Ellas Otha Bates dit Ellas McDaniel dit « Bo Diddley », né à McComb (Mississippi) le 30 décembre 1928 et mort le 2 juin 2008 à Archer (Floride), est un guitariste, chanteur et compositeur américain de blues et de rock and roll dont il est l'un des pionniers. Inventeur du motif rythmique appelé diddley beat, il a influencé de nombreux musiciens.
Bo Diddley naît dans une famille pauvre du Mississippi alors que sa mère n'a que 16 ans. Son père meurt peu après sa naissance, et sa mère le confie à sa cousine Gussie McDaniel, elle-même âgée de seulement 15 ans mais formant un foyer. Il prend le nom de McDaniel mais continue à y accoler celui de Bates. Des incertitudes existent quant au premier prénom qui lui est donné, celui de Ellas ou de Otha. Il aura finalement comme nom d'usage Ellas McDaniel.
Son pseudonyme, « Bo Diddley », lui vient du nom donné à un instrument rudimentaire, constitué d'un morceau de fil de fer accroché à un mur sur lequel on faisait glisser un goulot de bouteille selon la technique du bottleneck, et qui remplaçait la guitare chez les apprentis musiciens noirs des débuts du blues. Cet instrument, le diddle ou diddley bow (aussi appelé jitterbug ou one-string), est avec le jug (bouteille servant de basse dans laquelle on soufflait) à la base de l'invention des musiques afro-américaines.
La famille McDaniel déménage en 1934 à Chicago dans la banlieue sud réputée comme un quartier difficile. Il y étudie, s'orientant finalement vers la lutherie, y pratique de petits métiers et apprend à se défendre.
Musicalement, Bo Diddley débute comme violoniste, qu'il pratique pendant douze ans. Il passe à la guitare sous l'influence de Louis Jordan, John Lee Hooker, ou encore Muddy Waters. Il apprend également la batterie et le trombone en autodidacte.
Marié à 18 ans, il arrête en même temps la boxe à la suite d'une cuisante défaite. Depuis l'année 1943, Bo Diddley, sous ce surnom, se produit avec ses groupes aux coins des rues, puis sur les marchés (où il passe de plus en plus à la guitare) et finalement en club en 1951.
Bo Diddley raconte qu'adolescent, il s'initia à la guitare en participant aux musiques rythmées des églises baptistes, puis pentecôtistes où, fasciné, il trouve des rythmes encore plus singuliers. Il aura tendance à en jouer comme si c'était une batterie, marquant les mesures, le tout avec des techniques propres au violon. Il développe dès lors son propre style rythmique.
Certaines guitares qu'il conçoit lui-même sont d'ailleurs faites pour jouer en même temps en percussion et peuvent intégrer une boite à rythme ou même un pad électronique. Sa formation de luthier l'amène dans ses expériences à concevoir et ajouter des fonctions supplémentaires à ses guitares, par exemple les boutons permettant de changer d'effet sans passer par un pédalier. Bo s'en vantera en inscrivant sur l'une de ses guitares la mention turbo à 5 « vitesses ». Il s'accorde en quinte à la manière des violons et est l'un des premiers guitaristes de rock à utiliser l'accord ouvert issu du blues, et à l'enseigner autour de lui, notamment aux Rolling Stones dès leurs premières tournées.
À partir de 1950 et jusqu'en 1964, Bo Diddley est accompagné par Jerome Green, son joueur de maracas capable de soutenir leurs contre-temps. Jerome Green est selon le témoignage de Marshall Chess (Chess Records) , celui qui a introduit chez Bo Diddley les rythmes dits jungle. Le fruit de leur rencontre sera le diddley beat. Ensemble, et avec l'harmoniciste Billy Boy Arnold, ils fondent le groupe The Hipsters.
En 1952, il acquiert un ampli de guitare d'où il va sortir son premier vrai son saturé allié à une réverbération généreuse. Il bricole lui-même l'un des tout premiers effets trémolo/vibrato électronique (vibe, parfois appelé « effet texan») avec un réveil et quelques pièces de mécanique et il crée alors son premier son spécifique (Diddley sound). Selon son témoignage recueilli par maxwellstreetdoc, il aurait aussi été à l'origine des premières expériences de création de vibrato (tremolo bar) bien qu'il ne se servit que très peu de cet accessoire mécanique monté sur certaines de ses premières guitares Gretsch et abandonné sur celles à forme rectangulaire (toujours des Gretsch).
