Baudouin de Belgique, de son nom de naissance Baudouin de Saxe-Cobourg et Gotha, né le 3 juin 1869 à Bruxelles dans le palais du comte de Flandre et mort au même lieu, le 23 janvier 1891, est un prince de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha.
Il est le fils aîné du prince Philippe, comte de Flandre, et de Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, ainsi que le neveu du roi Léopold II. Il est, à sa naissance, second après son père dans l'ordre de succession à la couronne, après la mort de son jeune cousin Léopold de Belgique, survenue en janvier 1869.
Destiné, selon toute vraisemblance, à devenir le troisième roi des Belges, il bénéficie de l'attention de son oncle Léopold II qui veille à le former comme futur souverain. Initialement éduqué par Jules Bosmans, un avocat aux opinions libérales modérées, il devient, en 1884, le premier membre de la famille royale à intégrer un établissement scolaire public, l'École royale militaire.
Doté d'un gouverneur, Oscar Terlinden, qui supervise sa formation militaire, Baudouin accomplit son parcours conjoint d'étudiant et de soldat jusqu'en 1888. Pour ses vingt ans, il est promu capitaine et commande la Ire compagnie du régiment des carabiniers. Progressivement, il apparaît en public lors de divers événements officiels, tant en Belgique, qu'en Allemagne ou en France.
Sa popularité croît rapidement dans le royaume. C'est particulièrement le cas lorsqu'il prononce un discours en néerlandais, à Bruges, en 1887, qui lui vaut le vocable de « prince bilingue », à l'heure où les revendications de la communauté flamande s'expriment dans le pays.
Influencé par la culture germanique de ses grands-parents maternels Hohenzollern, il tisse avec eux des liens privilégiés. Léopold II veille à assurer un équilibre entre les deux puissances voisines de la Belgique : Baudouin assiste à des manœuvres militaires en Allemagne et se rend en France lors de l'Exposition universelle de 1889.
En 1891, Baudouin de Belgique meurt subitement à l'âge de vingt et un ans, emporté par une pneumonie. C'est donc son frère cadet, le prince Albert, qui devient roi des Belges en 1909, sous le nom d'Albert Ier.
Baudouin : un prénom emblématique
Baudouin est le fils aîné du prince Philippe, comte de Flandre, et de Marie de Hohenzollern-Sigmaringen. Privé d'héritier à la troisième génération de la récente dynastie belge par la mort prématurée de son fils Léopold, duc de Brabant en janvier 1869, le roi Léopold II attend impatiemment la délivrance de sa belle-sœur, la comtesse de Flandre, et espère ardemment qu'elle donne le jour à un nouvel héritier. Après un accouchement difficile, Baudouin naît le 3 juin 1869 à 18 h 30 au palais du comte de Flandre et porte les prénoms de « Baudouin Léopold Philippe Marie Charles Antoine Joseph Louis ».
Il est, à sa naissance, second après son père dans l'ordre de succession à la couronne. Son prénom emblématique rappelle habilement aux Belges de glorieux souvenirs auxquels on tente d'associer le nouveau-né. Le comte de Flandre renoue la trame interrompue des temps historiques en donnant à son fils le prénom de plusieurs comtes de Flandre s'étant illustrés au Moyen Âge.
L'importance de sa naissance est reconnue en Europe : Le Debatte de Vienne publie les réflexions suivantes : « Pour la Belgique et pour l'Europe, la naissance du prince est un événement vraiment heureux. Elle est une garantie de l'indépendance de cet État qui, si petit qu'il soit, confond presque tous les autres États, grands et petits, du continent par l'excellence de toutes ses institutions [...] Cette naissance est une nouvelle garantie du maintien de la paix européenne qui serait fortement menacée si, ensuite de la vacance du trône belge, des voisins avides d'annexions cherchaient à s'assurer un butin que l'on ne leur abandonnerait pas sans de rudes luttes. ».
