La bataille du cap Sicié ou bataille de Toulon, du 22 février 1744, oppose, dans le cadre de la guerre de Succession d'Autriche, une escadre espagnole voulant forcer le blocus de la rade de Toulon, appuyée par la flotte française du Levant, à la flotte britannique de Méditerranée, qui au terme de cette journée de combat est obligée de battre en retraite.
Une particularité de cette bataille est qu'elle a eu lieu avant la déclaration de guerre officielle entre la France et la Grande-Bretagne, qui en revanche était en guerre contre l'Espagne.
La guerre anglo-espagnole dans les colonies
La Grande-Bretagne (George II) et l'Espagne (Philippe V) sont depuis 1739 en conflit dans le monde colonial (Guerre de l'oreille de Jenkins). Bien qu'alliée de l'Espagne, du fait du pacte de famille des Bourbons, la France ne participe pas à ce conflit.
La guerre de Succession d'Autriche
En revanche, depuis 1741 elle est impliquée dans la guerre de Succession d'Autriche, comme alliée de la Prusse (Frédéric II) et de la Bavière (Charles Albert, empereur en 1742) face à l'Autriche (Marie-Thérèse) alliée de la Grande-Bretagne et des Provinces-Unies. L'Espagne, avec le royaume de Sicile (où règne un fils de Philippe V, Charles, futur roi d'Espagne), intervient en Italie où l'Autriche trouve un autre allié dans le royaume de Sardaigne (Charles-Emmanuel III).
Les flottes britannique et espagnole s'affrontent donc en Méditerranée à partir de la fin de 1741.
Situation particulière de la France
La France n'est pas officiellement en guerre contre la Grande-Bretagne (la déclaration interviendra le 15 mars 1744) ni d'ailleurs contre l'Autriche (déclaration de guerre le 16 avril 1744) contre qui elle intervient sous le couvert de la Bavière.
Elle fournit cependant son aide à la marine espagnole en Méditerranée (combat de Saint-Tropez, 1742). En juin 1743, une armée française affronte une armée britannique en Allemagne à Dettingen et est battue.
En janvier-février 1744, la France fait même des préparatifs pour envahir la Grande-Bretagne et placer sur le trône le prétendant jacobite, en exil à Paris.
L'escadre espagnole (12 vaisseaux à la suite du Real-Felipe (110 canons)), commandée par l'amiral Juan José Navarro qui transportait des troupes de Barcelone à Gênes a été obligée de s'abriter à Toulon pour échapper aux Britanniques. Son objectif est de forcer le blocus de la rade.
La flotte française à Toulon (16 vaisseaux de ligne) est commandée par le lieutenant général des armées navales Court de La Bruyère, qui a ordre de prendre la mer avec les Espagnols sous ses ordres pour forcer le blocus britannique. Pour sauver les apparences, il doit éviter de tirer le premier.
La flotte britannique est commandée par l'amiral Thomas Mathews, qui doit empêcher les Espagnols de parvenir en Italie, et attaquer les navires français au cas où ils prendraient la mer avec les Espagnols. Sa base est le port d'Hyères, qui relève alors du Piémont, donc du royaume de Sardaigne. Il y a rejoint une escadre commandée par l'amiral Richard Lestock.
L'escadre d'avant-garde, sous les ordres du chef d'escadre Pierre Gabaret, a huit vaisseaux ; celle du centre, a six vaisseaux français et deux espagnols ; l'arrière-garde, sous les ordres de Don Navarro, regroupait les 10 autres vaisseaux espagnols.
Parmi ces vaisseaux espagnols, six sont des navires de guerre d'origine : il s'agit des Real Felipe, Santa Isabel, El Constante, América, Hércules et San Fernando. Les autres sont des navires de la Carrera de Indias, la compagnie des Indes espagnole. La principale différence entre les deux types se situe dans le calibre de l'artillerie embarquée : 24 ou 36 livres pour les navires de ligne, 12 ou 18 pour les navires de compagnie. Ainsi, la valeur au combat de deux navires d'une même force apparente, 60 canons par exemple, est très différente.
En dehors de la ligne, on trouvait quatre frégates, servant pour répéter les signaux faits par l'amiral. La Zéphyr, de 28 canons, est rattachée à l'avant-garde; L'Atalante, de 32 est rattachée au corps de bataille, comme l'est La Volage de 24 canons. Avec l'escadre espagnole, La Flore de 26 canons. La flotte franco-espagnole comptait encore 2 brûlots et un navire-hôpital.
Les Britanniques alignent 33 navires. Le contre amiral Rowley, sur le Barfleur, commande l'avant-garde (12 vaisseaux), le vice-amiral Mathews le centre (11 vaisseaux) et le vice-amiral Lestock, l'arrière-garde (10 vaisseaux).