La Bibliothèque nationale de la République argentine (Biblioteca Nacional de la República Argentina) est la bibliothèque la plus importante d'Argentine. Actuellement elle est située dans le quartier de Buenos Aires appelé Recoleta, dans un bâtiment de style plutôt brutaliste, et ce depuis 1992. Auparavant, inaugurée en 1810, elle se situait dans un édifice situé dans la Manzana de las Luces.
La Bibliothèque nationale fut créée par un décret de la Première Junte argentine le 7 septembre 1810, sous le nom de Biblioteca Pública de Buenos Aires. Son premier emplacement fut le coin formé par les rues calle Moreno et calle Perú, dans l'îlot connu actuellement sous le nom de Manzana de las Luces. Son premier matériel bibliographique fut donné par des institutions comme le Cabildo Eclesiástico et le Real Colegio San Carlos (Collège royal San Carlos), et divers particuliers comme Luis Chorroarín et Manuel Belgrano.
Mariano Moreno fut désigné Protecteur de la Bibliothèque en 1810, tandis que Cayetano Rodríguez et Saturnino Segurola furent désignés respectivement premier et second bibliothécaire. En janvier 1811 la direction fut assumée par Luis Chorroarín, qui se maintiendra jusqu'en 1821. De 1822 à 1828 Manuel Moreno exerça la charge, et la bibliothèque comptait à cette époque un patrimoine considérable : plus de 17 000 volumes en 1823.
En 1881, la Biblioteca Pública comptait 7 715 lecteurs, et 32 600 volumes l'année suivante.
Le 5 octobre 1884, le premier directeur national fut désigné, et depuis lors, elle est officiellement connue comme Bibliothèque nationale.
Le 19 janvier 1885, Paul Groussac assuma la charge de gérer la bibliothèque, et ce jusqu'en 1929. Durant sa gestion le patrimoine bibliographique connut une énorme expansion (62 707 volumes en 1893). Un nouveau siège fut construit non loin de là, 500 mètres plus au sud, dans la calle México no 564, dans un bâtiment construit et adapté par l'architecte italien Carlos Morra. Le nouvel emplacement fut inauguré en 1901. Ce bâtiment dut déjà être agrandi en 1906, si bien qu'il atteignit le coin de la calle Perú.
Il faut aussi souligner la gestion du prestigieux écrivain Jorge Luis Borges, qui remplit la tâche de directeur de 1955 à 1973. Durant sa gestion, il s'efforça d'obtenir la construction d'un nouveau siège, rendu nécessaire étant donné l'énorme patrimoine que comptait la bibliothèque. Dans la loi no 12.351 de 1960 on prévit à cet effet trois hectares situés entre les avenues del Libertador et Las Heras, et les rues calle Agüero et calle Austria, dans le quartier de Recoleta.
Le travail fut adjugé aux architectes Clorindo Testa, Alicia Cazzanica et Francisco Bullrich, tandis que la construction devait être à charge de la Compañía Argentina de Construcciones.
La première pierre fut posée le 13 octobre 1971, onze ans après la sanction de la loi.
Le nouvel édifice fut enfin inauguré le 10 avril 1992, et le déménagement se termina en septembre 1993. L'ancien bâtiment de la calle México devint le Centro nacional de la Música.
Le nouvel édifice, d'un style « brutaliste » assez agressif, comporte trois dépôts souterrains, dont deux destinés aux livres et permettant d'y stocker trois millions d'exemplaires. Le troisième est destiné à héberger des revues et des journaux, avec une capacité de cinq cent mille exemplaires. Ces trois dépôts totalisent une superficie de 19 000 m2 pour l’entreposage des livres et des journaux. De plus, il y a amplement d'espace sous la terre pour continuer à élargir ces dépôts lorsque ce sera nécessaire.
De cette structure souterraine où logent les dépôts émergent quatre énormes colonnes de béton qui soutiennent sept étages et qui offrent aux usagères et aux usagers une vue sur la ville de Buenos Aires. L'idée derrière cette structure est que la mémoire doit être protégée (sous-terre) et que l'expérience du savoir et de la lecture doivent s'élever vers la lumière (structure élevée par les quatre colonnes). C'est un édifice imposant : on parle en tout d'une structure de 20 000 mètres cubes de béton et de 3 000 tonnes de fer.
L’architecture de la bibliothèque ne fait pas l’unanimité au sein de la population : selon un sondage réalisé par un journal national, il serait à la fois le quatrième édifice le plus beau selon certain·es, mais aussi le deuxième le plus laid selon d’autres. Ce qui ne l’a pas empêché d’être déclaré monument historique en 2019 en Argentine.
Le rez-de-chaussée, situé entre les dépôts souterrains et la bibliothèque suspendue par les géantes colonnes, est un espace ouvert offrant une continuité à la Plaza del lector qui longe la rue Agüero. Abritée par l’immense structure de béton, cet endroit permet l’organisation d’activités culturelles à l’air libre et donne en même temps accès à la bibliothèque par plusieurs points d’entrée.
Au premier étage se trouvent l'auditorium Jorge Luis Borges, la Sala Leopold Marechal et un bar. Le deuxième étage est dédié aux aires administratives. Au troisième étage se trouvent l'audiothèque et la médiathèque qui occupent la Sala de Consulta Gustavo “Cuchi” Leguizamón et où sont gardées trois collections : une collection de partitions musicales imprimées, une autre d’enregistrements sonores et une collection de films. Il est aussi possible pour les usager·ères de jouer du piano à cet endroit. Sur le même étage on retrouve aussi une photothèque (Sala Fototeca Benito Panunzi) et une cartothèque (Sala Mapoteca Manuel Selva). Le quatrième étage abrite un fonds de manuscrits et du matériel rare. Au cinquième étage il y a une salle de lecture et des cabines pour les chercheurs. Au sixième étage on retrouve les documents de référence, une salle de lecture et d'autres aires administratives. Le septième et dernier étage ainsi que la terrasse sont dédiés aux salles des machines.
L'École nationale de bibliothécaires fonctionne actuellement en ces lieux. Les étudiantes et les étudiants en bibliothéconomie disposent de trois salles de classe aux niveaux H et PB. La bibliothèque rend également possible des visites guidées pour les professeurs et les étudiant·es en architecture.
La bibliothèque nationale Mariano Moreno est entourée de verdure. Au coin de la rue Austria et de l’avenue Las Heras, il est possible depuis 2025 de déambuler à travers différents aménagements qui rappellent l’œuvre du célèbre écrivain argentin. On parle ici d’un labyrinthe, quelques bancs sur lesquels on retrouve des codes QR qui dirige les usagères et usagers vers la bibliothèque publique digitale Jorge Luis Borges et une grande murale représentant un jeu d’échec accompagné d’une citation de l’auteur. Le tout est l’œuvre des deux architectes Giuliana Brandi et Mariana Mungo qui ont voulu rendre visible cet espace pour les passantes et les passants afin qu’iels aient envie de s’arrêter.
Devant la bibliothèque on retrouve un grand parc du nom de la Plaza Evita en l’honneur d’une actrice et femme politique argentine nommée Eva Perón. S'y trouve d’ailleurs une mausolée à sa mémoire, réalisée par le sculpteur argentin Ricardo Gianetti, il s'agit du monument funéraire le plus visité de tout l'Argentine. On peu aussi trouver des monuments à la mémoire de Julio Cortazar (érigé en 2014), de San Juan Pablo II et, bien évidemment, de Jorge Luis Borges. Sur le site du jardin s’étendait autrefois le Palacio Unzué, résidence de l'ancien président d’Argentine Juan Domingo Perón, époux d’Eva Perón.