Le Bharatiya Janata Party ou BJP (hindi : भारतीय जनता पार्टी, « parti indien du peuple ») est un des deux principaux partis politiques indiens. Créé en 1980, le BJP est un parti d'extrême droite nationaliste hindou considéré comme l'aile politique du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). C'est le principal parti de l'Alliance démocratique nationale (NDA) : une coalition au pouvoir de 1998 à 2004 et de nouveau depuis 2014. Avec plus de 180 millions d'adhérents en date d'avril 2022, c’est le plus grand parti politique du monde.
1951-1996 : origines et émergence du BJP
Au sortir de l'Indépendance, le Parti du Congrès est largement dominant dans le paysage politique indien, et les mouvements nationalistes hindous sont peu structurés politiquement. Les militants de l'organisation paramilitaire hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) cherchent à s'inscrire dans une démarche politique pour proposer une alternative nationaliste au Parti du Congrès. En 1951 est créé le Bharatiya Jana Sangh (BJS), plus connu sous l'appellation de Jana Sangh, à l'initiative notamment de Syama Prasad Mukherjee.
Le BJS s'inscrit pleinement dans l'idéologie de l'hindutva, revendique un durcissement face à la communauté musulmane et au Pakistan, condamne la partition, et réclame l'annexion du territoire de Jammu et Kashemir. Le BJS est bien le bras politique du RSS, mais regroupe également des forces issues d'autres mouvances nationalistes, comme le Hindu Mahasabah (organisation à laquelle appartenaient Nathuram Godse et les assassins de Gandhi). Il comprend aussi des conservateurs issus du Parti du Congrès, déçus par les orientations socialistes prises par Jawaharlal Nehru.
Malgré sa participation à différentes coalitions régionales, parfois avec succès, le BJS ne parvient pas à s'imposer comme véritable alternative au Parti du Congrès. L'instauration de l'état d'urgence par Indira Gandhi, en 1975 - et l’incarcération d'un certain nombre de leaders de l'opposition, dont ceux du BJP, vient bouleverser le paysage politique.
A l'occasion des premières élections générales organisées après l'état d'urgence, les partis d'opposition au Congrès se réunissent pour former le Janata Party. Il s'agit d'une coalition hétéroclite de circonstance regroupant des socialistes, une scission du Parti du Congrès, opposée à Indira Gandhi, des centristes, des conservateurs et le BJS. Ils font campagne contre l'état d'urgence et les mesures d'exception, et se présentent comme les défenseurs de la démocratie. Pour la première fois depuis l'indépendance de l'Inde, le Parti du Congrès est largement battu aux élections législatives de 1977. Le Janata Party obtient la majorité absolue.
Au sein de la coalition, le Bharatiya Jana Sangh se retrouve en position de force. Ses deux derniers présidents deviennent respectivement ministres des affaires étrangères et de la communication. Au parlement, 31% des députés du Janata Party sont issus du BJS. Des tensions se font rapidement jour entre les partenaires de la coalition, concernant la place des nationalistes hindous, les orientations prônées par le RSS et la présence à des responsabilités importantes de membres du Janata Party, également militants du RSS. De plus, les liens restent forts entre la base du BJS et son encadrement local et le RSS. Le rapprochement du BJS avec des partis de centre-droit s'avère impossible.
Les partenaires du Janata Party demandent que tout lien avec le RSS soient rompus, ce qu'ils refusent. Le premier ministre Moraji Desai, en prise avec de nombreuses difficultés et échecs, est considéré comme trop proche des nationalistes hindous. La majorité éclate et le pays devient ingouvernable : le président Reddy est contraint de dissoudre le parlement.
Les élections législatives de 1980 marquent un retour en grâce du Parti du Congrès mené par Indira Gandhi, et le Janata Party essuie une lourde défaite électorale. Peu après l'élection, le comité exécutif national du Najata Party décide d'exclure tous ceux qui sont également membre du RSS. Ces derniers décident dès lors de former le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les liens entre ce dernier et le RSS restent très forts, et le BJP s'inscrit sans ambiguïté dans l'idéologie de l'hindutva. Néanmoins, des efforts sont faits pour modérer les élans nationalistes, permettre l'élargissement de la coalition et pour maintenir des liens avec différents partis de droite, dont le Janata Party. Le BJP arrive ainsi progressivement à s'imposer comme une alternative majeure au Parti du Congrès, et à développer des alliances locales et nationales avec d’autres partis conservateurs, nationalistes ou régionaux (dont le Telugu Desam Party (en), l'Akali Dal, le Shiv Sena, le Dravida Munnetra Kazhagam et l'AIADMK).
Lors de la campagne pour les élections législatives de 1989, le BJP fait de la destruction de la mosquée Babri, à Ayodhya, un thème central de campagne. Cette mosquée est en effet supposée être érigée sur le lieu de naissance du dieu hindou Rama. Cette élection voit la victoire d'une coalition baptisée Front national, soutenue notamment par le BJP. Cette revendication de destruction de la mosquée Babri reste ensuite un thème fort du BJP.
Un rassemblement organisé par le parti, en 1992, aboutit à sa destruction par une foule d'environ 150 000 personnes, malgré les engagements pris par les organisateurs auprès de la Cour Suprême que le lieu ne serait pas endommagé. Cet événement conduira à une nouvelle flambée de violences communautaires, se traduisant par la mort de près de 2 000 personnes, majoritairement musulmans, à travers toute l'Inde. Ces troubles ont provoqué l'instauration de la President's rule (administration directe par le pouvoir central) dans l'État d'Uttar Pradesh alors dirigé par le BJP.
1996 - 2014 : le BJP s'impose comme principal opposant au Congrès
Le BJP obtient une majorité pour la première fois à la Lok Sabha - la chambre basse du Parlement de l'Inde, en 1996. Atal Bihari Vajpayee, leader historique du parti fut alors nommé Premier ministre.
Ce dernier a pu imposer une ligne modérée et a approfondi les réformes économiques libérales de ses prédécesseurs. Cependant, cette période a été marquée, en 1998, par les essais nucléaires à la frontière pakistanaise et une escalade militaire dangereuse au Cachemire (en mai-juin), ainsi que par des violences anti-musulmanes dans l'État du Gujarat en février 2002 (de 800 à 2000 morts).
Dans cet État du Gujarat, le chef du gouvernement local, Narendra Modi, soutenu par le RSS, a mis en place un "laboratoire" de l'Hindutva encadrant la société selon ces préceptes nationalistes, notamment dans la réécriture des programmes scolaires. Une commission d'enquête nationale a mis en cause la responsabilité de son gouvernement, dans le soutien aux persécutions anti-musulmanes de février 2002. Vajpayee, tenant de la ligne modérée, a tenté sans succès d'obtenir sa démission.
En 2004, la NDA et le BJP subirent une cuisante défaite lors des élections générales qui virent le retour au pouvoir du Parti du Congrès.
Localement, le BJP tire principalement sa force politique de la Hindi belt (régions du Nord et de l'Ouest de l'Inde peuplées d'hindiphones). Le parti détient le pouvoir dans les États suivants : Chhattisgarh, Gujarat, Jharkhand, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Rajasthan.