Ce Jour-là

Bloody Sunday (1972)

Tuerie commise à Derry en Irlande du Nord en 1972 par l'Armée britannique durant le conflit nord-irlandais

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Bloody Sunday (irlandais : Domhnach na Fola, parfois anglais : Bogside Massacre, français : Massacre du Bogside ou Dimanche sanglant) est le nom donné à la tuerie survenue le dimanche 30 janvier 1972 dans le quartier de Bogside à Derry en Irlande du Nord, au cours de laquelle vingt-huit manifestants pacifistes des droits civiques et des passants ont été pris pour cible par des soldats de l'armée britannique.

Treize hommes dont sept adolescents sont morts immédiatement ; un autre homme blessé ce jour-là est mort quatre mois et demi plus tard. Quatorze personnes furent également blessées, douze par balles et deux écrasées par des véhicules militaires. Cinq de ces blessés ont été touchés dans le dos.

Le drame est survenu au cours de la marche de l'association nord-irlandaise pour les droits civiques ; les soldats impliqués appartenaient au 1er bataillon du régiment de parachutistes du Royaume-Uni.

John Lennon, dans son album Some Time in New York City sorti en 1972, le groupe punk de l'Ulster, Stiff Little Fingers avec son titre Bloody Sunday, puis le groupe de rock U2 dans sa chanson Sunday Bloody Sunday, rendent hommage aux victimes de cet événement.

À la fin des années 1960, la discrimination contre la minorité catholique (délimitation des circonscriptions électorales favorisant le vote protestant (pratique connue sous le nom de gerrymandering), attribution des logements publics) conduit des organisations telles que l'Association nord-irlandaise pour les droits civiques (NICRA) à mettre en place une campagne non-violente pour promouvoir l'égalité de droits entre catholiques et protestants. Cependant, à la suite d'attaques sur les droits civils des manifestants par les loyalistes protestants, ainsi que par les membres de la Police royale de l'Ulster (RUC), la colère et la violence s'amplifient. En 1969, la bataille du Bogside éclate après les perturbations qui ont suivi une parade des Apprentice Boys of Derry. Les résidents du Bogside ont érigé des barricades autour de la zone afin de résister aux incursions de la police. Après trois jours d'émeutes la Police royale d'Ulster s'avère incapable de rétablir l'ordre ; le gouvernement d'Irlande du Nord demande alors le déploiement de l'armée britannique.

Celle-ci est d'abord accueillie par les catholiques comme une force neutre par rapport à la Police royale d'Ulster, mais les relations entre les nationalistes et l'armée se détériorent rapidement. Le 8 juillet 1971, deux émeutiers (Seamus Cusack et Desmond Beattie) sont abattus dans le Bogside par des soldats dans des circonstances controversées. Les soldats ont affirmé qu'ils étaient armés, ce qui a été démenti par la population locale, ainsi que par des nationalistes modérés (dont John Hume et Gerry Fitt qui quittent alors le Parlement d'Irlande du Nord en signe de protestation).

En réponse à l'escalade de la violence à travers l'Irlande du Nord, l'internement sans procès est introduit le 9 août 1971. Dans un geste de quid pro quo pour les nationalistes, toutes les marches et défilés sont interdits, y compris la marche éclair des Apprentice Boys de Derry qui devait avoir lieu le 12 août. L'introduction de l'internement provoque des troubles dans toute l'Irlande du Nord, avec 21 personnes tuées en trois jours d'émeutes. Le 10 août Paul Challenor est le premier soldat à être tué par l'Armée républicaine irlandaise provisoire, à Londonderry, où il a été abattu par un sniper à Creggan (en). Six autres soldats avaient été tués à Londonderry à la mi-décembre 1971. 1 932 cartouches ont été tirées sur l'armée britannique, qui a dû faire face aussi à 211 explosions et 180 bombes artisanales et qui a dû tirer en retour 364 coups de feu.

