Benny Lévy, né le 28 août 1945 au Caire (Égypte) et mort à Jérusalem le 15 octobre 2003, est un philosophe, un homme politique et un écrivain français.
Militant maoïste de premier plan sous le pseudonyme de Pierre Victor, il dirige dans la France de l'immédiat « après-Mai » (début des années 1970) la Gauche prolétarienne, groupe politique d'extrême gauche inspiré par la doctrine maoïste. Après avoir renoncé à la violence politique, puis préconisé la dissolution en 1973 de la Gauche prolétarienne, il devient un militant traditionaliste juif et, inspiré par la pensée d'Emmanuel Levinas, il cofonde en 2000 avec Alain Finkielkraut et Bernard Henri Lévy l'Institut d'études lévinassiennes, qu'il dirigera jusqu'à sa mort en 2003.
Il fut le secrétaire de Jean-Paul Sartre de septembre 1973 jusqu’à la mort du philosophe en 1980. À cette époque, la parution d'entretiens entre les deux hommes dans lesquels Sartre semble témoigner, au contact de Benny Lévy, d'un renoncement à sa première conception de la question juive et d'une forme de conversion au messianisme juif, suscita une vive controverse. Les textes sont publiés sous le titre L'Espoir maintenant.
L'expression « de Mao à Moïse », symbolique de l'évolution d'un certain nombre d'intellectuels juifs de sa génération, a été inventée pour qualifier sa trajectoire. Éric Aeschimann y reconnaît une période clé de l’histoire de la gauche intellectuelle en France : « de l’agitation gauchiste à l'antimarxisme, de la création de Libération à la défense du judaïsme. »
Benny Lévy naît au Caire dans une famille juive assimilée à la culture moderne. Les enfants vont au lycée français. Benny éprouve une grande admiration pour son frère aîné, Eddy (devenu Adel Rifaat), militant communiste converti à l’islam. Toutefois la vague d’antisémitisme qui déferle sur l’Égypte en 1956 en raison du conflit israélo-arabe et de la crise du canal de Suez, oblige la famille à quitter l'Égypte ; elle perd la nationalité égyptienne. Seul Adel Rifaat restera en Égypte. Il sera emprisonné par le régime avec son compère Bahgat Elnadi à la fin des années 1950, puis Elnadi et Rifaat viendront en France en 1966. Benny Lévy et Adel Rifaat se retrouveront alors : ils ne s'étaient pas vus depuis dix ans.
À onze ans, Benny Lévy s'installe en Belgique avec ses parents. Il suit les cours du lycée français de Bruxelles. Après ses études secondaires, il arrive à Paris, entre en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand et intègre l'École normale supérieure en 1965. Sa demande de nationalité française, pourtant soutenue par Robert Flacelière, directeur de l’École normale, est rejetée par le président Georges Pompidou.
Ce refus coïncide avec ce que Benny Lévy appelle lui-même un « indice de la monstruosité » : l’entrée en politique. À la demande de son maître Louis Althusser, il met en fiches les œuvres complètes de Lénine. Il s'engage dans l'Union des étudiants communistes (UEC), puis, dès sa fondation en 1966, dans l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCML), groupe pro-chinois dont il est l'un des principaux dirigeants avec Robert Linhart. Il se lie avec Jacques-Alain Miller, Jean-Claude Milner, Serge July, etc.
Après les événements de Mai 68, le groupe dirigeant de l'UJCML est mis en minorité. Le groupe fonde alors la Gauche prolétarienne (GP), d'inspiration maoïste. Il va s’agir, selon la formule marxiste-léniniste, de « changer l’homme en ce qu’il a de plus profond ». Benny Lévy prend le pseudonyme de Pierre Victor et devient le leader de la GP. Plus tard, en 2002, il contestera ce pseudonyme en ces termes :
« Première monstruosité : ce pseudonyme, Pierre Victor… Dans la Gauche prolétarienne, le groupe que j'avais construit, on m'appelait Pierre, après m'avoir appelé Jean : rien que des évangélistes… Comme l'écrivait Henri Heine, je payais le billet d'intégration à la société française : on m'appelait Pierre Victor ; quand j'entendais ce nom, quelque chose en moi hurlait : ce n'est pas moi ! »
En 1970, la Gauche prolétarienne est interdite. Apatride et dirigeant d'un groupe interdit, Benny Lévy doit mener une vie clandestine. C'est à l'occasion de l'interdiction de La Cause du peuple, le journal de la GP, qu'il a l'occasion de rencontrer Jean-Paul Sartre, à qui il restera toujours fidèle :
« Sartre était non pas un père, pour moi, mais un frère aîné… Pour moi, le seul grand, c'était Sartre. »
Benny Lévy soutient la création du journal Libération où les membres de la GP sont majoritaires, mais il ne s'implique pas personnellement dans la rédaction du journal. Dans Tigre en papier, Olivier Rolin décrit Benny Lévy, à cette époque, sous le nom de Gédéon :
« Gédéon pouvait parler une heure sans notes, sans la moindre hésitation, sans commettre la plus petite faute de syntaxe. Sa voix égale, que n’altérait aucun changement de ton, de rythme, aucun lapsus, aucune plaisanterie non plus, cela va de soi, avait un pouvoir littéralement hypnotique. […] Lorsqu’il se taisait, les situations les plus compliquées semblaient soudain simples, des voies lumineuses s’ouvraient dans la broussaille du monde, chacun savait ce qui lui restait à faire. »
En 1972, la mort du militant Pierre Overney, tué par un vigile de la Régie Renault, puis l’enlèvement en représailles d’un cadre de la régie Renault, Robert Nogrette, marquent la rupture. Benny Lévy renonce à s’engager dans le cycle de la violence comme les Brigades rouges italiennes ou la Fraction armée rouge allemande. « Benny ordonne à ses troupes de relâcher Nogrette. Tout comme il condamne la tuerie des athlètes israéliens à Munich en 1972, qui le choque profondément, alors qu'une partie de sa base est constituée de travailleurs immigrés très pro-palestiniens. À ce propos, il indique qu'il a dû « entendre des propos antisémites d'une violence rare » mais qu'il s'est tu pour payer ce fameux « billet d'intégration à la société française ». Il crée des comités pour la Palestine, car « on devait être antisionistes mais alors surtout pas antisémites », précise-t-il ; cependant il se rend compte que ses militants ne font aucune différence entre antisionisme et antisémitisme.
À l'automne 1973, il préconise la dissolution de la GP et entame un tour de France pour expliquer aux militants des régions que c'est fini, qu'il faut renoncer au rêve révolutionnaire».
En 1973, Benny Lévy devient le secrétaire particulier de Sartre, et le restera jusqu'à la mort de ce dernier en 1980. Il obtient la nationalité française grâce à une intervention de Sartre auprès du président de la République Giscard d'Estaing.
Il découvre la philosophie d'Emmanuel Levinas en 1978 dont l'étude le pousse à apprendre l'hébreu qu'il soupçonne derrière la « prose exceptionnelle de Levinas », dit-il.
Lors d'un voyage avec Sartre en Israël, Benny Lévy fait sa Bar Mitzvah (majorité religieuse) puis, il s'investit dans des études talmudiques. Il part étudier la Torah à Strasbourg à la Yeshiva des étudiants, auprès du rabbin Eliyahou Abitbol. Proche du spécialiste de la Kabbale, Charles Mopsik, il est conseiller de direction de la collection Les Dix Paroles aux éditions Verdier à partir de 1979. Dans le dernier texte écrit avant sa mort, Être juif, Benny Lévy revient sur ce qu'il décrit comme son « tournement » :