Saint Bernard, dit de Menthon, d'Aoste, des Alpes ou encore du Mont-Joux, naît vers 1020. Archidiacre d'Aoste, il fonde vers 1050 un hospice, au col du Mont-Joux, qui porte désormais son nom : l'hospice du Grand-Saint-Bernard.
Il reconstruit un hospice à Colonne-Joux, celui du Petit-Saint-Bernard. Prédicateur itinérant à succès, il meurt à Novare le 12 juin 1081 ou 1086 et y est inhumé le 15, jour retenu pour sa fête.
Il est canonisé par l'évêque de Novare, en 1123, inscrit au calendrier romain par le bienheureux Innocent XI, en 1681, puis déclaré patron des alpinistes, des voyageurs et habitants des Alpes par Pie XI, en 1923.
Une légende du XVe siècle le fait naître en 923 dans la famille de Menthon, et mourir en 1008. Source de confusions, cette légende inspire encore de nos jours ses biographies et son iconographie dominante.
De la naissance à l'âge adulte
Bernard, issu d'une famille noble selon la tradition, est né vers 1020. Il vit une enfance et une adolescence sereines, avant de s'orienter vers la vie ecclésiastique. Ordonné diacre, il est chanoine et donc membre du chapitre de la cathédrale d'Aoste où il exerce la fonction d'archidiacre, qui est à cette époque le premier collaborateur de l'évêque. Prédicateur itinérant, il exhorte la population de son diocèse et des régions environnantes à la conversion, étant lui-même un exemple de sobriété et de vertus. Des miracles authentifient la véracité de ses paroles, ce qui lui donne un grand succès populaire.
Pour sécuriser les Alpes, Bernard fonde un hospice au sommet du Mont-Joux, vers 1045-1050, au lieu de reconstruire le monastère de Bourg-Saint-Pierre. Il affecte à son hospice les revenus de l’ancien monastère. Les premières constructions de taille minuscule (1.50 mètre sur 3) permettent de passer les nuits sur le col, la chaleur corporelle étant l’unique moyen de se réchauffer, tandis que se construit le premier hospice de 18 mètres sur 13.50, avec des pierres récupérées dans les ruines voisines du temple de Jupiter et de ses annexes. Bernard le place sous le patronage de saint Nicolas de Myre, patron des marchands, dont le culte est en expansion de l’Italie à l’Allemagne du Sud bien avant 1087, date du transfert de ses reliques d’Asie Mineure à Bari. Bernard reconstruit également un hospice au col de Colonne-Joux, l'actuel Petit-Saint-Bernard.
Prédicateur itinérant, Bernard exerce son ministère de la parole non seulement dans la région d'Aoste, mais encore dans les montagnes et les plaines des alentours. Il se rend à Pavie, où se trouve alors l’empereur Henri IV († 1106), qui y prépare une expédition contre le pape Grégoire VII († 1085). Bernard le rencontre et tente en vain de le détourner de son projet. Sur le chemin du retour, malade, Bernard s’arrête au monastère de saint Laurent-hors-les-murs, à Novare. C'est là qu'il meurt, le 12 juin. Il y est inhumé le 15, jour retenu pour sa fête. C'était en 1081, ou en 1086.
En raison des miracles obtenus sur la tombe de Bernard, Richard, évêque de Novare, le canonise en 1123. Saint Bernard est inscrit au calendrier des saints de l’église universelle en 1681 par le pape Innocent XI, ancien évêque de Novare. Le pape Pie XI, en 1923, le déclare patron des alpinistes, des habitants et des voyageurs des Alpes.
Les ossements de saint Bernard sont conservés à Novare, depuis son décès. Ils sont d'abord restés au couvent de saint Laurent-hors-les murs, jusqu'à sa destruction, en 1552, pour agrandir la ville. À cette occasion, ils ont été transférés à la cathédrale, où ils sont encore. Son crâne, muni de neuf dents à la mâchoire supérieure, a été sorti de sa tombe et placé dans un buste reliquaire, le 15 juin 1424. Il lui reste actuellement quatre molaires, ce qui signifie que les cinq autres dents ont été distribuées. Une est au château de Menthon et une autre à l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. D'autres ossements sont répartis dans la chrétienté (Casal, Aoste, Turin…). Une côte serait à l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, dans le bras reliquaire de saint Bernard, daté du XIIe siècle. Les chanoines de l'hospice du Grand-Saint-Bernard n'ont que des parcelles d'ossements de leur fondateur. Ils ont essayé à plusieurs reprises de récupérer son corps, mais en vain. Ils ont cependant reçu quelques parcelles de ses os, le 30 juin 1965.
Les hospices fondés par saint Bernard ont marqué ses contemporains. Ils ont ainsi renommé en son honneur le col du Mont-Joux en Grand-Saint-Bernard et celui de Colonne-Joux en Petit-Saint-Bernard. Les chanoines du Grand-Saint-Bernard et leurs mythiques chiens sauveteurs, dont le célèbre Barry 1er (1800-1814), lui doivent également leur nom.
Depuis la fin du XIXe siècle, deux alcools forts, à base de plantes des Alpes, portent également son nom, la «liqueur du Grand-Saint-Bernard» de couleur verte, la première inventée (45% d'alcool) et la jaune, plus récente (41% d'alcool).
Vers la fin du XIVe siècle ou vers le début du XVe siècle, un pseudo Richard de Valdisère, se présentant comme le successeur immédiat du saint comme archidiacre d’Aoste, rédige une vie de saint Bernard que nous nommons pour cela la « Richardine ». Elle est disponible en ligne et sert malheureusement de texte de base pour presque tous les écrits concernant la vie de saint Bernard jusqu'à nos jours. Cette vie est mise en scène sous forme de mystère, au XVe siècle, et connaît un succès populaire resplendissant.
Bernard, connu auparavant uniquement par son prénom, y est présenté pour la première fois, comme membre de la famille des comtes de Menthon.
Le doctorat de M André Donnet, paru en 1942, a mis en évidence les incohérences de la légende, permettant ainsi d'en réfuter l'authenticité. Ce travail scientifique a entaché la réputation de la famille de Menthon durant des décennies et a eu comme conséquence en France la fermeture des archives de familles nobles aux chercheurs durant plus d'un demi-siècle, afin d'éviter de tels ennuis.
Cette légende cumule les contradictions. L’auteur se présente comme le contemporain de Bernard, mort selon lui en 1008, et également le contemporain de la translation des reliques de saint Nicolas à Bari, en 1088. Un homme peut difficilement être le contemporain d'événements distants de 80 ans. De plus la date de 1088 est inexacte , car la translation des reliques n’a eu lieu qu’en 1087. Cette erreur tend à montrer que ce fait était lointain au moment de la rédaction de la légende.
Le lien avec la famille de Menthon
Le rapprochement de Bernard avec la Maison de Menthon semble également problématique. En effet, durant le Moyen Âge, aucune église ou chapelle de cette seigneurie, ou du diocèse de Genève sur lequel elle se situe, n'a été construite ou mise sous le patronage de ce saint. De plus, le prénom Bernard n'est donné à un enfant de cette famille qu'à partir de 1462, puis dès lors de manière régulière. Fait également étrange, la famille de Menthon ne fait pas partie des bienfaiteurs de l'hospice du Grand-Saint-Bernard, durant le Moyen Âge, alors que cette légende affirme le contraire. Comme aucune autre famille ne l'a revendiqué dans son lignage, il n'est pas impossible de penser qu'une épouse des comtes de Menthon ait été une descendante d'un frère de Bernard.