Ce Jour-là

Bataille des Cardinaux

Bataille de la guerre de Sept Ans

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La bataille des Cardinaux, connue sous le nom de Battle of Quiberon Bay (« bataille de la baie de Quiberon ») par les Britanniques, est une bataille navale ayant opposé les flottes française et britannique pendant la guerre de Sept Ans. Elle a lieu le 20 novembre 1759 et se déroule dans un triangle de sept milles marins formé par les îles d'Hœdic et Dumet et la pointe du Croisic, au large de la Bretagne.

Alors que la France s’est engagée aux côtés de l’Autriche contre la Prusse et la Grande-Bretagne, naît un projet d’invasion de l’Angleterre destiné à concentrer sur cette dernière l’effort militaire et à mettre fin au plus vite au conflit maritime et terrestre qui épuise financièrement le royaume français. Le projet d’invasion prévoit une attaque directe de Londres par des troupes embarquées des Pays-Bas autrichiens, accompagnée de deux actions de diversion ; l’une constituée d'un corps expéditionnaire débarquant en Écosse pour ensuite envahir l’Angleterre par le nord-ouest et l’autre initiée sur le nord-ouest de l’Irlande. Ce projet est élaboré par un cabinet secret constitué des secrétaires d’État Belle-Isle, Choiseul et Berryer ; le duc d’Aiguillon, qui doit préparer les troupes terrestres dans le Morbihan, y est également admis ; Madame de Pompadour joue un rôle important, quoique occulte, dans les choix stratégiques du projet.

La partie la plus compliquée du projet consiste à rassembler et équiper une armée terrestre de 17 000 soldats dans le Morbihan, devant être escortée jusqu’à destination par une escadre de 21 vaisseaux de ligne préparée à Brest et commandée par le maréchal de Conflans. Les préparatifs sont rendus ardus par les antagonismes politiques et l’état de délitement de la Marine royale engendré par le manque de moyens financiers et humains. En parallèle, l’Angleterre de William Pitt impose un blocus naval hermétique sur les côtes bretonnes françaises, par l’intermédiaire du Western Squadron de l’amiral Hawke, tirant profit de sa présence dans la Manche et le golfe de Gascogne pour espionner les préparatifs d’invasion et intensifier l’entraînement de ses équipages.

Le 14 novembre 1759, profitant d'une accalmie météorologique, la flotte de Conflans quitte enfin Brest et se dirige vers la baie de Quiberon ; le même jour, Hawke, bien renseigné, quitte l’abri de Torbay pour venir l’affronter. Le matin du 20 novembre, Conflans aperçoit l’escadre du commodore Robert Duff, à la sortie de la baie de Quiberon et la prend en chasse. Celle-ci prend la fuite jusqu’au moment où la flotte de Hawke apparaît à l’horizon. La surprise est totale et Conflans choisit de se réfugier dans la baie plutôt que d’affronter les Anglais en pleine mer. Las, dans une mer déchainée, Hawke conduit la chasse et provoque le combat durant lequel 44 vaisseaux s’affrontent dans un espace restreint et qui conduit à la dislocation de la flotte française. Au bilan de la bataille, la marine française perd six vaisseaux et déplore 2 500 tués alors que la Royal Navy a vu deux de ses navires s’échouer et a perdu 300 hommes. Conséquences secondaires de la bataille, les flottilles françaises réfugiées dans les estuaires de la Vilaine et la Charente restent bloquées plus de deux ans, privant le royaume de leur puissance de feu.

Cette défaite française, qui sonne le glas du projet d’invasion de l’Angleterre et dont Conflans porte seul la responsabilité aux yeux de ses contemporains, ouvre la voie à une rénovation de la Marine royale dans son ensemble, qui permet à celle-ci d’être de nouveau compétitive 15 ans plus tard, alors que commence la guerre d'indépendance des États-Unis.

Contexte historique et politique

La guerre de Sept Ans (1756 - 1763)

Si la paix d‘Aix-la-Chapelle, signée le 18 octobre 1748, met un terme à la guerre de Succession d'Autriche, elle sacre également l'émergence d'une nouvelle puissance, la Prusse. Frustrée par la perte de la Silésie et de ses ressources — agriculture et minéraux — au profit du roi de Prusse, Frédéric II, Marie-Thérèse d’Autriche recherche des alliances pour la reconquérir. L’Autriche se rapproche alors de la France, alors que la Prusse s'allie à la Grande-Bretagne.

