Prospero Lorenzo Lambertini, né le 31 mars 1675 à Bologne, est le troisième enfant d'une famille noble des États pontificaux, fils de Marcello Lambertini et de Lucrezia Bulgarini. Il devient le 247e pape de l’Église catholique romaine en 1740 sous le nom de Benoît XIV (en latin Benedictus XIV, en italien Benedetto XIV). Il meurt le 3 mai 1758 à Rome.
Une série de réformes pastorales dans l’esprit des Lumières catholiques à caractère maçonnique ont été mises en œuvre pendant son pontificat, considéré comme l’un des plus significatifs de l’histoire de la papauté à l’époque moderne.
Souvent négligé, il est peut-être l'un des meilleurs érudits à avoir siégé sur le trône papal. Il a promu l'apprentissage scientifique, les arts baroques, la revigoration du thomisme et l'étude du corps humain. Fermement engagé à appliquer les décrets du concile de Trente et l'enseignement catholique authentique, il a supprimé les modifications précédemment apportées au bréviaire, a cherché à inverser pacifiquement la laïcité croissante des cours européennes, a restauré les cérémonies en grande pompe et, tout au long de sa vie et de son règne, a publié de nombreux traités théologiques et ecclésiastiques. En gouvernant les États pontificaux, il réduisit les impôts sur certains produits, et les augmenta pour d'autres. Il a également encouragé l'agriculture et soutenu le libre-échange entre les États pontificaux. Il créa les Musées Sacré et Profane, qui font aujourd'hui partie des actuels musées du Vatican. Il peut être considéré dans une certaine mesure comme un polymathique en raison de ses nombreuses études sur la littérature ancienne, de ses publications de livres et de documents ecclésiastiques, de son intérêt pour l'étude du corps humain et de son dévouement à l'art et à la théologie.
Homme politiquement réaliste et moderne dans ses relations avec les athées et avec les non-catholiques, Benoît XIV a mis en pratique une série de décrets visant à combler les vides politico-administratifs laissés par les papes précédents. Partisan du mécénat non seulement humaniste autant que scientifique, il change d'attitude à partir des années 1750, lorsque les tendances anticléricales des Lumières, qui voient dans la Compagnie de Jésus son principal antagoniste, deviennent de plus en plus inquiétantes. Vers la fin de son pontificat, en 1758, il expulse les Jésuites du Portugal à la demande de Joseph Ier, juste avant sa mort. La papauté a accédé à contrecœur aux revendications anti-jésuites tout en fournissant une justification théologique minimale aux suppressions.
Objet d'une vive controverse historiographique, partagée entre historiens favorables au pape bolognais pour son esprit prophétique dans l'administration de l'Église, et intellectuels critiques à son égard pour sa politique concordataire complaisante, Benoît XIV est resté surtout connu du grand public pour la comédie Cardinal Lambertini, film historique et politique italien réalisé par Giorgio Pàstina, sorti en 1954, adapté de la pièce de théâtre homonyme du Bolognais Alfredo Testoni créée en 1905, dans lequel le dramaturge met en valeur le caractère « anticonformiste » qui distingue ce pontife.
Horace Walpole le décrit comme « aimé des papistes, estimé des protestants, un prêtre sans insolence ni intérêt, un prince sans favoris, un pape sans népotisme, un auteur sans vanité, un homme que ni l'intellect ni le pouvoir ne pouvaient corrompre ».
Origines et carrière ecclésiastique
Prospero Lorenzo Lambertini nait à Bologne via delle Campane, plus tard nommée en son honneur, le 31 mars 1675, d'une famille noble, déchue, troisième des cinq enfants de Marcello Lambertini et de Lucrezia Bulgarini, fille de Carlo. Il appartient, par son père, à la branche cadette d'une ancienne famille sénatoriale de Bologne, la deuxième ville la plus importante des États pontificaux jusqu'au Risorgimento. Baptisé le jour même de sa naissance par Carlo Evangelista Graffi, prévôt de la cathédrale de Bologne, le futur pontife perd bientôt son père, mort à seulement quarante-deux ans, tandis que sa mère épouse le comte Luigi Bentivoglio ; elle meurt le 21 novembre 1705.
