Benjamin Rabier, né le 30 décembre 1864 à Napoléon-Vendée et mort le 10 octobre 1939 à Faverolles, est un auteur pour la jeunesse, dramaturge, animateur, illustrateur et auteur de bande dessinée français.
Il s’est rendu célèbre grâce aux dessins de la marque « La vache qui rit » et du personnage du canard Gédéon.
Bien qu'il ait montré très tôt des dispositions pour le dessin — il obtient à quinze ans le prix du dessin de la Ville de Paris —, Benjamin Rabier doit interrompre ses études pour travailler. Il alterne différents métiers. Libéré de ses obligations militaires en octobre 1889, il entre au Bon Marché à Paris comme comptable. Grâce à l’appui de Caran d'Ache qu’il a rencontré l’année précédente, plusieurs revues françaises commencent à publier ses dessins dès 1889 (La Chronique amusante, Gil Blas Illustré), mais aussi au Royaume-Uni et aux États-Unis où il a plus de succès. Il est finalement publié régulièrement dans Le Rire et Le Pêle-Mêle — dont il fait les unes —, ce qui lui permet de sortir ses premiers albums, notamment Tintin-Lutin, titre et personnage à houppette et pantalon de golfeur, dont Hergé s’inspira quelques années plus tard.
Au début du XXe siècle, Benjamin Rabier s’impose comme un auteur à succès, comme en témoignent ses publications dans l'Assiette au Beurre ou le Chat noir. Parallèlement à ses travaux destinés aux adultes, il se lance dans le dessin pour enfants en intégrant dès 1903 l'équipe de La Jeunesse illustrée, premier illustré moderne pour les enfants français. Il y livre jusqu'en 1919 des histoires courtes mettant en scène animaux ou enfants farceurs qui s'égaient dans la bonne humeur. Il y tient avec Georges Omry le rôle de dessinateur principal. Le premier numéro spécial, celui de l'été 1903, lui est entièrement confié. C'est le seul dessinateur du journal à dévier du gaufrier strict des images d'Épinal, se permettant de jouer sur le format des vignettes ou de réduire les textes jusqu'à s'en passer. En 1907-1908, il publie un journal, Histoire comique et naturelle des animaux (1907-1908).
Il écrit aussi de nombreuses pièces de théâtre (comme Ma veuve s’amuse en collaboration avec José de Bérys). Malgré ces succès, il travaille, tout au long de ces années, comme employé, la nuit, au service des Perceptions municipales des Halles de Paris, et garde jusqu’en 1910 cet emploi, ne prenant sa retraite qu'à cause du surmenage.
Face à l’effondrement de l’édition enfantine provoqué par la Première Guerre mondiale, Rabier se lance, à partir de 1916, dans la réalisation de dessin animé. L’idée de porter les personnages de Rabier à l’écran revient à une petite maison de production : le Film national, Rabier est enchanté par cette opportunité mais il ignore tout de la technique cinématographique, de la configuration commerciale du milieu et des capacités financières des intervenants. Il décide de faire appel à son ami Émile Cohl, dont il apprécie l'animation de la bande dessinée des Pieds Nickelés qu'il a réalisée la même année. Ce dernier informe Rabier de la modeste envergure du Film national et de la marginalité de sa diffusion.
Rabier prend alors contact avec le producteur René Navarre, qui vient de fonder sa propre marque de films, et avec qui il conclut un contrat. Il en informe Cohl dans sa correspondance : "Le contrat est signé. Mais pour des raisons que m’a données Navarre et que je vous expliquerai, votre passage sur le film [votre présence au générique ?] est impossible mais vous aurez en revanche toute satisfaction. Vous ne resterez pas dans l’ombre. Une part vous est réservée dans la publicité. Je vous donnerai des assurances qui vous satisferont. Et quelque chose de mieux."
