L'incendie du Bazar de la Charité désigne communément l'incendie mortel du 4 mai 1897, survenu lors de la 13e édition de cette fête de bienfaisance, dû à la combustion accidentelle de l'éther destiné à l'alimentation de la lampe d'un cinématographe dans une salle de projection accolée au bazar.
Le Bazar de la Charité est une vente de bienfaisance organisée à partir de 1885 à Paris par le financier Henri Blount et présidée par le baron de Mackau. Il s'agissait de vendre des objets — objets d’arts, bibelots, tableaux, bijoux, meubles, livres et toutes pièces provenant de dons — au profit des pauvres.
L'histoire de cette manifestation mondaine a été marquée par la catastrophe du 4 mai 1897, due à un incendie causé par la combustion des vapeurs de l'éther utilisé pour alimenter la lampe d'un projecteur de cinéma. L'incendie cause la mort de 125 personnes dont 118 femmes parmi lesquelles Sophie-Charlotte, duchesse d'Alençon (sœur de l'impératrice « Sissi »), la peintre et céramiste Camille Moreau-Nélaton et madame de Valence et ses deux filles.
Spectaculaire, le nombre de femmes victimes semble refléter la composition de la salle, très majoritairement féminine : parmi le millier de personnes présentes, on ne compte alors qu'une quarantaine d'hommes (essentiellement des organisateurs), soit une proportion d'environ 5 % qui correspond à celle des victimes masculines. Cette tragédie, qui a marqué bien des esprits de l'époque, a suscité de nombreuses réactions, dont certaines mettaient en question l'avenir du cinéma, un loisir encore très récent (1895) et considéré comme un simple divertissement de foire.
Le Bazar de la Charité est, à l'origine, un consortium de plusieurs œuvres de bienfaisance, qui louent un local ou un espace d'exposition en commun, afin de réduire leurs dépenses et de permettre de grouper acheteurs et invités. Installé, de 1885 à 1887, rue du Faubourg-Saint-Honoré, en 1889 place Vendôme et, en 1888 et de 1890 à 1896, rue La Boétie, il est transféré, en 1897, aux nos 15 et 17 de la rue Jean-Goujon dans le 8e arrondissement, sur un terrain mis gracieusement à disposition par le banquier Michel Heine.
Ce terrain était alors occupé par un hangar en pitchpin de quatre-vingts mètres de long sur treize de large, loué le 20 mars 1897 par le baron Armand de Mackau au curé Delamaire.
Le 6 avril 1897, le baron Armand de Mackau réunit les responsables du Bazar de la Charité : la duchesse d'Alençon, duchesse en Bavière et sœur de l'impératrice d'Autriche, sa belle-fille, la duchesse de Vendôme – née Henriette de Belgique, nièce du roi Léopold II et du roi Carol Ier de Roumanie –, la duchesse d'Uzès, la marquise de Saint-Chamans, la comtesse Greffuhle, la générale Février, la marquise de Sassenay, et leur annonce que le Bazar sera décoré pour représenter une rue de Paris au Moyen Âge avec ses éventaires, ses échoppes aux enseignes pittoresques, ses étages en trompe-l'œil, ses murs tapissés de lierre et de feuillage.
Le bâtiment, d’une longueur de 80 mètres et d’une largeur de 13 mètres, est organisé de la façon suivante : deux portes à double battant ouvrent sur une vaste allée centrale, bordée le long des murs de vingt-deux comptoirs en bois portant des noms évocateurs : « À la tour de Nesle », « À la truie qui file », « Au lion d’or », « Au chat botté ».
A gauche de l’entrée, une loggia accueille les bureaux, à droite se trouve le « salon des dames », en face se trouve un buffet, assorti d’une cuisine et d’une cave.
L’arrière du hangar donne sur une cour intérieure d’environ 15 mètres de profondeur, cernée de murs dont ceux de l’hôtel du Palais et de l’imprimerie du journal La Croix ; adossé à la façade arrière du hangar se trouve un local abritant le cinématographe.
En effet, le Bazar proposera, sous un appentis, un spectacle de cinématographe où l'on pourra, pour cinquante centimes, voir les images animées des frères Lumière projetées par un appareil de 35 mm Normandin et Joly : La Sortie de l'usine Lumière à Lyon, L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat et L'Arroseur arrosé.
Monsieur Normandin, l'entrepreneur chargé des représentations cinématographiques, n'est cependant pas très satisfait de ce local et s'en ouvre au baron de Mackau :
« — Je n'ai pas assez de place pour loger mes appareils, les tubes d'oxygène et les bidons d'éther de la lampe Molteni. Il faut aussi séparer le mécanicien du public. Les reflets de la lampe risquent de gêner les spectateurs.
— Nous ferons une cloison en toile goudronnée autour de votre appareil. Un rideau cachera la lampe.
— Et mes bouteilles et mes bidons ?
— Vous n'aurez qu'à les laisser sur le terrain vague, derrière votre local. »
Les ventes sont organisées pour durer quatre jours : les 3, 4, 5 et 6 mai 1897.
La première journée, le lundi 3 mai, est honorée par la présence de Mlle de Flores, fille de l'ambassadeur d'Espagne.