Baudouin de Rethel, appelé de Bourcq ou du Bourg dit « l'Aiguillon », né vers 1075 et mort le 21 août 1131, est comte d'Édesse de 1100 à 1118, puis roi de Jérusalem de 1118 à 1131 sous le nom de Baudouin II de Jérusalem.
Il est le fils cadet de Hugues, comte de Rethel et de Mélisende de Montlhéry. Avant la première croisade, il possède la seigneurie de Bourcq dans les Ardennes, d'où lui vient son nom, longtemps orthographié à tort « du Bourg ». En août 1096 il part pour la Judée avec ses cousins-oncles et deuxième cousins Eustache III de Boulogne, Godefroy de Bouillon et Baudouin de Boulogne. Il accompagne le contingent de Godefroy en Cilicie, puis rejoint Baudouin à Édesse. Lorsqu'en 1100 Baudouin de Boulogne, comte d'Edesse, succède à son frère Godefroy comme roi de Jérusalem, il confie le comté d'Edesse à son cousin Baudouin de Bourcq.
À Édesse, Baudouin II continue la politique de son prédécesseur. Il noue des alliances avec les seigneurs arméniens de Marash et de Mélitène (aujourd'hui Malatya), et étend sa suzeraineté jusqu’à ces contrées ; il épouse Morfia, fille de Gabriel, prince de Mélitène. En 1104, il est fait prisonnier avec son cousin Josselin de Courtenay, à la suite de la bataille de Harran. Baudouin est emmené à Mossoul par l'atabeg Jekermish, et Josselin à Hisn Kaïfa par Soqman l'Ortoqide. Libéré le premier, Josselin se consacre à la libération de son suzerain. Il remet à Jâwali, fils de Jekermish, une rançon de 30 000 dînârs et prend la place de son suzerain comme otage, avant d'être lui-même libéré peu après.
De retour dans son comté en 1108, Baudouin entre en lutte avec Tancrède, régent d'Antioche, qui refuse de lui rendre Édesse. Une guerre oppose bientôt les deux seigneurs francs, qui s'allient avec les seigneurs musulmans locaux. Tancrède remporte une bataille contre ses rivaux près de Turbessel, mais Baudouin échappe à la capture et parvient à rejoindre la ville d'Édesse. En 1109, un arbitrage du roi Baudouin Ier de Jérusalem met fin à leur querelle et restitue le comté d'Édesse à Baudouin.
En avril 1110, Édesse est attaquée par une vaste coalition dirigée par l'émir de Mossoul, Mawdûd ibn Altûntâsh. Baudouin envoie aussitôt un messager au roi de Jérusalem pour solliciter son aide. Baudouin Ier accourt à Édesse, après avoir conquis Beyrouth le 13 mai. Il est rejoint par les forces de Josselin, sire de Turbessel, et Bertrand, comte de Tripoli. À l'approche des Francs, les Turcs lèvent le siège et se retirent à Harran. Le roi Baudouin renonce à les poursuivre et retourne à Édesse avec son armée. La population chrétienne, arménienne et jacobite, est alors transférée à titre préventif sur la rive occidentale de l'Euphrate. Informés de la retraite des Francs et de l'évacuation des Arméniens, les Turcs massacrent un convoi de près de 5 000 réfugiés au moment où ce dernier s'apprête à traverser le fleuve. L'armée turque dévaste ensuite méthodiquement les terres de Baudouin, et n'épargne que les deux villes fortifiées de Saruj et Édesse.
En avril 1112, Mawdûd ibn Altûntâsh envahit à nouveau le comté d'Édesse. Avec l'appui de Josselin, sire de Turbessel, Baudouin défend sa capitale avec succès. Il sauve la ville d'un complot arménien qui manque de peu de livrer la ville aux Turcs, et contraint Mawdûd à regagner Mossoul. Ruiné par les récentes offensives turques, qui ont dévasté son comté, Baudouin entre en rivalité avec Josselin, dont la seigneurie est protégée des razzias menées par les Turcs et commence à primer sur le comté d'Édesse. En 1113, Baudouin recourt à une ruse : il feint d'être gravement malade et appelle Josselin à Édesse. Celui-ci, espérant être désigné à la succession de comté, accourt à son chevet. Baudouin jette alors le masque, fait arrêter Josselin, le jette en prison, puis le délivre après l'avoir dépouillé de sa seigneurie de Turbessel. Josselin trouve refuge auprès du roi de Jérusalem, qui lui inféode Tibériade et la principauté de Galilée. Peu après, tandis qu'il est à Turbessel, Baudouin est informé d'un nouveau complot arménien à Édesse. Le 11 mai, il ordonne l'expulsion de la totalité de la population arménienne et organise son transfert à Samosate.