L’invasion de la Saxe par les troupes prussiennes, le 29 août 1756, déclenche le conflit, dénommé plus tard « guerre de Sept Ans » ; celui-ci ouvre deux fronts sur lesquels la France est engagée, l'un terrestre, alliée à l'Autriche contre la Prusse, et l'autre maritime, contre la Grande-Bretagne. Si le sort lui semble favorable au début de l'affrontement, la chance tourne et, à la fin de 1758, l’effort financier nécessaire pour soutenir les troupes a vidé les caisses de l’État français.

Au début de l'année 1759, aucune suprématie ne se dégage encore, que ce soit sur terre ou sur mer, mais la Marine royale peine à se maintenir sur les différents fronts, du Canada aux Indes orientales en passant par les Indes occidentales. Elle paie aussi l'absence d'une doctrine cohérente d'emploi de la Marine et le secrétaire d’État qui la dirige, Nicolas-René Berryer, ancien lieutenant général de police sans compétence dans le domaine maritime, se montre incapable de la restaurer.

La stratégie menée par le ministre de la Guerre britannique, William Pitt, commence à porter ses fruits ; elle consiste d’une part à mener un effort naval et colonial massif pour expulser les Français d’Amérique du Nord et ruiner leur commerce maritime, et d’autre part à disperser les efforts et les ressources ennemies entre l’Europe et l’outre-mer.

Le plan d'invasion de la Grande-Bretagne

Les caisses de l’État étant vides, la situation nécessite de terminer au plus vite un conflit aux conséquences financières désastreuses. Le maréchal de Belle-Isle, secrétaire d’État à la Guerre, propose alors au duc de Choiseul, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, de concentrer les forces françaises sur la Grande-Bretagne et de l’envahir afin de contraindre le gouvernement britannique à demander grâce, imposant ainsi la paix à l’Europe. Cette idée est présentée à Louis XV — « nous nous trompons d’ennemi en combattant la Prusse ; c’est l’Angleterre qu'il faut écraser » — qui semble séduit par la proposition et la décision de principe est entérinée lors d'un conseil du roi de décembre 1758. Un cabinet secret est alors créé, chargé de définir les grandes lignes du projet. Outre Belle-Isle et Choiseul, le maréchal Berryer, secrétaire d’État à la Marine, y est convié ainsi que, par la suite, Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, duc d’Aiguillon, qui est le coordinateur d’une partie du projet et le protégé de Belle-Isle. Outre cette relation particulière entre Belle-Isle et Aiguillon, qui se signale à plusieurs reprises contre Berryer et le de Conflans — le vice-amiral de Conflans, en tant que maréchal de France, doit diriger l’escadre qui accompagne le corps expéditionnaire jusqu’en Écosse —, le rôle occulte qu’exerce Madame de Pompadour durant tout le projet permet de comprendre certains aspects insolites des décisions.

« Vous sentez l’importance du secret. Madame de Pompadour est la seule qui est informée que je vous écris ; je lui dois auprès de vous la justice que dès qu'il a été question de cette expédition elle m’a dit : Il faut savoir ce que pense M. d’Aiguillon […]. »

— Lettre de Belle-Isle à Aiguillon, datée du 3 mai 1759.

Le plan qui est élaboré, quoiqu’encore flou au début de 1759, prévoit d’attaquer la Grande-Bretagne sur trois fronts. L’attaque la plus importante serait centrée sur l’estuaire de la Tamise afin de déferler sur Londres, par une armée provenant de la Flandre belge actuelle. Simultanément, deux actions de diversion seraient menées, l’une comprenant un corps expéditionnaire qui attaquerait l’Angleterre par l’Écosse, après avoir débarqué à l’ouest de celle-ci ; la seconde action de diversion serait initiée par le nord-ouest de l’Irlande.

Si l’attaque directe de Londres, prévoyant la traversée par la mer du Nord, est la plus importante, sa mise en œuvre n’est pas la plus compliquée. Une armée de 20 000 hommes, placée sour les ordres du maréchal de Soubise et du général Chevert, serait transportée des Pays-Bas autrichiens et débarquée sur les côtes de l’Essex. L’Autriche, alliée de la France, ne devrait pas s’opposer à un regroupement de soldats dans la région de la ville portuaire d’Ostende. Le débarquement s’effectuerait sur les plages de l’embouchure de la Blackwater, à près de 40 km de Londres. La simplicité du schéma, la brièveté de la traversée et la perspective d’un succès facile permettent à Chevert de claironner : « je donnerai un bal en Angleterre vers le 15 août. Mesdames, je vous y invite. »

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