La bataille navale d'Iquique est un affrontement qui s'est déroulé le 21 mai 1879, durant la guerre du Pacifique, conflit entre le Chili et l'alliance entre le Pérou et la Bolivie. La bataille a eu lieu devant le port péruvien d'Iquique, le Huáscar, cuirassé péruvien commandé par Miguel Grau, coulant finalement l'Esmeralda (en), corvette en bois chilienne sous les ordres d'Arturo Prat, après quatre heures de combat.
Après que les forces armées chiliennes se sont emparées le 14 février 1879 du port bolivien d'Antofagasta, la Bolivie déclare la guerre au Chili le 1er mars 1879, et elle obtient que le Pérou entre dans le conflit à ses côtés en vertu du traité secret de défense réciproque qui lie les deux pays depuis 1873.
Le 5 avril 1879, le Chili déclare à son tour la guerre à la Bolivie et au Pérou, alors que l'armée péruvienne se retrouve avec ses navires désarmés à Callao : la frégate blindée Independencia se trouve en cale sèche avec ses chaudières à terre, le Huáscar est désarmé et privé de son artillerie. Il ne reste donc que quelques petits navires opérationnels, entre autres les corvettes Unión et Pilcomayo.
Le Chili, comme le Pérou, avait déclaré la guerre, pour plusieurs raisons. La première d'entre elles était le contrôle de la mer, pour les besoins de l'armée en campagne, étant donné les longues distances qui séparaient les théâtres d'opérations de leurs bases logistiques. Mais la destruction des navires péruviens était, pour le Chili, d'une importance vitale. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement de Santiago planifie la « campagne navale ». Lima, de son côté, était préoccupée par l’état des principaux navires de guerre ancrés à Callao.
Le gouvernement du Pérou craignait, durant les premiers jours de la guerre, de voir la flotte chilienne arriver à Callao et détruire ses navires de guerre. D'un autre côté, il appréhendait de ne pouvoir se défendre. La flotte chilienne devait seulement prendre l'artillerie des camps péruviens de Callao. Mais le Pérou, anticipant la manœuvre, avait détruit son artillerie, au cas précisément où son adversaire, prenant le contrôle des principaux ports péruviens, se serait ainsi assuré la mainmise sur le littoral et la mer.
L'armée péruvienne du sud était déployée à Iquique sous le commandement du général de division Juan Buendía (es) et un autre corps de troupe était implanté à Arequipa sous les ordres d'un colonel.
Une partie du gouvernement de Santiago préconisait de commencer la guerre du Pacifique en frappant le premier port péruvien de Callao. Cependant, le contre-amiral Juan Williams Rebolledo (es) était partisan de bloquer Iquique, qui à ce moment était devenu le deuxième port en importance : il se trompait. Quand il réagit et décida l'attaque sur Callao, il était déjà trop tard, l'escadre péruvienne n'était plus dans le port mais naviguait déjà pour attaquer l'arrière-garde chilienne. Lorsqu'il se rendit compte de la menace, l'amiral chilien essaya désespérément de faire route au sud pour protéger son arrière-garde, qui était formée des navires de guerre Esmeralda de type corvette, et la canonnière-goélette Covadonga. De nouveau, il fut pris de court : les navires péruviens Huáscar et Independencia, formant la Première Division navale et commandés par le capitaine Miguel Grau Seminario, croisaient déjà dans les eaux d'Iquique, guettant l'arrière-garde de Williams Rebolledo.
Le 2 avril 1879, le gouvernement chilien adresse un message au vice-amiral Juan Williams Rebolledo, commandant en chef de son escadre :
« Déclaration de guerre au Pérou imminente. Godoy et Lavalle s'en vont demain. Veuillez procéder comme en campagne. Godoy me dit : La situation de l'escadre à Callao est mauvaise. L'attaquer par surprise à l'aube serait très sûr, mais il serait préférable de le faire hors de portée des batteries. L'effectif de l'armée péruvienne est de 6 080 toutes armes confondues et de 2 500 gendarmes et policiers. »
Peu après le gouvernement remet un autre message :
« Une déclaration de guerre se sait à Lima. Vous essaierez de détruire ou d'immobiliser la flotte péruvienne, d'empêcher la fortification d'Iquique ou de la détruire, d'appréhender les transports, de bloquer des ports et d'y procéder de toutes les manières possibles. A. Saavedra. Ministre de la Guerre »
Cependant, au lieu de mettre sa supériorité à profit et d'attaquer dans un premier temps la flotte péruvienne toujours mouillée à Callao, le commandement naval chilien se dispose à bombarder les ports méridionaux du Pérou — alors qu'il lui a été ordonné de bloquer le port d'Iquique. L'erreur de l'amiral Williams allait lui coûter très cher : quand il décide finalement d'intervenir à Callao, il est trop tard : la Première Division navale, c'est-à-dire le Huáscar, l'Independencia, le Chalaco, le De Lima et l'Oroya, accompagnés par le Manco Cápac, de la Deuxième Division navale, avaient levé l'ancre le 16 mai en direction d'Arica, en escortant le président du Pérou Mariano Ignacio Prado et son état-major, qui y arriveront quatre jours après.
Le Huáscar se retrouve en mer avec un équipage de deux cents hommes. Un capitaine de frégate, un capitaine d'une corvette, trois capitaines, trois seconds et un sous-lieutenant de frégate furent engagés aux côtés de Grau. On comptait également quatre chirurgiens et huit aspirants de marine, huit machinistes, en majorité britanniques et vingt-cinq marins. De la même manière il y avait 42 artilleurs et deux détachements de l'armée : la colonne Constitución et la garnison du bataillon Ayacucho no 3, à laquelle sont intégrés 45 soldats sous la conduite de deux capitaines. Ils disposaient également de marins, de mousses, responsables de chaudières et de charbonniers.
Une fois à Arica, les Péruviens reçurent l'information que la flotte chilienne naviguait vers Callao et que trois navires ennemis, la corvette Esmeralda, la canonnière Covadonga et le transporteur Lamar bloquaient le port de Iquique. Ils apprirent aussi qu'un convoi méridional qui transportait deux mille cinq cents soldats depuis Valparaíso se dirigeait vers Antofagasta. Cette situation requérant des mesures immédiates, le président péruvien disposa le Huáscar et l'Indépendancia devant Iquique avec ordre de rompre le blocus et de capturer ou détruire les vaisseaux chiliens. Ils attaqueront donc le convoi de Valparaiso et, finalement, saboteront l'installation de traitement d'eau potable d'Antofagasta pour éviter qu'elle puisse être utilisée par les troupes adverses.
À 8 heures le 21 mai, les cuirassés atteignent leurs objectifs et neutralisent les navires chiliens qui se trouvent à l'entrée de la baie. Surprise et en infériorité, la Marine chilienne entame malgré tout le combat. En comprenant que pour résoudre la situation, il ne restait que les armes, le commandant Grau s'écria alors à l'adresse de ses soldats :
« Membres de l'équipage du Huáscar. Il est l'heure de punir les ennemis de la Patrie et j'espère que vous saurez le faire en récoltant de nouveaux lauriers et de nouvelles gloires dignes de briller au côté de Junín, d'Ayacucho, d'Abtao et du dos de Mayo. Vive le Pérou ! »
Presque au même moment, quand le brouillard commençait à disparaître, la vigie de la Covadonga cria : « Des fumées au nord ! »
Le capitaine de la corvette Carlos Condell de la Haza communique les faits au capitaine de frégate Arturo Prat, commandant de l'Esmeralda.