À la mort de Baudouin Ier en 1118, la couronne est d'abord proposée à Eustache III, le frère aîné du roi, mais Josselin de Courtenay, qui ne tient pas rigueur à Baudouin du Bourg de l'avoir emprisonné en 1113, insiste pour que la couronne lui revienne. Baudouin d'Édesse accepte et le 14 avril 1118, dimanche de Pâques, est couronné roi de Jérusalem sous le nom de Baudouin II. Reconnaissant, Baudouin donne à son premier cousin maternel Josselin le comté d’Édesse. Presque aussitôt, le royaume est simultanément envahi par les Seldjoukides de Syrie et les Fatimides d'Égypte. Bien décidé à défendre son territoire, Baudouin lève une armée composée de chevaliers de Jérusalem, d'Antioche et de Tripoli. Les deux armées se font face pendant trois mois près d'Ascalon, puis se retirent sans combattre.
En 1119, la principauté d'Antioche est envahie. Baudouin se précipite au nord avec l'armée de Jérusalem. Mais Roger de Salerne, prince d'Antioche, n'attend pas les renforts, et lance l'armée d'Antioche dans la bataille. L'armée de Roger est anéantie au cours de la bataille du Champ du Sang le 28 juin. La chevalerie normande est massacrée par les Turcomans, et Roger trouve la mort. Baudouin marche droit sur Antioche et arrive à temps pour sauver la ville. Avec son armée, il part vers l'est à la rencontre des Turcomans et remporte une victoire décisive à la bataille de Hab le 14 août. Baudouin parvient ensuite à reprendre tous les châteaux conquis par Il Ghazi. Le roi de Jérusalem assure la régence d’Antioche et mène plusieurs campagnes en Syrie du Nord entre 1120 et 1123.
En janvier 1120, Baudouin convoque le concile de Naplouse. Sous l'impulsion d'Hugues de Payns et de Godefroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : pauperes commilitones Christi Templique Solomonici) est créée. Cette milice a pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem et de défendre les États latins d'Orient. Elle s'installe sur le mont du Temple, dans une aile du palais de Baudouin, l'ancienne mosquée al-Aqsa, construite sur les ruines d'un ancien temple, dans lesquelles les Croisés pensent avoir retrouvé les ruines du temple de Salomon. Les membres de la milice deviennent peu à peu les chevaliers du Temple ou les Templiers.
En septembre 1122, Josselin, comte d'Édesse, et Galéran du Puiset, seigneur de Bira, sont capturés au cours d'une embuscade par le prince ortoqide Balak ibn Bahram, puis conduits à Kharpût. Alors qu'il mène une expédition pour les délivrer, Baudouin est capturé à son tour le 18 avril 1123 au cours d'une embuscade à Gerger, puis emmené à Kharpût. Josselin entre en relation avec les Arméniens du pays et conçoit avec eux un plan pour se faire libérer. Une cinquantaine d’Arméniens s’emparent par ruse de la citadelle de Kharpût et libèrent les prisonniers francs. Pendant que Josselin rejoint Édesse pour chercher du secours, Baudouin et Galéran finissent par être obligés de se rendre. En représailles, Josselin ravage la région d’Alep.
Apprenant la capture du roi, le conseil des barons nomme Eustache Grenier connétable et bailli du royaume de Jérusalem jusqu'à la délivrance de Baudouin. Le 29 mai 1123, à la tête des armées du royaume de Jérusalem, emportant la Vraie Croix, il repousse une attaque des Fatimides d'Égypte à Ibelin. Il profite peu de sa victoire puisqu'il meurt le 15 juin. Il est remplacé à la fois comme connétable et comme bailli par Guillaume de Bures, sire de Tibériade.
En juin 1124, Baudouin est libéré par Timurtâsh, le nouvel émir d'Alep, contre une rançon de 80 000 dînârs, dont 20 000 payés d'avance. Il est contraint de remettre une dizaine de jeunes otages parmi lesquels sa fille Yvette, âgée de cinq ans, et Josselin, fils du comte d'Édesse, âgé d'une dizaine d'années. Pendant ce temps, les croisés, avec l'aide d'une flotte vénitienne, assiègent et prennent la ville de Tyr le 7 juillet. Se fondant sur le Pactum Warmundi, la république de Venise en profite pour fonder des colonies marchandes, autonomes et libres de droits et taxes militaires, dans les villes côtières du royaume.