La bioéthique est un champ d'étude et de pratique, posant un regard critique sur les problèmes éthiques posés par les sciences, les techniques et les sociétés, forte active à l'intersection de la biologie et de médecine, et concernés par l'environnement, les écosystèmes et la Planete. Cette nouvelle façon d'approcher l'éthique est apparue en tant que « discipline » ou champ interdisciplinaire dans le courant des années 1960, et lors d'interrogations au sujet du développement de la biomédecine et des technosciences.
Le terme bioéthique est un terme inventé par le cancérologue Van Rensselaer Potter dans les années 1970 et désignait « un projet d'utilisation des sciences biologiques destiné à améliorer la qualité de la vie ». Depuis, la bioéthique s'est incarnée en une réflexion sur les enjeux et retombées de la médecine et de la biologie. Ainsi, les efforts en bioéthique se sont concentrés sur la réponse aux nouvelles interrogations engendrées par le progrès scientifique (fécondation in vitro, clonage, etc.). Selon l'UNESCO :
« la bioéthique s’entend comme l’étude systématique, pluraliste et interdisciplinaire et la résolution des questions d’éthique que soulèvent la médecine, les sciences sociales et les sciences de la vie appliquées aux êtres humains et à leur relation avec la biosphère, y compris les questions liées à la disponibilité et à l’accessibilité des progrès des sciences et des technologies et de leurs applications. »
Depuis 2015 sont précisément répertoriés les programmes universitaires spécialisés en bioéthique partout dans le monde, principalement aux États-Unis et dans les pays anglophones (voir programmes de maîtrise et de doctorat), mais aussi dans la francophonie et les pays latins.
Si les interrogations éthiques concernant la médecine ne sont pas nouvelles, la bioéthique se distingue de la déontologie médicale classique, car cette dernière constitue surtout un code éthique fondé par les médecins pour les médecins. Alors que la bioéthique, au contraire, fait intervenir une pluralité d'acteurs et de disciplines (outre les médecins, biologistes et généticiens, les philosophes, juristes, sociologues, théologiens, etc.).
On peut distinguer deux orientations principales de la bioéthique :
l'une, davantage descriptive, s'appuie sur la philosophie morale, vise à éclaircir les choix éthiques et les valeurs présupposées par ceux-ci, en écartant les arguments contradictoires ;
l'autre est davantage prescriptive : elle recherche les normes morales qui sont applicables aux sciences du vivant, y compris la médecine ; elle propose certaines règles et certaines postures face à d'éventuels dilemmes.
Éthique et déontologie médicales
L'éthique médicale, qui remonte au serment d'Hippocrate, fait partie intégrante de l'exercice de la médecine. Toutefois, elle est formulée par les corporations, s'incarnant parfois dans des codes déontologiques quasi juridiques ; dès lors, elle relaie nécessairement les valeurs inhérentes à la recherche médicale elle-même. Au XXe siècle, la déontologie médicale a pris en compte l'importance croissante des droits de l'homme, les organisations internationales comme l'Association médicale mondiale (AMM) ou l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se situant ainsi au confluent de ces deux traditions.
Cette convergence s'est concrétisée dans le Code de Nuremberg de 1947, rédigé à la suite des expérimentations perpétrées par les nazis sur des cobayes humains. Elle conduit à légitimer l'opposition et la résistance des médecins envers des pratiques autoritaires ou des États non démocratiques, par exemple dans la Déclaration de Hawaii de 1977 de l'Association mondiale de psychiatrie en matière d'internement psychiatrique pour des motifs politiques.
L'Accusation de Scofield contre l'éthique biomédicale
L'essentiel de l'accusation de Scofield est résumé dans le passage cité en introduction. Il critique la "consultation en éthique médicale" comme étant "un désastre éthique" en raison du fait qu'un rapport publié par l'American Society for Bioethics and Humanities (ASBH) en 1998 n'a pas recommandé ce que Scofield estime que toute profession digne de ce nom aurait dû recommander : "accréditer officiellement les programmes qui forment les praticiens, certifier et autoriser officiellement ces praticiens, et établir un code de conduite professionnelle significatif, contraignant et applicable." De plus, Scofield affirme que, puisque le domaine n’a pas "soumis ses membres à l’autorité de la loi il y a une décennie", il n’y a aucune raison de croire en l’efficacité des efforts actuels pour développer un code de déontologie pour les éthiciens cliniques.
Émergence de la bioéthique vers les années 1960
Mais la bioéthique, en tant que domaine non réservé aux médecins, s'est développée davantage dans les années 1960–70, en conjonction avec les avancées du progrès scientifique et les questions que celui-ci posait. Le néologisme de « bioéthique » lui-même a été forgé par Van Rensselaer Potter dans Bioethics: Bridge to the Future (1971).
Les années 1960 ont vu émerger dans les pays industrialisés un certain nombre de revendications tenant aux droits et à l'autonomie de la personne, conduisant à des changements sociaux importants comme :
la dépénalisation du suicide, de l'avortement, de l'homosexualité ;
plus généralement la libération sexuelle ;