Berthe Francine Ernestine Faquet dite Berthe Sylva, est une chanteuse française, née le 7 février 1885 à Lambézellec, aujourd'hui quartier de Brest, et morte le 24 mai 1941 à Marseille.
Fille de Joseph Faquet (1860-1946), marin, et d'Anne Poher (1863-1923), couturière, Berthe Faquet aurait passé son enfance à Brest avant de se faire employer comme femme de chambre. Elle y rencontre Yves Tillenon (1884-1943), d'un an son aîné, originaire de Lannilis, étudiant alors au lycée Saint-François de Lesneven et futur poète, écrivain et nationaliste breton. Elle quitta Brest en 1900 pour devenir femme de chambre à Saumur. En 1901, âgée de seulement seize ans, elle met au monde Albert Henri Joseph Faquet dit Henri (1901-1975) puis Émilienne Faquet (1902-1951), tous deux, de père inconnu. Vers 1910, elle va à Paris où sa carrière de chanteuse débute. En 1926, elle vit avec ses deux enfants à Épernay.
Elle se serait mise à la chanson vers 1908. De ses débuts, on ne possède pas beaucoup de témoignages, excepté une interview où elle évoque des voyages en Amérique du Sud, en Russie, en Roumanie et en Égypte. Elle aurait débuté sur les planches du Casino Saint-Martin fin 1908, en reprenant La Marche Fière, de Karl Ditan. Elle reste pendant plusieurs années sur cette scène, puis sur celle du Casino Montparnasse. Elle interprète notamment Fioretta d'Amore, Les Braves Gens de la nuit, Les grognards qui passent ou encore Eh ! Ha ! fin 1911, puis elle est embauchée au Casino de Montmartre. Mais la collaboration avec Bernard, le patron de cette salle, se termine mal. Alors qu'elle était en pleine représentation, deux de ses robes furent volées, pour une somme de 900 francs de l'époque, soit environ 10.000 € du XXIe siècle. Elle assigna le propriétaire en justice, mais fut déboutée.
Elle fait ensuite une carrière très remarquée fin 1912 à Alger où elle chante au Casino Music-Hall. Elle y obtient un certain succès avec un Chant en l'honneur des morts de l'Armée d'Afrique. Rentrée à Paris en novembre 1912, elle se rend de nouveau à Alger début 1913 pour le Festival de la Presse, puis en décembre de la même année. Pendant la guerre, de retour en métropole, elle s'engage auprès d'une troupe aux côtés d'Eugénie Buffet, du chansonnier aveugle René de Buxeuil, du parolier Jean Deyrmon et de l'acteur Édouard de Max. L'œuvre La Chanson aux blessés est interprétée notamment en octobre 1915 auprès des soldats au Cercle du Soldat à Paris. Une photo prise pendant la Première Guerre mondiale en témoigne.
En 1928, Berthe Sylva se produit au Caveau de la République. L'accordéoniste et compositeur Léon Raiter la remarque et lui propose de passer à l'antenne de Radio Tour Eiffel, où elle se produit, occasionnellement au moins, jusqu'en 1937, si l'on s'en réfère aux programmes radio de l'époque. C'est grâce à Léon Raiter, l'auteur des Roses blanches, qu'elle se met à enregistrer, tout d'abord chez Idéal puis chez Odeon, firme pour laquelle elle a gravé en tout près de 250 titres pour de bien maigres profits.
Le succès est foudroyant. Le Raccommodeur de faïence, enregistré en 1929, se serait vendu à 200 000 exemplaires en deux ans. Les tournées en province se multiplient. À Paris, on l'entend au concert Pacra, à l'Européen, au Bataclan, à la Gaîté-Montparnasse, mais les salles les plus prestigieuses la boudent. Elle partage un moment l'affiche avec Fred Gouin, chanteur très prolifique en enregistrements (450 faces de 78 tours pour Odeon entre 1927 et 1935), aujourd'hui tombé dans l'oubli. Elle grave avec lui des duos tels Ferme tes jolis yeux (1932) et Un soir à La Havane (1933). Leur relation est passionnelle.
Quelques anecdotes d'une authenticité plus ou moins douteuse jalonnent le parcours flamboyant de Berthe Sylva. En 1935, ses admirateurs marseillais lacèrent les banquettes de l'Alcazar, où elle joue à guichets fermés au début de la guerre, et enfoncent la porte de sa loge. En 1936, à l'enquête « quelle est votre chanteuse préférée ? », une majorité de jeunes filles entre 13 et 15 ans répondent « Berthe Sylva ». Une autre source mentionne un passage sur Radio-Toulouse en 1925 qui lui aurait valu 16 000 lettres d'admirateurs.
L'une de ses dernières présentations sur les ondes date de mai 1940, avec un passage chanté sur Radio-Lyon. Sur scène, un dernier tour de piste lui est offert à Lyon, en novembre de la même année, au Grand Palais.
Berthe Sylva se fixe à Marseille au moment de l'armistice de 1940. Le chanteur Darcelys y fut l'un de ses amis les plus fidèles.
Par son arrière-grand-père maternel Guillaume Poher (1804-1883), elle est une cousine issue de germains d'Alain Poher, qui fut président du Sénat et président de la République française par intérim à deux reprises entre 1969 et 1974.
Elle meurt à l'âge de 56 ans le 24 mai 1941 à Marseille laissant derrière elle une belle fortune à ses héritiers.
Sa maison de disques finance des obsèques auxquelles seuls quelques amis assistent car en période de guerre il fut très difficile de se déplacer pour assister à la cérémonie à Marseille. Elle est inhumée au cimetière Saint-Pierre de Marseille. L'emplacement de sa sépulture a été repris par l'administration.
Les légendes entourant Berthe Sylva auraient été créées de toutes pièces ou à partir d'extrapolations journalistiques de faits réels après sa disparition. La diffusion de ces légendes fut facilitée par le fait qu'on ne possède quasiment aucun témoignage solide de nature biographique et par l'absence de documents cinématographiques.
Si l'on relativise l'importance de ses prestations sur scène, l'immense succès de Berthe Sylva est avant tout lié à ses nombreux enregistrements.
Sa voix se marie très bien avec la technologie en plein essor du microphone et de l'enregistrement électrique. Son registre vocal étendu, la qualité de son interprétation, tantôt pathétique, tantôt enjouée, son physique ingrat de femme meurtrie par la vie furent les clefs du succès qu'elle connut de son vivant. Sa discographie puise à toutes les sources, sauf américaines : succès anciens des années 1900, succès d'opérette comme de cabaret, chanson réaliste, musette, musiques de films à grand succès. Berthe Sylva excelle dans la chanson narrative.
Après sa disparition, on retiendra d'elle les chansons qui racontent non pas les bluettes et les joies du bal, mais celles qui dénoncent la misère, l'injustice, l'enfance blessée, la perte d'un être cher, la désillusion et l'échec sentimental.
Il faut noter que les « masters » d'un grand nombre de ses enregistrements des années 1930 ont été conservés et ont pu permettre des rééditions d'une très bonne qualité sonore. Encore aujourd'hui[évasif], il se vend chaque année un nombre non négligeable de ses enregistrements.
Des rues portent son nom à Brest, Marseille et Guilers.