Bernard Hinault [bɛʁnaʁ ino], né le 14 novembre 1954 à Yffiniac (Côtes-du-Nord), est un coureur cycliste français, professionnel de 1975 à 1986. Surnommé le Blaireau, il a dominé le sport cycliste international entre 1978 et 1986, remportant 216 victoires dont 144 hors critériums.
Il est le troisième coureur à avoir remporté à cinq reprises le Tour de France (1978, 1979, 1981, 1982 et 1985), après Jacques Anquetil et Eddy Merckx. En huit participations, il y est vainqueur de vingt-huit étapes. Il a également remporté à trois reprises le Tour d'Italie et à deux reprises le Tour d'Espagne. Il compte également à son palmarès un titre de champion du monde sur route ainsi que cinq victoires sur des classiques dites Monuments, les plus importantes courses d'un jour.
Après trente-six victoires chez les amateurs, Hinault devient professionnel en 1975 dans l'équipe Gitane-Campagnolo, dirigée par Jean Stablinski. Ses débuts sont convaincants, mais Hinault souhaite quitter sa formation après une vive altercation avec son directeur sportif. Il décide finalement d'y rester avec la nomination de Cyrille Guimard à la tête de l'équipe. Une collaboration constructive s'installe entre les deux hommes, Hinault multipliant les victoires sur le territoire français en 1976, avant de s'imposer l'année suivante sur les classiques Gand-Wevelgem, Liège-Bastogne-Liège mais aussi sur le Critérium du Dauphiné libéré. En 1978, son équipe devient Renault-Gitane et Hinault teste ses capacités sur un grand tour en se rendant sur le Tour d'Espagne, où il s'impose. En juillet, il remporte le Tour de France dès sa première participation. L'année suivante, il confirme son emprise sur le cyclisme mondial, en remportant haut la main une deuxième fois le Tour de France avant de parachever sa saison par une victoire au Tour de Lombardie.
En 1980, après une extraordinaire victoire dans des conditions climatiques dantesques sur Liège-Bastogne-Liège, il gagne le Tour d'Italie pour la première fois. Il doit ensuite abandonner le Tour de France à cause d'un genou douloureux. En fin de saison il se pare du maillot arc-en-ciel en s'imposant lors des championnats du monde à Sallanches. En 1981, alors qu'il n'apprécie pas cette course, Hinault remporte Paris-Roubaix. Quelques mois plus tard, il remporte son troisième Tour de France. En 1982, il réalise pour la première fois le doublé Tour d'Italie-Tour de France. L'année suivante, blessé au genou lors de sa victoire au Tour d'Espagne, il doit renoncer à participer au Tour de France pour se faire opérer et voit la victoire sur l'épreuve de son jeune équipier Laurent Fignon. En conflit avec Guimard, il quitte l'équipe Renault et crée sa propre formation, La Vie claire, avec l'aide de l'homme d'affaires Bernard Tapie. En 1984, toujours convalescent, il ne parvient pas à battre Fignon sur le Tour de France. Mais la saison suivante marque le retour d'Hinault au plus haut niveau avec un second doublé Giro-Tour. Pour sa dernière saison professionnelle, il termine second du Tour de France 1986 derrière son coéquipier, l'Américain Greg LeMond.
Hinault est également connu du grand public pour son franc-parler, voire ses coups de gueule. Cependant il jouit d'une grande popularité, surtout après son retour de blessure en 1984. Après sa retraite sportive, Hinault exerce la profession d'éleveur bovin à Calorguen dans les Côtes-d'Armor pendant vingt ans. Mais il ne quitte pas le monde du cyclisme, s'occupant entre 1987 et 2016 des relations publiques et du protocole en particulier lors du Tour de France, pour le compte de la société organisatrice Amaury Sport Organisation. Il est également sélectionneur de l'équipe de France de 1988 à 1993, succédant à Jacques Anquetil.
