La bataille de la mer des Philippines est une bataille navale et aérienne de la guerre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a opposé la Marine impériale japonaise et la Marine des États-Unis en mer des Philippines, au large des îles Mariannes du 19 au 20 juin 1944, pendant que les troupes américaines s'emparaient de Saipan pour ensuite envahir Tinian, deux îles des Mariannes du Nord.
Cette bataille, qui s'inscrit dans le cadre des opérations A-Gō côté japonais et Forager côté américain, fut un désastre pour les forces japonaises, puisqu'elles perdirent la quasi-totalité de leur aéronautique navale embarquée et un tiers des porte-avions engagés. Le sort des armes fut tellement à sens unique que les pilotes américains surnommèrent cette bataille le « Tir aux pigeons des Mariannes » (en anglais : The Great Marianas Turkey Shoot).
Après cette bataille, la Marine impériale avait perdu l'essentiel de sa force de frappe en termes d'aviation embarquée.
Après la bataille des îles Santa Cruz qui avait conclu la campagne de Guadalcanal, en octobre 1942, la flotte japonaise se retira à Truk, puis Palaos et enfin Singapour, se réorganisant et remplaçant ses pertes.
Après la mort de l'amiral Yamamoto en avril 1943, l’amiral Mineichi Koga devint commandant en chef de la Marine impériale japonaise. La stratégie navale du Japon était alors la défense d'un périmètre englobant les îles Salomon, les îles Gilbert et les îles Mariannes jusqu'aux îles Aléoutiennes. Après les succès de MacArthur en Nouvelle-Guinée et les raids aériens américains sur la base de Rabaul en automne 1943 et les dégâts subis par la flotte japonaise dans ce port, il devint évident que ce périmètre de défense ne pouvait plus inclure ni les îles Salomon, ni les Gilbert, ni les Marshall.
Koga mourut lors d'un accident d'avion en mars 1944 et fut remplacé par l'amiral Soemu Toyoda qui dirigea la flotte depuis Tokyo. La flotte combinée qui avait fait la fierté de Yamamoto s'était scindée en plusieurs groupes. La plus importante force à la disposition de Toyoda était la 3e Force, ou la Force mobile.
Depuis la fin de 1942, le commandant de la Force mobile était le vice-amiral Jisaburo Ozawa, un officier considéré comme agressif et talentueux.
Le 11 mai 1944, la Force mobile d'Ozawa quitta Singapour pour Tawi-Tawi, une île des Sulu, dans les Philippines. Le plan principal de Toyoda était l'opération « A » (A-Go) : il s'agissait d'attirer la flotte américaine dans la zone délimitée par les îles Palaos, les îles Mariannes et les îles Carolines, où étaient situées bon nombre d'unités d'aviation terrestre. L'action conjuguée de l'aviation embarquée et basée à terre devait détruire la Task Force et ainsi supprimer toute possibilité de débarquement américain aux Mariannes.
Alors que la flotte japonaise attendait l'attaque américaine dès la mi-mai à Tawi-Tawi, elle fut repérée par des sous-marins américains qui commencèrent à la harceler lors de ses sorties d'entraînement (le Yukikaze fut endommagé par une torpille), privant ainsi de précieuses heures de vol les pilotes japonais, pour la plupart jeunes et inexpérimentés. La flotte japonaise souffrant également d'une pénurie de carburant, il fut décidé de recourir au pétrole brut tiré de Bornéo en guise de produit de substitution. La décision d'utiliser ce carburant de faible qualité et hautement volatil fut particulièrement lourde de conséquences lors des combats.
Début juin 1944, la flotte japonaise détecta l'approche de la 5e Flotte et se porta à sa rencontre pour l'annihiler.
(CV=Porte-avions ; CVL=Porte-avions léger ; BB=Cuirassé ; CA=Croiseur lourd ; CL=Croiseur léger ; DD=Destroyer ; SS=Sous-marin)
L'opération américaine avait pour nom Opération Forager. Son but était la prise de contrôle des îles Mariannes et plus particulièrement Saipan et Tinian, deux îles qui appartenaient au Japon depuis 1917, et Guam, une île américaine depuis 1899, la plus grande des Mariannes située au sud de l'archipel, que le Japon avait envahie trois jours après l'attaque de Pearl Harbor.
La 5e Flotte était constituée principalement des forces de débarquement (« Forces expéditionnaires conjointes ») sous les ordres du vice-amiral R.K. Turner, et des porte-avions rapides et de leur escorte (Task Force 58 ou TF58) sous les ordres du vice-amiral Marc A. Mitscher.
Le 11 juin, la force d'invasion américaine fit précéder l'attaque principale par une série de frappes aériennes sur les Mariannes, faisant comprendre aux Japonais que l'objectif de l'attaque était les Mariannes. Ceci était une surprise pour eux puisqu'ils s'attendaient plutôt à une attaque plus au sud, soit dans les Carolines, éventuellement à Palaos.
La Force mobile quitta Tawitawi le 13 juin en direction des Mariannes. Elle était repérée par les sous-marins américains et le code secret japonais étant décrypté, tous les mouvements de la Force étaient donc connus de la 5e Flotte et de la TF58.
Par ailleurs, les raids américains du 11 juin sur les aérodromes de Rota, Saipan, Tinian et Guam avaient mis à mal la capacité aérienne de ces bases, puisque, selon les rapports américains, 150 (des 250) avions japonais furent détruits au sol ou en vol (contre 11 avions américains abattus).
Le 14 juin, Spruance reçut des informations relatives à de possibles renforts aériens japonais en provenance d'Iwo Jima et Chichi Jima dans les îles Bonin. Sachant que plusieurs jours se passeraient avant l'engagement avec la flotte japonaise, il envoya deux Task Groups, le TG 58.1 de Clark et le TG 58.4 de Harris vers ces îles, qu'ils atteignirent et attaquèrent le 16 juin, infligeant de graves dégâts aux capacités aériennes de leurs aérodromes.
Le 15 juin, l'invasion de Saipan commençait.