Bernard Law Montgomery, 1er vicomte Montgomery d'Alamein, est un field marshal britannique, né le 17 novembre 1887 à Londres et mort le 24 mars 1976 à Alton (Hampshire). On le connaît aussi sous son surnom « Monty ».
Il est officier dans l'infanterie britannique au début de la Première Guerre mondiale et reçoit une balle dans le poumon droit au cours de la première bataille d'Ypres en 1914. Il revient au front en tant qu'officier d’état-major et se trouve devant Arras en avril-mai 1917. Il est chef d’état-major de la 47e division à la fin de la guerre.
Dans l'entre-deux-guerres, il commande d’abord un bataillon du Royal Fusiliers puis le 1er bataillon du Royal Warwickshire Regiment (en), avant de prendre le commandement de la 9e brigade d’infanterie (en) puis celui de la 8e division d’infanterie.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il commande la 8e armée britannique d’août 1942 à mai 1943, date de la victoire finale en Tunisie. Pendant cette période, il est notamment vainqueur de la seconde bataille d'El Alamein, tournant de la guerre du Désert. Il est toujours à la tête de la 8e armée lors de la campagne d'Italie à l'été 1943. Pour le débarquement et la bataille de Normandie de juin 1944, il commande dans un premier temps, sous l'autorité d'Eisenhower, l'ensemble des forces terrestres alliées. Ensuite, il est placé à la tête du 21e groupe d’armées britannique.
Le gouvernement britannique le promeut au grade de field marshal (maréchal) le 1er septembre 1944. Il rencontre par la suite un échec aux Pays-Bas au cours de l'opération Market Garden fin septembre 1944. Le 4 mai 1945, il reçoit la reddition de l'armée allemande du Nord-Ouest à Lunebourg.
Après la guerre, il commande l'armée britannique du Rhin (la BAoR) en Allemagne puis devient chief of the Imperial General Staff (« chef d'état-major général de l'Empire britannique », pour l'Armée de terre) de 1946 à 1948.
De 1948 à 1951, il est président du comité des commandants en chef de l'Union occidentale. Il est ensuite adjoint au SACEUR (en) (commandant en chef allié Europe) de l’OTAN jusqu'en 1958, date de son départ à la retraite.
Bernard Law Montgomery est né dans le quartier de Kennington à Londres en 1887. Il est le quatrième d'une famille anglo-irlandaise de neuf enfants au train de vie modeste. Son père, le révérend Henry Hutchinson Montgomery, est un prêtre anglican dévoué à ses fidèles, qui parvient à l'épiscopat après sa nomination en Tasmanie en 1889. À cette date, sa mère, Maud Farrar qui fut mariée à dix-sept ans, avait déjà eu cinq enfants du pasteur de Saint-Marc, Kennington Oval, lorsqu'elle était âgée de 25 ans.
Après le décès de son grand-père, Robert Montgomery, survenu en 1887, un mois après la naissance de Bernard, Henry hérite de la propriété familiale de New Park à Moville dans le comté de Donegal près de Derry en Irlande du nord, résidence qui sera un lieu de vacances pour Bernard. C'est pourquoi Montgomery se considère lui-même en partie comme un natif d'Irlande et du comté de Donegal. En 1889, la famille suit le père pasteur nommé évêque en Tasmanie. Son père qu'il adore est un homme doux, presque un saint : dévoué envers les autres chrétiens et pointilleux sur ses obligations professionnelles, il est bien peu présent à la maison. Mrs Montgomery de nature autoritaire se retrouve responsable d'une grande famille, souvent renforcée par des cousins ou des enfants hébergés. Elle donne des consignes strictes et au besoin applique sans ménagement de sévères punitions corporelles ou psychologiques à ses trois premiers garçons. Elle gère aussi les faibles économies familiales d'une main de maître, imposant même à son époux de sévères restrictions.
