Le Bloc national républicain, ou « Bloc national », est une coalition politique constituée des partis politiques français classés au centre et à droite, et qui remporte les élections législatives françaises de 1919. Cette alliance est au pouvoir de 1919 à 1924. Plusieurs gouvernements se succèdent jusqu'en 1924, date à laquelle le Bloc se désintègre et la gauche revient au pouvoir grâce au cartel des gauches, formant le gouvernement Herriot I.
Durant son existence, le bloc comprend notamment l’Alliance républicaine démocratique (ARD) de Raymond Poincaré et Alexandre Millerand ; la Fédération républicaine (FR) de Charles Benoist ; l'Action libérale populaire (ALP) de Jean Lerolle ; la Ligue de la jeune République (LJR) de Marc Sangnier ; le Parti socialiste national (PSN) d’Alexandre Zévaès et Gustave Hervé ; l’Union populaire républicaine nationale d'Alsace (UPRNA) de Joseph Pfleger ; le Parti républicain démocratique (PRD) de Frédéric Eccard ; l’Union républicaine lorraine (URL) ; la Ligue démocratique d'action morale et sociale (LDAMS), d’Édouard Soulier ; le Parti de la Démocratie nouvelle (PDN) de Eugène Letailleur ; et, enfin des radicaux indépendants (parfois dits « radicaux de droite »).
Le Bloc national met en œuvre une politique dont le centre de gravité est le centre-droit de l'échiquier politique. Beaucoup de ses membres dominants sont d'anciens socialistes (Millerand, Aristide Briand) ou des progressistes (Georges Leygues, Poincaré) dont l'objectif est de raffermir le régime républicain, tout en contrecarrant le glissement de l'extrême-gauche vers le bolchévisme.
La France sort de la Première Guerre mondiale affaiblie par ses pertes humaines (plus d'1,4 million de morts) et les destructions, notamment dans la partie Nord du pays. Comme le rapporte Pierre Miquel, 10 % des Français sont alors pensionnés de guerre et « on estimait à 55 milliards de francs les pertes physiques et matérielles dues à la guerre, soit quinze mois du revenu national de 1913 ».
Durant la guerre, la figure de Georges Clemenceau a prédominé à partir de 1917, comme président du Conseil des ministres et ministre des Armées, menant le pays à la victoire. Il a gouverné sous l'égide de l'Union sacrée, une coalition qui se veut la plus large possible afin de favoriser l'unité et repousser à l'après-guerre les querelles politiques d'avant-guerre, et à laquelle la droite comme la gauche de la SFIO et de la CGT s'étaient ralliés.
Clemenceau négocie pour la France le traité de Versailles, qui est signé en juin 1919. Des élections législatives sont prévues pour novembre 1919. Il s'agit des premières élections législatives depuis mai 1914. Leur enjeu est particulièrement important car il s'agit de former une nouvelle Chambre qui aura la tâche de définir la politique de reconstruction de la France.
Se pose ainsi la question du maintien de l'Union sacrée qui a prévalu depuis 1914. Les partis de droite et du centre de tendance républicaine décident de demeurer coalisés, et renomment leur coalition « Bloc national républicain ». Le mot « national » renvoie à l'idée de la défense des idées fondamentales du pays, et non au nationalisme. Les radicaux d'Édouard Herriot refusent de rejoindre le bloc, tout comme la SFIO de Paul Faure ; ils formeront en 1924 le cartel des gauches. Ainsi, le bloc national est « un prolongement de l'union réalisée en 1914, qui a survécu aux circonstances, mais amputée à gauche et passablement rétrécie » (René Rémond).