Prospero apprend les premiers rudiments de son tuteur Paolo Pasi et du curé Sante Stancari, puis part au pensionnat bolognais de l'Accademia degli Ardenti, connu sous le nom de Del Porto. À l'âge de treize ans, il est envoyé à Rome au collège Clementine dirigé par les clercs réguliers de Somasque, où il étudie la rhétorique, le latin, la philosophie et la théologie de 1689 à 1692, et où il se distingue parmi ses condisciples par sa vivacité d'esprit.
Tout jeune, il se passionne pour la littérature : Dante, le Tasse et l'Arioste sont ses auteurs de chevet. Au cours de ses études, il étudie les œuvres de saint Thomas d'Aquin, qui est son auteur et saint préféré. Alors qu'il apprécie d'étudier au Collegio Clementino, son attention se tourne vers le droit civil et le droit canonique.
Début de carrière ecclésiastique
Le jeune Lambertini est remarqué en 1691 par le pape Innocent XII, qui, après avoir écouté un discours en latin écrit par Lambertini lui-même sur la Sainte Trinité et qui lui est dédié, est si étonné qu'il lui accorde un petit bénéfice de cent scudi d'or , la première des récompenses reçues par le pontife au cours de sa vie avant son accession au trône.
En 1694, il est diplômé en théologie et In utroque jure à l'université de Rome, commençant tôt sa carrière curiale, très appréciée , qu'il gravit dans tous ses grades et fonctions. D'abord l'assistant d'Alessandro Caprara, l'auditeur de la Rote romaine, après l'élection du pape Clément XI en novembre 1700, il est nommé avocat du consistoire en 1701 et peu de temps après, est créé consulteur de la Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et universelle. Il devient en 1708 promoteur de la Foi de la Congrégation des rites, en 1712 chanoine du chapitre de la basilique Saint-Pierre avec prébende théologique et membre de la congrégation des rites, puis en 1713, prélat, avant de devenir secrétaire de la congrégation du concile en 1720. En tant que promoteur de la Foi, il obtient deux succès majeurs : la canonisation du pape Pie V et rédige un traité sur le processus de béatification et de canonisation des saints, De servorum Dei beatificatione et de beatorum canonizatione, une œuvre importante encore considérée comme un classique.
Il est tenu en haute estime par le pontife en charge, Clément XI (1700-1721), qui lui demande conseil sur les questions les plus graves et les plus lourdes, telles que celles relatives au droit canonique, branche dans laquelle il excelle. Le successeur de Clément XI, le pape Innocent XIII, lui offre le poste de canoniste de la Pénitencerie apostolique.
Ascension rapide sous Benoît XIII : évêque d'Ancône et cardinal
Grâce au pape Benoît XIII, qui le tient en haute estime, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie ecclésiastique. Lambertini est ordonné prêtre le 2 juillet 1724, à l'âge de près de cinquante ans, alors qu'il est déjà au sommet de sa carrière curiale pour être consacré évêque par Benoît XIII, dans la chapelle Pauline du palais du Vatican, le 16 juillet de la même année. Les co-consécrateurs sont Giovanni Francesco Nicolai (de), archevêque titulaire de Myre (de) (vicaire de la Basilique Vaticane), et Nicolò Maria Lercari, archevêque titulaire de Nazianze et maître des cérémonies de la cour papale. Il est archevêque titulaire de Théodosie (de) l'année suivante.
Le pape fait appel à ses conseils éclairés au synode romain concile de la province romaine de 1725, expérience fondamentale, seul concile auquel il participe réellement : il y montre ses grandes qualités humaines et pastorales, en s'occupant des séminaires et de la relation directe avec les fidèles. Benoît XIII le crée alors Cardinal in pectore lors du consistoire du 9 décembre 1726. Nommé évêque d'Ancône le 29 janvier 1727, il est autorisé à conserver le titre d'archevêque, ainsi que toutes les charges qui lui ont déjà été accordées, dont celle d'abbé commendataire du monastère camaldule de S. Stefano di Cintorio (Cemeterio) dans le diocèse de Pise. Il reçoit le titre cardinalice de cardinal-prêtre de Sainte-Croix-de-Jérusalem publiquement le 30 avril 1728