Benjamin Constant de Rebecque, né le 25 octobre 1767 à Lausanne et mort le 8 décembre 1830 à Paris, est une romancier, homme politique, et intellectuel (philosophe) français d'origine suisse vaudoise.
Républicain et engagé en politique depuis 1795, il soutient le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), puis celui du 18 Brumaire (an VIII : 9 novembre 1799). Il devient, sous le Consulat, le chef de l'opposition libérale dès 1800. Après avoir quitté la France pour la Suisse puis l'Allemagne, il se rallie à Napoléon pendant les Cent-Jours, et revient en politique sous la Restauration. Élu député en 1819, il le sera encore à sa mort en 1830. Chef de file de l'opposition libérale, connue sous le nom des célèbres « Indépendants », il est l'un des orateurs les plus en vue de la Chambre des députés et défend le régime parlementaire. Lors de la révolution de Juillet, il soutient l'installation de Louis-Philippe sur le trône.
Auteur de nombreux essais sur des questions politiques ou religieuses, Benjamin Constant a également écrit des romans psychologiques sur le sentiment amoureux comme Le Cahier rouge (1807) et Adolphe (1816), où se retrouvent des éléments autobiographiques de son amour pour les nombreuses femmes de sa vie.
Benjamin Constant naît le 25 octobre 1767 à Lausanne en Suisse, fils unique de Louis-Arnold-Juste Constant de Rebecque (1726-1812), colonel dans un régiment suisse au service de la Hollande (stationné à Huningue en septembre 1772) et d'Henriette-Pauline de Chandieu-Villars, qui meurt des suites de ses couches le 10 novembre 1767 à l'âge de 25 ans. La famille Constant de Rebecque est huguenote, originaire de l'Artois et devenue protestante au XVIe siècle. Elle se réfugie dans la région de Lausanne après la révocation de l’Édit de Nantes (1685).
Suivant son père constamment en voyage, il passe sa jeunesse entre Lausanne, Bruxelles (1779), les Provinces-Unies (1780) et l'Angleterre (1780). Il fait ensuite ses études à l'université d'Erlangen en Bavière (1782), d'où à la suite d'un duel, son père l'expédie en Écosse à l'université d'Édimbourg (1783-85). Il passe la plus grande partie de sa vie en France, en Suisse et au Royaume-Uni. En 1787, il rencontre à Paris Mme de Charrière, avec laquelle il entame une liaison et une longue correspondance. Son père l'attache en mars 1788 comme chambellan à la cour de Brunswick, où il épouse le 8 mai 1789 Johanne Wilhelmine Luise, dite « Minna », baronne de Cramm (1758-1825) et dame d'honneur de la duchesse de Brunswick Augusta de Hanovre, puis devient conseiller de légation. Le 11 janvier 1793, il rencontre Charlotte de Hardenberg (1769-1845), fille d'un conseiller de légation et nièce de Hardenberg, mariée depuis 1787 à Wilhelm Albrecht Christian, baron de Mahrenholz (1752-1808), avec laquelle il se lie d'amitié. Charlotte de Hardenberg divorce, tandis que les Constant se séparent fin mars 1793, avant d'engager en juin 1794 une procédure de divorce, lequel est prononcé le 18 novembre 1795. Après le départ de Constant en août 1794, Charlotte de Hardenberg se remarie à Brunswick le 14 juin 1798 avec le vicomte Alexandre-Maximilien du Tertre (1774-1851), un émigré français dont elle divorce en mai 1807. Après l'avoir rencontrée le 18 septembre 1794 à Lausanne, il entretient de 1794 à 1810 une liaison fameuse avec Germaine de Staël. La paternité de la fille de cette dernière, Albertine de Staël-Holstein, lui est attribuée. La richesse de leurs échanges intellectuels au sein du Groupe de Coppet en fait l'un des couples les plus en vue de leur époque. Il échange une longue correspondance avec sa cousine Rosalie de Constant, pour qui il a beaucoup d'affection.
Or, le 5 juin 1808, Benjamin et Charlotte se marient en secret. Charlotte reste l'épouse de Benjamin jusqu'à la mort de celui-ci en 1830, et meurt elle-même en juillet 1845.
Quittant la Suisse, Benjamin Constant arrive à Paris avec Mme de Staël le 25 mai 1795, peu après la journée de prairial, et fait ses débuts politiques. Il est très actif dans la vie publique durant la deuxième moitié de la Révolution française.
