Blanche de Navarre, née en 1177 et morte en 1229, est comtesse puis régente de Champagne pendant la minorité de son fils Thibaut au début du XIIIe siècle. Elle est la fille du roi de Navarre Sanche VI le Sage et de son épouse Sancha de Castille.
En 1199, elle épouse le comte Thibaut III et devient comtesse-consort de Champagne ; son époux meurt deux ans plus tard et la laisse veuve avec une fille âgée d'un an et enceinte de leur second enfant. Elle s'empresse alors d'obtenir le soutien du roi Philippe Auguste — au prix de sévères conditions —, mais également celui de ses autres suzerains (Guillaume aux Blanches Mains, archevêque de Reims, et le duc Eudes III de Bourgogne), pour conserver son autorité sur le comté. Elle est de retour peu après à Troyes, où elle met au monde le futur Thibaut IV de Champagne. Quelques mois plus tard, le pape Innocent III prend également sous sa protection la jeune veuve ainsi que ses enfants.
Les années qui suivent, Blanche s'efforce d'assurer son pouvoir ainsi que la légitimité de son fils, jusqu'en 1213 où un de ses vassaux, Érard de Brienne, seigneur de Ramerupt et de Venizy, projette de prendre la croix et de partir en Terre sainte auprès de son cousin, le roi de Jérusalem Jean de Brienne, afin d'épouser une fille d'un précédent comte de Champagne et de revendiquer en son nom le comté de Champagne aux dépens de Blanche et de son fils.
N'ayant pu empêcher ce projet, Blanche cherche à se faire confirmer les faveurs royales, renforce la défense de son comté et demande à ses vassaux de renouveler leur allégeance envers elle et son fils. Malgré tous ses efforts, Érard et sa nouvelle épouse, Philippa de Champagne, rentrent en Champagne et affirment leur droit sur le comté. Blanche les assiège aussitôt au château de Noyers où ils se sont installés, mais en vain et doit lever le siège. S'ensuit alors une période de plusieurs années de guerres et de trêves, appelée guerre de succession de Champagne, jusqu'en 1218 où une coalition défendant les intérêts de Thibaut IV, comprenant sa régente Blanche, le duc de Bourgogne et le comte de Bar Henri II, réduit un par un les principaux partisans d'Érard, puis prend et brûle la ville de Nancy, siège du duc de Lorraine, son soutien le plus puissant. Érard se voit alors forcé à la paix et à signer une trêve de quatre années avant d'abandonner finalement toutes prétentions en échange d'une lourde indemnité.
Thibaut atteint quelques années plus tard sa majorité et se charge de diriger le comté de Champagne par lui-même, laissant à Blanche la gestion de son douaire. Elle fonde ainsi l'abbaye de femmes d'Argensolles, de l'ordre de Cîteaux, où elle semble s'être retirée par la suite. Morte en mars 1229, elle y est inhumée.
Blanche de Navarre est née en 1177, probablement au palais des rois de Navarre à Pampelune. Elle est le troisième enfant de Sanche VI le Sage, roi de Navarre, et de son épouse Sancha de Castille, elle-même fille de Alphonse VII, roi de Galice, de León et de Castille, et de Bérengère de Barcelone.
Son frère aîné Sanche VII de Navarre succède à leur père et règne sur la Navarre de 1194 à 1234. Quant à sa sœur aînée Bérengère de Navarre, elle épouse Richard Cœur de Lion et devient reine consort d'Angleterre ainsi que duchesse d'Aquitaine et de Normandie et comtesse d'Anjou, du Maine et de Touraine ; elle n'a toutefois pas de postérité.
Le 1er juillet 1199, elle épouse à Chartres le comte Thibaut III de Champagne, fils du comte Henri Ier et de son épouse Marie de France, et dont le frère aîné Henri II, précédent comte de Champagne et également roi de Jérusalem, était mort le 10 septembre 1197 sans héritier mâle. Elle donne naissance à une première fille prénommée Marie l'année suivant le mariage, puis est une seconde fois enceinte l'année d'après.
Lors de son mariage, le douaire de Blanche est constitué de sept châtellenies : Épernay, Vertus, Sézanne, Chantemerle, Pont-sur-Seine, Nogent-sur-Seine et Méry-sur-Seine ainsi que toutes leurs dépendances. Cette charte a pour témoins Adèle de Champagne, reine de France, mère de Philippe-Auguste et tante de Thibaut, Bérengère de Navarre, reine d'Angleterre et sœur de Blanche, l'évêque de Chartres Renaud de Bar, l'évêque de Châlons Rotrou du Perche, l'évêque de Troyes Garnier de Traînel, le comte du Perche Geoffroy III, le comte de Joigny Guillaume Ier, le comte de Brienne Gautier III, le sénéchal Geoffroy V de Joinville, le bouteiller Gaucher III de Châtillon et le maréchal Geoffroy de Villehardouin.
En novembre 1199 à Écry, son époux Thibaut III de Champagne organise un grand tournoi où se rendent d'importants seigneurs ainsi que la fine fleur de la chevalerie française et champenoise. À cette occasion, le pape Innocent III charge le prédicateur Foulques de Neuilly, célèbre par sa piété et son éloquence, de prêcher une nouvelle croisade.
Mais pendant les préparatifs liés au départ pour la Terre sainte, le comte Thibaut tombe gravement malade. Il est au plus mal en avril 1201, mais semble aller mieux dans le courant du mois de mai 1201 et parvient même à monter à cheval. Il est alors élu comme chef de la croisade, mais sa maladie revient de manière foudroyante et il doit alors faire face à sa mort prochaine en rédigeant son testament.
Thibaut meurt le 24 mai 1201 à l'âge de 22 ans, laissant sa veuve avec une fille âgée d'un an environ et enceinte d'un second enfant. Blanche fait alors construire pour son époux un sublime tombeau de pierre richement décoré dans la collégiale Saint-Étienne de Troyes, à côté de celui de son père Henri le Libéral (tous deux seront détruits lors de la Révolution française).
Blanche se retrouve alors seule dans un pays qu'elle ne connaît que depuis deux années environ, sans famille auprès d'elle pour la protéger ou la conseiller, portant un enfant encore à naître, et face aux menaces liées à l’existence des filles du frère de son époux, l'ancien comte et roi de Jérusalem Henri II de Champagne, qui demeurent en Terre sainte mais qui pourraient aux yeux de certains avoir la primauté sur ses propres enfants.
Sachant que le roi Philippe Auguste se trouve à Sens, elle se rend alors auprès de lui dans la semaine suivant l'enterrement de son mari afin de lui présenter son hommage, d'être reconnue comme vassale et d'assurer son autorité sur le comté de Champagne. Philippe Auguste accepte de recevoir son hommage à condition que Blanche promette :
de ne pas se remarier sans le consentement du roi ;
de remettre au roi sa fille Marie et l'enfant dont elle est enceinte afin qu'ils soient éduqués à la cour ;
de confier au roi les châteaux de Bray-sur-Seine et de Montereau-Fault-Yonne ;
de payer au roi la somme de 500 livres par an pour les frais de garde de ces deux châteaux ;