Ce Jour-là

Bernard Heuvelmans

Cryptozoologue franco-belge (1916-2001)

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Bernard Joseph Pierre Heuvelmans, né le 10 octobre 1916 au Havre et mort le 22 août 2001 au Vésinet, est un zoologue, cryptozoologue et écrivain belge.

Considéré comme le fondateur de la controversée cryptozoologie, l'étude des « formes animales encore inconnues », telles que le yéti, le monstre du loch Ness, ou le Mokélé mbembé, il est l'auteur de Sur la piste des bêtes ignorées, le premier livre sur le sujet disposant d'une large diffusion. Il laisse derrière lui une importante documentation qui est hébergée au musée cantonal de Zoologie de Lausanne, en Suisse. Acteur et musicien, il était également un ami d'Henri Vernes, l'auteur de la série Bob Morane, et d'Hergé, le créateur de Tintin, avec qui il a travaillé à plusieurs reprises.

Heuvelmans est né d'un père belge fonctionnaire originaire d'Anvers et d'une mère néerlandaise, ayant tous les deux fui l'invasion allemande de la Belgique au début de la Première Guerre mondiale, et ayant gagné Le Havre avant de revenir en Belgique après la guerre. Passionné par la nature et les animaux dès son plus jeune âge, il étudie au Collège Saint-Michel de Bruxelles, dirigé par des jésuites. Bien qu'il gardât ensuite un grand respect pour sa formation, il s’éloigne progressivement du catholicisme, et de sa vision anthropocentriste du monde. Il se dit hostile à l'Église catholique à la fin de sa vie et se convertit au bouddhisme.

Passionné par la littérature et le jazz, il joue dans un groupe nommé Hot and swing. Il se fait remarquer pour son talent dans les années 1930, et rencontre Louis Armstrong, Ray Ventura, Duke Ellington et Coleman Hawkins.

Souhaitant surtout devenir zoologiste, il s'inscrit en 1935 à la faculté des sciences naturelles de l’Université libre de Bruxelles. D’abord spécialiste des mammifères, Bernard Heuvelmans consacre sa thèse de doctorat à l’oryctérope (Contribution au problème de la dentition chez les ongulés aberrants (Tubulidentés et Siréniens)), et devient docteur ès sciences (zoologie) en 1939. Bien qu'un numéro entier du Bulletin du Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique fût consacré à la thèse d'Heuvelmans, ce dernier ne se lance jamais, faute de place disponible, dans une carrière universitaire. Plus tard il dit avoir pris goût à la liberté.

Seconde Guerre mondiale et années d'après guerre

Mobilisé dans l'armée belge au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier, et envoyé dans un camp de prisonniers. Après plusieurs tentatives infructueuses, il finit par s'échapper et réussit à rentrer chez lui. Il reste pacifiste et se dit hostile à l'armée. En 1942, dans les locaux du quotidien Le Soir, Bernard Heuvelmans fait la connaissance de Georges Rémi dit Hergé, le créateur des Aventures de Tintin. Il aide alors le jeune dessinateur à compléter le dixième album de la série, L'Étoile mystérieuse. En 1947, Hergé fait de nouveau appel à lui pour le scénario du Temple du Soleil. En 1954, il participe en tant que conseiller au dix-septième album de Tintin, On a marché sur la Lune.

Il rédige plusieurs ouvrages de vulgarisation, avec L’homme parmi les étoiles sorti en 1944 traitant d’astronomie et bénéficiant d'un bon succès. En 1945, dans L’homme au creux de l’atome, il évoque les bases de la physique et de la radioactivité. Il s'installe à Paris en 1946, et joue toujours dans des orchestres de jazz. Son livre, De la bamboula au Be-Bop connait un certain succès, mais Heuvelmans décide d'interrompre sa carrière de jazzman. Il publie également des nouvelles érotiques, devient membre de l'Institut international de sociologie (Rome), et traduit de nombreux ouvrages, des romans comme Rivage de Barbarie de Norman Mailer, ou des livres traitant de médecine ou de zoologie.

Après avoir eu deux enfants et avoir divorcé deux fois, il fut marié durant plusieurs années avec l’écrivaine, peintre et dessinatrice belge Monique Watteau, connue sous le pseudonyme d’Alika Lindbergh. Ils divorcèrent durant les années 1960 mais restèrent de proches amis. Heuvelmans dit qu'elle fut « la personne la plus extraordinaire que j'aie jamais connue ». Monique Watteau illustrera plusieurs ouvrages d'Heuvelmans, et se remariera avec le zoologue Scott Lindbergh, fils du fameux aviateur.