Il est baptisé au cours d'une cérémonie privée le 26 juin 1869 dans un salon du palais de ses parents, transformé pour la circonstance en chapelle par Victor-Auguste Dechamps, archevêque de Malines et donc primat de Belgique. Baudouin est tenu sur les fonts baptismaux par son parrain le roi Léopold II et sa marraine et grand-mère maternelle Joséphine de Bade. Un déjeuner de 14 couverts est servi après cette cérémonie rapide. Pour célébrer cet événement, les bourgmestres des communes bruxelloises distribuent une somme de 6 000 francs répartie entre les enfants de familles indigentes nés le même jour que le prince.
Sa naissance est suivie par celles de ses trois sœurs, puis d'un frère : en 1870, Henriette et sa jumelle Joséphine qui meurt au berceau ; en 1872, une troisième sœur à nouveau prénommée Joséphine ; Albert, né en 1875, complète la fratrie.
Premières années et environnement familial
Le mariage de ses parents, à Berlin, en 1867, a été décidé pour des raisons politiques. La reine Victoria a volontiers prêté son concours à son cousin le roi Léopold II qui souhaitait que sa future belle-sœur soit issue d'une famille prussienne puissante. Cette union permet de raffermir la position du récent royaume de Belgique, entouré de deux voisines aux velléités annexionnistes : la France et la Prusse. Philippe se marie donc avec la fille de Charles-Antoine de Hohenzollern, autrefois ministre-président de Prusse, toujours très influent en Allemagne. Le prince Baudouin est imprégné dès l'enfance par une double influence culturelle : belge et germanique. N'ayant pas connu ses grands-parents paternels, Baudouin tisse des liens étroits avec sa famille Hohenzollern : non seulement ses grands-parents maternels, mais également son oncle Léopold et ses cousins Guillaume, Ferdinand (futur roi de Roumanie) et surtout Charles-Antoine, qui est son meilleur ami.
La vie familiale du jeune Baudouin a essentiellement pour cadre le luxe feutré du palais de ses parents, mais elle est également rythmée par des séjours réguliers au domaine des Amerois situé en Ardenne belge méridionale. Cet imposant château entouré de plus de six cents hectares de terres, à dix kilomètres de Bouillon, a été acquis par le comte de Flandre pour que son épouse puisse profiter d'une atmosphère lui rappelant sa Souabe natale. Les Flandre, parents et enfants, y demeurent durant tout l'été avant de se rendre durant deux mois environ dans les résidences des grands-parents Hohenzollern : au château de Sigmaringen, à la Weinbourg au bord du Lac de Constance ou encore à Krauchenwies.
À l'instar de ses frère et sœurs, Baudouin reçoit initialement une instruction dispensée à domicile. En février 1876, il est placé sous la direction d'un gouverneur d'obédience libérale modérée : l'avocat Jules Bosmans. Ce choix déplaît aux milieux catholiques et militaires belges. Les premiers auraient souhaité un paroissien fervent, les seconds un gouverneur gradé dans l'armée. Jules Bosmans joue un rôle considérable dans la formation de son élève. Il ne se contente pas de lui inculquer des savoirs théoriques, il invite le prince à s'exprimer de manière personnelle sur des thèmes d'actualité, tels que la question sociale ou les avancées de la politique colonialiste de son oncle le roi Léopold II. Les horaires des cours sont denses, au point que la reine Victoria recommande à son cousin Philippe de ne pas trop faire travailler ses enfants.
Lors des vacances aux Amerois, le programme scolaire est quelque peu réduit, mais la comtesse de Flandre est très exigeante pour tout ce qui regarde l'éducation, l'instruction et la religion. Baudouin est un élève appliqué, doué, sérieux et pieux, mais sa mère regrette qu'il manque parfois d'énergie. Afin de rassurer les sphères catholiques, le chanoine Jean-Augustin Donnet, curé de la paroisse royale de Saint-Jacques-sur-Coudenberg, est désigné pour dispenser des cours de religion et de catéchisme, mais le comte de Flandre refuse que son fils se confesse avant l'âge de neuf ans.