Bernard Hinault naît le 14 novembre 1954 à Yffiniac au lieu-dit « Le Fraîche », dans les Côtes-du-Nord, plus précisément dans la maison de ses grands-parents, une longère de granit nommée « La Tenue » érigée contre le vent et la pluie. La résidence de la famille Hinault s’agrandit en ce jour d’automne. Dans la chambre de Jean et Jeanne, celle des grands-parents, Bernard Hinault pousse ses premiers cris. Son père, Joseph, est poseur de rails pour la SNCF, sa mère, Lucie (née Guernion), est femme au foyer et travaille également à la ferme familiale. Il a un frère aîné, Gilbert, une sœur et un frère cadets, Josianne et Pierre. Avec son frère aîné, vite rejoint par sa petite sœur et son frère cadet, Bernard Hinault vit dans la longère du champ voisin, « La Clôture », qui n’est close que par son nom, tant la fratrie grandit avec ses cousins, qui habitent à deux pas. L'enfance de Bernard Hinault se déroule le nez au vent frais de la campagne briochine, toujours dehors et uni à sa fratrie et ses cousins, jouant avec les cochons, les lapins, les chevaux, les poules, et galopant à travers les champs, dévorant les hectares pour rejoindre la rivière en contrebas. Bernard Hinault effectue quatre fois par jour, à pied ou à vélo, les 2,5 kilomètres qui séparent la ferme du bourg, afin de se rendre à l'école Saint-Aubin tenue par les Sœurs Blanches du Saint-Esprit. Peu intéressé par les études, il obtient son certificat d'études primaires à 14 ans et souhaite devenir ébéniste. Mais ses parents, avisés que les débouchés dans le bois sont limités, obligent Bernard à préparer un CAP d'ajusteur au collège d'enseignement technique du Sacré-Cœur à Saint-Brieuc, qu'il va obtenir quatre ans plus tard.
À l'âge de huit ans, il roule pour la première fois sur une bicyclette rouge appartenant à son frère Gilbert. Puis avec le vélo qui lui est offert pour son certificat d'études, il parcourt une vingtaine de kilomètres par jour quotidiennement afin de se rendre au collège. Dans la côte de Langueux, longue de 3 kilomètres, il tente de rester collé au sillage des camions. Il pratique également l'athlétisme dans le milieu scolaire où il estime « avoir appris à domestiquer son souffle. », grâce à cela et avoir pris goût à la performance en montant la côte de Langueux. Il accompagne régulièrement son cousin René aux compétitions cyclistes que ce dernier dispute. C'est en le voyant gagner qu'il décide de prendre une licence au patronage catholique du Club olympique briochin deux jours plus tard, le 26 avril 1971, « conquis par l'acharnement à conquérir la victoire, par ces jeunes coureurs qui donnent le meilleur d'eux-mêmes jusqu'à l'épuisement pour triompher. ».
Bernard Hinault est entraîné au COB par Robert Leroux, réputé pour sa rigueur. Afin de participer à sa première course chez les cadets, le 2 mai 1971 à Planguenoual, il rachète le vélo de marque Gitane de son frère Gilbert, grâce à l'argent qu'il gagne le week-end en travaillant à la station-service située à Saint-René d'Hillion. Bernard Hinault s'échappe du peloton dans le quatrième tour de la course qui en comprend dix. Son avance ne cesse de grandir ce qui oblige le favori Jean-Yves Ollivier à sortir à son tour pour revenir sur Hinault. La victoire entre les deux se joue au sprint dans un faux-plat montant qu'Hinault remporte en force. Comme promis à sa mère, il lui rapporte le bouquet de fleurs du vainqueur et le lendemain le journal Ouest-France lui consacre un quart de page. En 1971, sur vingt courses disputées durant cette saison, il en gagne douze dont celle courue à Yffiniac. Afin de faire progresser Hinault, Robert Leroux lui prodigue de précieux conseils sur les entraînements, la récupération, l'alimentation, le choix du matériel et la tactique de course. En 1972, chez les juniors, Hinault fait l'acquisition d'un vélo blanc à damiers de la marque Peugeot. En remportant le championnat de Bretagne sur route juniors, il se pare du maillot régional orné de la bannière d'Hermine. Puis il participe en mai à Arras à la finale du Premier pas Dunlop, ancêtre du championnat de France juniors, sur un parcours de 115 kilomètres. Il sort du peloton dans la côte de Pas-en-Artois à 60 kilomètres de l'arrivée, n'est jamais repris et remporte la course avec vingt-six secondes d'avance. Le lendemain, le nom de Bernard Hinault figure dans le journal La Voix du Nord, dans un article écrit par un ancien coureur professionnel et futur directeur du Tour de France, Jean-Marie Leblanc. En fin de saison, il gagne l'Élan breton, une course contre-la-montre de 60 km, à une vitesse moyenne de 41,7 km/h.