Bernard Heuvelmans s’intéresse à partir de 1948, après avoir lu un article du biologiste américain Ivan Sanderson évoquant des témoignages au sujet de prétendus « dinosaures » en Afrique centrale, aux animaux inconnus, ignorés ou disparus. En 1955, il publie un livre en deux tomes : Sur la piste des bêtes ignorées. L'ouvrage bénéficie d'une grande popularité, puisqu'il est diffusé à près d'un million d'exemplaires, selon Jean-Jacques Barloy, et est traduit dans plus de dix langues. Heuvelmans se fait connaître et constitue au cours des années suivantes un vaste réseau d'informateurs et de collaborateurs (par exemple Ivan Sanderson et Boris Porchnev) et crée progressivement une nouvelle « science » (les aspects scientifiques ou pseudoscientifiques de la cryptozoologie sont toujours sujets à de nombreuses controverses), la cryptozoologie. Il en donne la définition suivante : « L'étude scientifique des animaux cachés, c'est-à-dire des formes animales encore inconnues, au sujet desquelles on possède seulement des preuves testimoniales et circonstancielles, ou des preuves matérielles jugées insuffisantes par certains ».

Comme Bernard Heuvelmans l'a lui-même reconnu dans la première édition de son livre sur le serpent de mer en 1965, il n'est pas le premier utilisateur de ce terme : « C'est lui [le naturaliste américano-écossais Ivan T. Sanderson] qui, alors qu'il était encore étudiant à Cambridge, a inventé le terme de cryptozoologie ou science des animaux cachés, que je devais ingénument forger à mon tour, à une époque plus récente, sans connaître sa priorité ».

En 1960, il retrouve son ami Hergé et l'aide à réaliser Tintin au Tibet, vingtième album de la série. Heuvelmans, qui pensait que les récits sur les « Hommes-des-neiges » se référaient à trois types d'hominidés inconnus (un « Homme sauvage » proche selon lui de l'Homme de Néandertal, un « grand Yéti » proche selon lui du Gigantopithèque, et un « petit yéti » proche selon lui du Sivapithèque), fournit à l'artiste de la documentation sur le yéti. Après avoir lu les notes de son ami, Hergé décide de faire du monstre mythique un être inoffensif et non abominable.

Entre 1961 et 1962, il anime l'émission Sherlock au zoo, produite par Jean-Marie Coldefy pour la Radiodiffusion-télévision française. C'est l'un des premiers magazines scientifiques du service public, dans un format court de 20 à 30 minutes. Avec le flegme qui le caractérise, il entraîne les spectateurs sur la trace d'animaux connus (gorille de montagne, paon du Congo, calmar géant) ou énigmatiques (monstre du Loch Ness, abominable homme-des-neiges). Sherlock au zoo comporte 13 épisodes et s'achève le 11 juillet 1962.

Par la suite, il consacre des travaux aux grands animaux marins des profondeurs, avec Dans le sillage des monstres marins : Le Kraken et le poulpe colossal, sorti en 1958, dans lequel il retrace la découverte du Calmar géant, et surtout Le grand Serpent-de-mer : le problème zoologique et sa solution, sorti en 1965. Dans cet ouvrage qui bénéficie d'une vaste diffusion, de rééditions et de traductions, accueilli avec enthousiasme ou ironie par les universitaires, Heuvelmans suggère que les témoignages au sujet de prétendus serpents de mer seraient un mélange d'observations déficientes d'animaux déjà connus et d'observations d'animaux inconnus, notamment cinq mammifères hypothétiques dont l'existence n'a jamais été prouvée, et auxquels il n'hésite pas à donner des noms scientifiques (voir en annexes). Certains chercheurs critiquent la méthode utilisée par Heuvelmans, la jugeant inappropriée et basée sur des témoignages parfois douteux.

Heuvelmans, qui était allé voir le Loch Ness en 1961, avait suggéré que le fameux « monstre » du Lac (et les autres monstres lacustres à long cou), serait une sorte d'otarie inconnue à long cou qui, par convergence évolutive, aurait une apparence se rapprochant des plésiosaures, et vivant essentiellement en mer, entrant quelquefois dans le lac. Cette hypothèse est critiquée par d'autres cryptozoologues, car la biomasse du lac est très insuffisante pour permettre le maintien d'une population de grands animaux, et le nombre de témoignages est insuffisant pour un animal devant respirer régulièrement à la surface. Il est plus probable que les témoignages désignent des phoques et des loutres, qui entrent parfois dans le lac, et déformés par un phénomène de réfraction atmosphérique agrandissant et allongeant les images.

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