Les activités de l'Armée républicaine irlandaise provisoire ont également augmenté dans le Nord de l'Irlande avec une trentaine de soldats britanniques tués dans les derniers mois de 1971, contre dix soldats tués pendant la période pré-internement durant la même année. L'armée républicaine irlandaise officielle et l'armée républicaine irlandaise provisoire avaient établi à Londonderry une « zone de non-droit » pour l'armée britannique et la Police royale grâce à l'utilisation des barricades. À la fin de l'année 1971, 29 barricades avaient été mises en place pour empêcher l'accès à ce qui était connu comme le Free Derry ; 16 d'entre elles étaient impraticables, même pour les véhicules blindés d'une tonne de l'armée britannique. Les membres de l'IRA ont monté ouvertement des barrages routiers en face des médias, et des affrontements quotidiens ont eu lieu entre jeunes nationalistes et soldats britanniques à un endroit connu sous le nom de « aggro corner ». En raison des émeutes et des dommages causés aux magasins par les bombes incendiaires, le total des dommages subis par les entreprises locales est estimé à 4 000 000 £.

Malgré l'interdiction, l'Association nord-irlandaise pour les droits civiques planifie une manifestation pacifique à Londonderry le 30 janvier 1972 pour protester contre l’internement administratif, décidé par le Parlement nord-irlandais le 9 août 1971. Informées de cette marche, les autorités ont décidé de l'autoriser de façon qu'elle se poursuive dans la zone nationaliste de la ville, le but étant de l'empêcher d'atteindre le Guildhall (en) (siège du conseil de la cité de Derry), comme c'était initialement prévu par les organisateurs. Le major-général Robert Ford, alors commandant des forces terrestres en Irlande du Nord, a donné l'ordre au 1er bataillon du régiment de parachutistes (1 PARA) de se rendre à Londonderry avec pour mission d'arrêter les possibles émeutiers pendant la marche. Le Régiment parachutiste arrive à Londonderry le matin du dimanche 30 janvier 1972 et prend position dans la ville.

Les manifestants avaient prévu de marcher vers le Guildhall, mais en raison de barricades de l'armée conçues pour modifier le parcours, ils furent redirigés vers Free Derry Corner. Un groupe d'adolescents se sépara du défilé et tenta de franchir la barricade pour marcher vers le Guildhall. Ils attaquèrent la barricade de l'armée britannique avec des pierres. À ce stade, un canon à eau, des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sont utilisés pour disperser les émeutiers. Ces affrontements entre les soldats et les jeunes étaient alors courants, même si des observateurs ont rapporté que les émeutes étaient peu intenses. Sur la William Street, deux civils, Damien Donaghy et John Johnston, sont blessés par balle par des soldats qui affirmeront que ce dernier portait un objet noir cylindrique.

À un certain moment, des rapports donnés au centre de commandement de l'Armée auraient indiqué qu'un sniper de l'IRA opérait dans la zone. À 16 h 07, la brigade autorise le régiment parachutiste britannique à entrer dans le Bogside. L'ordre de tirer à balles réelles est donné et un jeune homme est abattu alors qu'il descendait la Chamberlain Street, loin de la progression des troupes. Cette première victime, Jackie Duddy, était parmi la foule qui s'enfuyait. Il courait aux côtés d'un prêtre, le futur évêque Edward Daly, lorsqu'il fut abattu dans le dos. La poursuite des violences par les troupes britanniques s'intensifie et finalement l'ordre est donné de mobiliser les troupes dans une opération d'arrestation, à la poursuite de la queue du groupe principal des manifestants dans Free Derry Corner.

Malgré un ordre de cessez-le-feu du quartier général de l'armée, plus d'une centaine de cartouches furent tirées directement dans la foule par les troupes sous le commandement du Major Ted Loden. Douze autres personnes furent tuées, beaucoup d'entre elles tentaient d'aider celles déjà tombées sous les balles. Quatorze autres furent blessées, douze par des tirs de soldats et deux renversées par des véhicules blindés.

John (Jackie) Duddy (17 ans). Abattu d'une balle dans le dos sur le parking des appartements de Rossville. Quatre témoins ont déclaré que Duddy n'était pas armé et était en train de fuir les parachutistes quand il fut tué. Trois d'entre eux ont vu un soldat viser délibérément le jeune homme lorsqu'il courait. Il est mort sept ans avant la naissance de son neveu John Duddy (en), qui deviendra un boxeur célèbre.

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