Devenu vieux, Bernard Montgomery a confié qu'il avait eu une enfance assez malheureuse, car ses grands frères étant plus malléables ou diplomates, c'est sur lui enfant de nature rebelle et résistante qu'ont abouti les nombreux conflits violents entamés contre le despotisme maternel. Alors que ses plus jeunes frères furent choyés par sa mère trentenaire, il devint rapidement le « mouton noir » de la famille, recevant coups de canne et rebuffades. Quand le petit solitaire en quête d'intimité avait disparu aux yeux de tous, la voix sèche de sa mère s'élevait souvent : « Allez voir ce que fait Bernard, et dites-lui de cesser immédiatement ». Mais à dix-neuf ans, après avoir été longtemps placé en pension au collège, Bernard, qui voulait être militaire, eut un immense respect envers cette "maîtresse de maison" qui n'avait pu lui apporter une affection maternelle; il le comprit mieux une fois devenu adulte ;
En 1901, l'évêque Montgomery devient secrétaire de la Société pour la propagation de l'Évangile (en) et la famille retourne à Londres fin 1901. Bernard et son frère Donald sont envoyés à la St Paul's School de Londres. Ces jeunes coloniaux tasmaniens sont robustes, résistants et vifs, adaptés à la nage, à la marche et à la course. Leur éducation scolaire a été négligée et ils ne connaissent ni le cricket ni le football, sports prédominants dans tous les collèges anglais.
À quatorze ans, le jeune fils Montgomery surnommé Monkey (singe) pour son aptitude bravache à tirer les cheveux des grands élèves n'est nullement préparé à la vie studieuse du collège anglais, mais il se précipite sur le sport, rugby à quinze et cricket à onze, parvenant à la responsabilité de capitaine de ces équipes. Monkey veut être soldat, mais ses notes en anglais sont catastrophiques en 1904. Son bulletin scolaire indique un retard d'une année. Bernard Law comprend qu'il ne pourra pas devenir officier et reprend les études avec assiduité.
En 1907, il entre après examen au collège de l'académie royale militaire de Sandhurst, puis prépare le concours, le passant au 72e rang sur 170. Le niveau est faible car les candidats de valeur ne sont pas attirés par la carrière des armes, au demeurant peu lucrative, voire souvent coûteuse en Angleterre. Choisi par l'encadrement pour être caporal, et même pressenti pour être enseigne (sous-lieutenant), le jeune homme sportif accompli s'affirme en leader de compagnie. Il faillit être renvoyé à la suite d'une altercation avec un élève de la compagnie rivale durant laquelle les deux antagonistes se battent avec des tisonniers incandescents. Sa victime est brûlée au dos par sa chemise enflammée. Le caporal Montgomery, rendu responsable de l'agitation nocturne des chambrées et de l'exécrable rivalité entre compagnies, est dégradé, il doit être renvoyé. Sa mère, qui a financé ses études et, surtout, un ami nommé Forbes, major des Royal Scot Fusiliers, interviennent en sa faveur. Sanctionné, il doit rester six mois de plus à Sandhurst, et n'est nommé sous-lieutenant au 1er bataillon du Royal Warwickshire Regiment (Mle 8742) que le 19 septembre 1908.
Sorti 36e de l'école, l'officier n'a pu prétendre à être admis dans l'armée des Indes, seule carrière dignement rétribuée. Or il n'a pas de fortune personnelle : il ne peut servir en Angleterre, où le coût moyen du mess des officiers dépasse la solde. Mais le régiment provincial possède un bataillon détaché qui sert en Inde. Ainsi il peut rejoindre en décembre 1908 à Peshawar le 1er bataillon. Pour l'anecdote, il y retrouve son cousin, l'orientaliste St. John Philby dont il sera le témoin de mariage en septembre 1910. Son unité ensuite est mutée à la fin 1910 à Bombay jusqu'en 1913, date de sa rentrée en Angleterre. Son intérêt pour l'art de la guerre est éveillé par le capitaine Lefroy, revenu d'un stage à l'école d'état-major de Camberley à la deuxième compagnie du régiment. Le lieutenant Montgomery prend alors conscience des immenses lacunes de l'armée britannique. Mais le rappel violent survient en août 1914.
La Première Guerre mondiale éclate en août 1914 : le régiment du lieutenant Montgomery placé dans la dixième brigade de la quatrième division est envoyé en France. Il arrive après une longue marche de nuit sur les champs de blé près de Haucourt lors de la bataille de Mons. Son bataillon au bivouac doit attaquer l'unité allemande qui a investi par surprise la colline confiée à un second bataillon du régiment. L'attaque est menée dans l'improvisation la plus totale et aboutit à la perte de la moitié des soldats du bataillon, tués, blessés ou faits prisonniers.