Navarre s’est engagé, pour un minimum de six films, à lui livrer si possible à raison d’un par mois, de façon à prévoir une diffusion mensuelle de la série et il est convenu de produire une série mettant vedette le chien Flambeau, Navarre insiste tout particulièrement pour que l'on voie Rabier en train de dessiner l’image du chien Flambeau au début de chaque film. Le cycle de production établi à un dessin animé par mois s’ouvre avec la réalisation de La journée de Flambeau et Flambeau au pays des surprises, suivis par Les Fiançailles de Flambeau et Les Aventures de Clémentine. Dès décembre 1916, les films sont présentés au distributeur, l’Agence générale cinématographique, où le directeur Paul Castor valide les deux derniers films mais demande une révision des deux premiers car il les trouve moins réussis. Rabier et Cohl se remettent donc au travail et ils apportent des révisions importantes aux deux premiers films.
Durant cette période, la série est officiellement lancée avec la sortie du film "Les Aventures de Clémentine" le 15 juin 1917. Le lendemain, Rabier fait part de son enthousiasme à Cohl et lui communique les idées qu'il a pour son héros : "Navarre me demande la Journée de Flambeau. Si vous êtes disposé en ce moment à revoir le travail de ce film, je ne demanderai pas mieux que de le mettre au point avec vous. Le film Clémentine qui vient de passer me fortifie dans l’idée que le public aime les choses un peu suivies. Je voudrais donc modifier la Journée de Flambeau dans ce sens. C’est-à-dire en faire par exemple un chien bon et secourable qui se met au service de son prochain. Il rend un service à un chat qui le lui rend en lui procurant une pâtée plantureuse (le chat et le linge qui sèche). Il rend encore service à une taupe et la taupe lui sauve la vie (le train). Bien entendu ces modifications qui suppriment des dessins en demandent en revanche de nouveaux ; aussi je m’arrangerai avec vous pour ce détail de rémunérations. Quant au prochain film nous en causerons en même temps. Car la bande que je prépare nécessite d’amples explications."
Cependant si la sortie de Clémentine ravissait Rabier, elle rendait Cohl furieux. Il s’était résigné à ne pas figurer au générique sur la promesse qu’une part lui serait faite dans la publicité de lancement de la série. Or il n’est pas cité une seule fois dans les communiqués ou annonces publicitaires. Émile Cohl se retire donc du projet et Rabier doit à continuer le projet tout seul, mais avec un calendrier de production beaucoup plus espacé : il ne présentera plus de nouveaux films avant le 25 avril 1919.
Rabier était néanmoins navré de voir Cohl se retirer du projet, et il a tenté de le faire revenir sur sa décision dans une lettre du 10 octobre 1918 : "Si vous le vouliez, c’est avec vous que je pourrais tenter des choses intéressantes et innover. […] J’ai « inventé » un système de dessin animé qui permet de tourner aussi vite qu’une scène crabée (je viens de tourner en cinq minutes une scène de 20 mètres !). Mais pour continuer dans cette voie, pour tirer tout le parti utile de mon « invention », il me faudrait un homme intelligent comme collaborateur. C’est pourquoi je serais heureux de causer avec vous un matin quand il vous plaira. Cependant, avant de vous déranger, vous me permettrez de vous demander de venir avec l’idée que rien ne subsistera de nos conditions passées. Enfin, tout cela est peut-être superflu, venez et nous causerons."
Mais sa tentative s'est soldée par un échec car, si Cohl appréciait Rabier, il ne voulait plus avoir de rapports avec René Navarre. La série de Rabier continuera donc sans lui avec une diffusion irrégulière : trois épisodes sortiront en 1920 ; aucun en 1921 ; deux en 1922, dont la quatorzième et dernière bande en septembre : les Quatre Cents Coups de Flambeau.
Il crée de nombreuses affiches publicitaires, pour de multiples marques, par exemple, la lotion capillaire Pétrole Hahn.
Ses travaux lui valent de nombreux admirateurs, parmi lesquels Hergé, qui déclara : « J’ai été immédiatement conquis. Car ces dessins étaient très simples. Très simples, frais, robustes, joyeux, et d’une lisibilité parfaite. En quelques traits bien charpentés tout était dit : le décor était indiqué, les acteurs en place ; la comédie pouvait commencer. » Le voyage que Robert Sexé fait à moto jusqu’à Moscou inspire Hergé, qui le prend pour modèle de Tintin. À la fin de sa vie, alors que Tintin commence à être diffusé, Rabier dessine une série nommée Onésime, qui a lui aussi la houppette bien marquée et le pantalon façon golf.