Élections législatives de 1919
Les élections doivent avoir lieu en novembre 1919. La campagne s'oriente principalement autour de deux thèmes. Le premier est le patriotisme, qui se traduit par la mise en avant, par le centre et la droite, de la continuation de l'union sacrée et de la figure de Clemenceau. Les anciens combattants sont mis à l'honneur. Le traité de Versailles est aussi mis en avant, la droite réclamant son application stricte, déçue de ne pas avoir obtenu plus — notamment l'annexion de la Ruhr ; ainsi le bloc national fonde-t-il sa campagne en grande partie sur le slogan « L'Allemagne paiera ! », et le financement de son programme sur les indemnités que l'Allemagne doit verser à la France. Le deuxième thème prédominant est la peur du bolchevisme et des troubles sociaux : les grèves et les mutineries sont nombreuses en sortie de guerre, et la révolution russe a marqué la radicalisation du mouvement ouvrier ainsi que de la SFIO. Les idées communistes se répandent largement parmi les ouvriers, aboutissant en 1920 au congrès de Tours et à la création du Parti communiste français. La formation va jusqu'à faire publier l'image bien connue de « L'homme au couteau entre les dents ». Chaque parti au sein du bloc a toutefois ses propres mots d'ordre ; aussi l'Alliance démocratique de Raymond Poincaré, Louis Barthou, Georges Leygues et Alexandre Millerand tend-il la main à tous les républicains opposés au bolchévisme.
Le mode de scrutin est modifié pour ces élections : il s'agit d'un scrutin proportionnel de liste à un tour, avec une forte prime à la majorité. Les listes sont départementales.
Le Bloc national remporte une large victoire avec plus de 380 sièges à la Chambre, contre 180 pour la gauche. Le résultat des élections témoigne de la popularité de Clemenceau, intacte malgré les critiques portées au traité de Versailles et à son manque de garanties. Les socialistes remportent plus de voix qu'aux élections de 1914, mais perdent une trentaine d’élus. Les radicaux, eux, remportent moins de voix, mais surtout plus de la moitié de leurs élus le sont sur des listes communes, et ne s'inscrivent pas dans le groupe. La volonté de renouvellement politique est réalisée par le Bloc national, plus de la moitié des députés (369) étant élus pour la première fois, dont beaucoup d'anciens combattants ; on trouve parmi ces néo-députés Léon Blum, Édouard Herriot, Paul Reynaud et Louis Loucheur. Parmi les vaincus, et selon le décompte de Miquel, se trouvent « 62 radicaux, 43 socialistes, 23 de la droite, 10 républicains socialistes », dont Étienne Clémentel, ministre durant la guerre.
La Chambre nouvellement constituée est surnommée « Chambre bleu horizon », en référence à la couleur des uniformes français et à la droite.
Très rapidement, il apparaît que la ligne défendue par le bloc national est telle qu'elle peut parfois être soutenue par des partis comme le Parti radical d'Herriot. Les radicaux pèsent lourd au Sénat, obligeant les gouvernements successifs à prendre en compte leurs positions. Pierre Miquel rappelle ainsi que la plupart des gouvernements du bloc comprendront des ministres issus du Parti radical. Certains ministères leur sont même la plupart du temps dévolus d'office : le ministère des Colonies (avec à sa tête pendant plusieurs années Albert Sarraut) et le ministère de l'Agriculture (avec Henri Queuille).
Cette possibilité d'une coopération législative entre la droite et le centre-gauche se confirme lorsque le plus important des neuf groupes de la Chambre, celui de l'Entente républicaine démocratique, mêle ses voix au groupe de la Gauche républicaine et démocratique (100 sièges). L'Entente, comptant 183 membres, est pourtant le groupe le plus marqué à droite de l'hémicycle ; il accueille notamment François de Wendel, Maurice Barrès et le général Édouard de Castelnau, mais aussi Robert Schuman, François Arago et Louis Marin.
Élection présidentielle et défaite de Clemenceau (1920)
La nouvelle Chambre a pour premier acte d'élire un nouveau président de la République. Le scrutin a lieu en janvier 1920. Georges Clemenceau est naturellement présenté comme candidat ; ses amis portent sa candidature, car il refuse de se présenter par lui-même. Il a toutefois de nombreux ennemis politiques : son autoritarisme déplaît à la gauche, tandis que son anticléricalisme frustre la droite. Clemenceau a modéré ses positions en la matière, mais il n'a pas pris la mesure de l'évolution de la sociologie des parlementaires : comme le rapporte Pierre Miquel, les républicains ont intégré dans leurs listes électorales, en vue de l'élection de novembre 1919, « à l'instigation de Millerand, de nombreux candidats catholiques de l'Action libérale, voire même des catholiques de droite comme Maurice Barrés », aux yeux desquels Clemenceau demeure l'anticlérical qu'il a été avant-guerre.