tard à Dylan : « Le monde volait en morceaux et déjà le chaos fichait son poing dans la figure des nouveaux venus »). Il reçoit le nom juif de Shabtai Zisel ben Avraham (שבתאי בן אברהם en hébreu). Il passe sa petite enfance à Duluth où sa mère est couturière tandis que son père occupe un bon emploi salarié dans une des sociétés pétrolières issues de la scission de la Standard Oil en 1914, lui permettant de subvenir correctement aux besoins de la famille. En 1947, il déménage avec ses parents et son jeune frère David à Hibbing, ville natale de Beatty.
Dans le premier volume de son autobiographie, Dylan écrit que sa grand-mère maternelle portait le nom de Kirghiz, que la famille de celle-ci avait vécu à Trébizonde (Trabzon), sur la côte turque de la mer Noire. Bien qu'elle eût grandi dans le district de Kağızman, elle venait d'Istanbul. Son grand-père maternel était également originaire de Trébizonde.
Hibbing est à l'époque une ville minière, d'environ 17 000 habitants. Les mœurs y sont conservatrices et de tradition chrétienne. Son père, Abraham, fréquente le Rotary Club de la ville et une loge juive maçonnique : le B'nai B'rith. Guéri de la poliomyélite contractée à Duluth, il ouvre ensuite un magasin d'électroménager.
Vers l'âge de huit ou neuf ans, Robert s’initie au piano, et plus tard à la guitare et à l'harmonica. Il se passionne tout d’abord pour la musique country de Hank Williams dont il répète les morceaux, et écoute les stations de radio qui diffusent du blues, tel que celui de Muddy Waters, Howlin' Wolf, John Lee Hooker ou Jimmy Reed. Il est également influencé par Elvis Presley, Buddy Holly, Gene Vincent, Bill Haley et Little Richard, dont la gestuelle scénique et les attitudes anticonformistes fascinent les adolescents autant qu'elles déplaisent à leurs aînés.
À l'école secondaire, l'adolescent intègre des petites formations musicales, telles que The Golden Chords, avec lesquelles il joue dans des fêtes et des talent contests. Il étend sa culture musicale en échangeant des disques de jazz et de rhythm and blues avec des amis partageant son goût pour la musique. Il quitte l'école secondaire en 1959 avec son diplôme de fin d'études correspondant approximativement au baccalauréat français.
Débuts de carrière (1959-1961)
En septembre 1959, alors âgé de 18 ans, Robert Zimmerman s’inscrit à l’université du Minnesota pour y suivre des cours de musicologie et s’installe à Dinkytown, le quartier étudiant dans la banlieue de Minneapolis, repaire de drogués et d'artistes influencés par le mouvement Beat. Peu assidu à des cours qu’il ne suit que quelques mois, il découvre le folk (Pete Seeger, Cisco Houston), « des chansons qu’on tient toujours de quelqu’un ». Il joue occasionnellement dans des cafés folk tels que The Scholar ou The Purple Onion pour 2 ou 3 dollars. C’est à cette époque qu’il commence à prendre le pseudonyme de Bob Dylan. L’origine de ce pseudonyme fut longtemps considérée comme une référence au poète gallois Dylan Thomas, que Robert Zimmerman connaissait (pas personnellement), mais il s’agirait en réalité, selon l'intéressé, de la déformation de son deuxième prénom Allen. Au Chicago Daily News qui l'interrogeait en 1965 sur l'influence de Dylan Thomas sur le choix de son nom, il rétorquait : « Non, bon Dieu non. J'ai pris Dylan parce que j'ai un oncle qui s'appelle Dillion. J'ai modifié l'orthographe mais seulement parce que ça faisait mieux. J'ai lu des textes de Dylan Thomas et ça ne ressemble pas aux miens ». Le 9 août 1962, Dylan a fait légalement changer son nom auprès de la Cour suprême.
Dylan est un jeune homme sobrement vêtu. Sa façon de jouer de la guitare est jugée à peine convenable, sa voix trop monotone, trop rauque, pas assez juste, mais il séduit. Il apprend beaucoup et rapidement : en recherche continuelle de nouvelles chansons à apprivoiser, il profite de sa culture et des discothèques folk des parents de ses amis — à une époque où les disques folk sont rares et précieux. Affabulant parfois (Dylan a ainsi prétendu être orphelin, originaire du Nouveau-Mexique), Dylan acquiert progressivement toutes les caractéristiques d'un authentique chanteur folk.
Il fait la connaissance de David Whittaker, étudiant engagé politiquement à gauche, avec qui il se lie d'amitié. Whittaker semble être l'auteur des photos du disque pirate Great White Wonder, en 1969. Whittaker fait découvrir Woody Guthrie à Dylan, qui dévore son autobiographie, Bound for Glory. En décembre 1960, Dylan prend la route pour New York afin d'y rencontrer son idole, qui séjourne au Greystone Hospital, dans le New Jersey, atteint de la chorée de Huntington. Après un séjour de quelques semaines à Chicago, Dylan arrive à New York où il fait très froid en cette fin de janvier 1961. Il se rend directement à Greenwich Village, un quartier bohème où cohabitent chanteurs, artistes et militants politiques. Le soir même, il joue au Café Wha?. Il se rend au chevet de Woody Guthrie et, au fur et à mesure de ses visites, les deux hommes sympathisent. « Ce gosse a vraiment de la voix. Je ne sais pas s’il réussira par ses paroles, mais il sait chanter », aurait dit Woody Guthrie. Dylan fait la connaissance des Gleason, chez qui Guthrie passe ses week-ends, et dont l'appartement dans East Orange s’est peu à peu transformé en un lieu de créativité autour de Guthrie, où se réunissent les plus grands noms de la scène folk, comme Cisco Houston, Jack Elliot, ou encore Pete Seeger. Ne dédaignant pas l’hospitalité des Gleason, chez qui il utilise l'immense bibliothèque et ouvre ainsi son esprit aux classiques de la littérature mondiale, Dylan étudie et répète les enregistrements de Guthrie que ceux-ci possèdent.