L'activité musicale étant trop saisonnière pour en vivre, il concède de produire une maquette comportant 2 titres : Uncle John et I'm a Man (pour la face B). Rapidement repéré, il signe en 1954 un contrat pour un disque avec Chess Records et le titre Uncle John devient Bo Diddley. Avec son premier single double face comportant Bo Diddley (A) et I'm a Man (B) qui sort en mars 1955, il révèle au grand public un rythme qui sera abondamment repris dans le monde du blues et du rock. On le nomme jungle beat (au sens large des rythmes proches scindés de manière identique) ou diddley beat. Le disque atteint la seconde place des charts Rhythm 'n Blues aux États-Unis.
Si le diddley beat de la chanson Bo Diddley est considéré comme original et singulier pour l'histoire du rock, le riff ainsi que les paroles de I'm a Man sont directement inspirés d'une chanson de Muddy Waters, Hoochie Coochie Man écrite par Willie Dixon en janvier 1954. Waters, ami et collègue de Diddley chez Chess Records, lui répond aussitôt avec le titre Mannish Boy pour lui signifier qu'il venait de pénétrer la cour des grands. En fait, Manish Boy (un seul n dans la première orthographe du titre) est une reprise quasiment conforme, dans la mélodie et le texte, de I'm a Man. Willie Dixon s'était lui-même inspiré d'un riff déjà en vogue, que Bo Diddley vulgarisa en le personnalisant sur I'm a Man.
Le 20 novembre 1955, Bo Diddley passe au Ed Sullivan Show, dont il rend l'animateur furieux.
Annoncé comme musicien de folk et censé jouer sagement un classique de la musique country, Sixteen Tons de Tennessee Ernie Ford, il interprète sans prévenir Bo Diddley. Ed Sullivan lui dira qu'il est « l'un des premiers hommes de couleur à l'avoir jamais doublé ». Face à cette expression ressentie comme raciste et dominatrice, Bo Diddley avouera s'être retenu de s'emporter physiquement contre lui. À la suite de cet événement, il sera empêché de participer à plusieurs autres émissions, et Ed Sullivan lui prédit que sa carrière sera finie avant six mois. Au contraire, Bo Diddley venait de lancer son premier grand succès sur les ondes et dans le commerce, tout en ayant tenu tête au système médiatique alors soumis à la ségrégation raciale et au conservatisme. Malgré l'approximation lui faisant dire qu'il aurait été le premier Noir à passer dans le Ed Sullivan Show en tant que vedette, il devint un exemple pour les années 1960.
En 1956, il fait la connaissance de celle qui deviendra en 1957 Lady Bo, Peggy Jones, la première femme à se rendre célèbre comme guitariste de rock. Parmi les femmes qui l'ont accompagné se trouve aussi celle qu'il a surnommée « la Duchesse », the Duchess (1962-1966), Norma-Jean Wofford (en). Elle permit la transition durant l'envol en solo de Lady Bo avec son propre groupe (Lady Bo & The Family Jewel). Bo avait fait passer la Duchesse pour une demi-sœur uniquement pour alimenter la curiosité de ceux qui osaient demander où avait pu passer Lady Bo. Il avait appris la guitare à la Duchesse et elle était entourée de deux autres choristes : Gloria Morgan et Lily "Bee Bee" Jamieson, dont le trio en compagnie de Diddley est connu sous le nom de Bo-ettes. Elle quitta à son tour le groupe pour fonder sa famille, puis il y eut notamment Cornelia Redmond, surnommée Cookie, ainsi que Debby Hastings.
Il écrit en 1957 sous le pseudonyme de sa femme d'alors, Ethel Mae Smith, le titre Love is Strange pour le duo Mickey et Sylvia (Mickey Baker et Sylvia Robinson, créatrice de Sugar Hill Records) qui en font l'un des plus grands classiques du Rhythm and blues. Il sera repris par Buddy Holly, les Everly Brothers, Sonny and Cher, Paul McCartney, Everything but the Girl, etc., ainsi que dans le film Dirty Dancing.
Aux États-Unis, à la fin des années 1950 et jusqu'en 1962, le rock 'n' roll connaît un recul face au retour d'un esprit réactionnaire et de la compartimentation ségrégationniste dans les médias. Bo Diddley couve durant ce temps là son retour devant les médias et prépare l'esprit soul parallèlement à Ray Charles avec des morceaux comme The Great Grandfather (1959), qu'il joue au violon, ou Working Man (1960) qui aboutiront à des tubes comme Ooh Baby (1966).