Il commence par publier un violent réquisitoire contre le projet de décret des deux-tiers, avant de faire volte-face, un mois plus tard, et d'appeler, sous l'influence de Jean-Baptiste Louvet de Couvray, avec lequel il s'est lié d'amitié, au soutien de la constitution de l'an III et des conventionnels qui l'ont enfantée. Il publie les « Lettres à un député de la Convention » dans les Nouvelles politiques, nationales et étrangères de Suard (24-26 juin 1795). Le 15 octobre 1795, le Comité de salut public exilant Mme de Staël, il la suit dans sa propriété de Coppet sur les rives du lac Léman, en Suisse.
Il se fait naturaliser français grâce à une loi du 15 décembre 1790 déclarant Français les descendants de familles expatriées pour cause de religion (les protestants en l'occurrence), à condition qu'ils s'installent en France.
Le 20 thermidor an III (7 août 1795), il achète l'abbaye d'Hérivaux située près de Luzarches.
Entre l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV (1795) et celle du coup d'État du 18 fructidor an V (1797), il s'émancipe quelque peu de la tutelle et du salon de Mme de Staël et se lie avec Paul Barras, l'un des cinq directeurs du Directoire, s'engageant en faveur de la politique directoriale. Mi-avril 1796, il publie sa première brochure politique importante : De la force du gouvernement actuel et de la nécessité de s'y rallier, insérée dans Le Moniteur. Fin mai-début juin 1797, il publie Des effets de la Terreur à la suite de la seconde édition de De la force du gouvernement actuel et de la nécessité de s'y rallier. Devenu orateur au Cercle constitutionnel de la rue de Lille, qui réunit les républicains modérés, il s'oppose au club de Clichy.
Après le coup d'État du 18 fructidor an V, il sollicite auprès de Barras, dans une lettre datée du 27 mars 1798, d'être agréé par le gouvernement comme candidat officiel, mais sans succès. Le virage à gauche du Directoire et la poussée électorale des Néojacobins le marginalisent. La presse directoriale et néojacobine lance de vives campagnes contre ce « professeur d'oligarchie ». Lors des élections de l'an VI (1798), il subit un échec cuisant. Malgré la mobilisation des réseaux de Mme de Staël, il ne parvient pas à devenir député du Léman. De retour à Paris, exclu de la compétition électorale de l'an VII (1799), il se lie avec Sieyès, nommé au Directoire le 16 mai 1799, et soutient ses projets de révision constitutionnelle.
Absent de Paris du 14 au 17 brumaire pour se porter à la rencontre de Mme de Staël, alors de retour dans la capitale, il y arrive en sa compagnie le soir du 18 brumaire (9 novembre 1799). Le lendemain, il assiste à Saint-Cloud au coup d'État de Bonaparte. Le 24 décembre, Sieyès, qui est alors occupé à placer ses amis et alliés, le fait nommer au Tribunat, malgré de nombreuses oppositions et les réticences de Bonaparte.
Avec d'autres libéraux, il s'oppose bientôt à la monarchisation du nouveau régime, notamment à l'établissement des tribunaux spéciaux, et participe à la rédaction définitive du Code civil. Le 5 janvier 1800, il prononce au Tribunat son premier discours, qui le fait apparaître comme le chef de l'opposition libérale, dans lequel il dénonce « le régime de servitude et de silence » qui se prépare. L'été 1801 voit son départ pour la Suisse, et, le 17 janvier 1802 il est écarté du Tribunat.
Éloigné de Paris avec Mme de Staël sur l'ordre de Bonaparte en 1803, ils passent à l'Électorat de Saxe. À Weimar, ils rencontrent Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, Christoph Martin Wieland et Johann Gottfried von Herder. Nommé membre de l'académie de Göttingen, il traduit en vers français le Wallenstein de Schiller (1809).
En décembre 1804, il retrouve à Paris Charlotte de Hardenberg, avec laquelle il entame une liaison en octobre 1806. Mme de Staël ayant refusé de l'épouser après le décès de son époux, Charlotte et le vicomte du Tertre ayant divorcé en 1807, Benjamin Constant se marie secrètement avec Charlotte à Besançon, le 5 juin 1808. Entré vers la même époque en relation avec Bernadotte, il est décoré de l'Étoile polaire.