Ce Jour-là

Bataille de la Vuelta de Obligado

Bataille opposant la coalition franco-britannique à la Confédération argentine

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La bataille de la Vuelta de Obligado ou bataille d'Obligado, qui opposa l'Argentine à une escadre mixte britannique et française, eut lieu le 20 novembre 1845 dans les eaux du fleuve Parana, sur sa rive droite dans le nord de la province de Buenos Aires, à un virage connu sous le nom Vuelta de Obligado où le chenal, en se rétrécissant, provoque des tourbillons.

Lors de cette bataille s’affrontèrent, d’une part, la province de Buenos Aires, dirigée par Juan Manuel de Rosas, qui avait nommé commandant en chef des troupes portègnes le général Lucio Norberto Mansilla, et d’autre part l’escadre franco-britannique, dont l’intervention s’inscrivait plus largement dans le cadre du blocus franco-britannique du Río de la Plata. L’opération militaire conjointe franco-britannique fut justifiée par le prétexte de régler les différends entre Buenos Aires et Montevideo et de pacifier ainsi la région mais poursuivait en réalité le dessein d’établir des relations commerciales directes entre le Royaume-Uni et la France et les provinces de Santa Fe, d’Entre Ríos et de Corrientes sans en passer par les douanes de Buenos Aires ou reconnaître l’autorité de Rosas en qualité de délégué des affaires étrangères pour l’ensemble de la Confédération argentine.

Quoique les forces assaillantes eussent tôt fait de percer le dispositif naval argentin et de culbuter les défenses terrestres, la bataille apporta néanmoins la preuve que des vaisseaux étrangers ne pouvaient naviguer en toute sécurité dans les eaux intérieures argentines à l’encontre de la volonté du gouvernement argentin. L’issue de la bataille contribua aussi à changer les sentiments politiques dans le Cône sud dans le sens d’une allégeance accrue à Rosas et à son gouvernement.

Vers le milieu du XIXe siècle, les États-Unis intervinrent contre le Mexique et annexèrent le Texas, privant ainsi le Royaume-Uni et la France d'une source d’approvisionnement importante, principalement du coton qui y était cultivé.

Les deux nations conclurent alors une alliance pour intervenir militairement en Amérique du Sud afin d’y imposer leurs intérêts commerciaux.

L’intention était d'obliger la libre navigation du Rio de la Plata et de ses affluents (Paraná et Uruguay) et de transformer Montevideo en une base commerciale pour les deux puissances. Le 20 novembre 1845, un convoi commercial de quatre-vingt-dix navires marchands, escortés par cinq navires de guerre français et six britanniques et équipés d'un armement lourd des plus modernes, remonta le fleuve Paraná en refusant de reconnaître la souveraineté de l'Argentine sur le fleuve.

La principale défense argentine se trouvait dans un coude appelé la « Vuelta de Obligado »au nord de la ville de San Pedro. Là, Juan Manuel de Rosas, gouverneur de la province et le général Mansilla avaient préparé la défense en barrant le Paraná d'une côte à l'autre avec 24 grandes chaloupes et trois lourdes chaînes pour empêcher le passage des bateaux ennemis. Les abords étaient occupés par deux mille hommes retranchés équipés de petits canons répartis le long des côtes.

Les flottes européennes livrèrent le combat avec leur artillerie très supérieure, et les Argentins furent facilement vaincus. Toutefois, cette victoire resta sans lendemain, puisque la flotte, ne pouvant franchir le barrage, dut faire demi-tour.

Elle établit alors un blocus, qui durera jusqu’au 24 novembre 1849. Les nouvelles des pertes commerciales endurées par le convoi et les récits de la détermination des Argentins furent arrivées jusqu’en Europe, où les détenteurs de bons de dette argentine réclamèrent la fin de l’intervention.

Devant cette situation, les gouvernements européens ordonnèrent la retraite de leurs escadres du Rio de la Plata, qu'elles quittèrent en saluant le pavillon argentin de 21 coups de canon.

Cela reconnaissait la navigation sur le Río Paraná comme « une navigation intérieure de la Confédération argentine soumise à ses seules lois et règlements, tout comme sur le fleuve Uruguay à sa frontière orientale ».

La victoire militaire anglo-française, se soldant par l’écrasement des forces armées argentines (650 hommes tués, contre moins d’une trentaine dans les rangs britanniques et français), se révélera pourtant être un succès sans lendemain, puisque la détermination des forces de défense autant que les complications que comportait — et comporte encore — le cours sinueux du Paraná pour la navigation rendaient excessivement coûteuse toute nouvelle tentative de remonter le fleuve contre la volonté du gouvernement de Buenos Aires.

La bataille eut une forte répercussion dans toute l’Amérique. Le Chili et le Brésil, qui s’étaient jusque-là montrés hostiles à Rosas, changèrent leur opinion et s’associèrent, momentanément du moins, à la cause de la Confédération argentine. Il se trouva même quelques unitaires, ennemis traditionnels de Rosas, pour s’en émouvoir, à témoin le fait que le colonel Martiniano Chilavert s’offrit à rejoindre les rangs de l’armée de la Confédération.

Le général José de San Martín, de son exil en France, s’exprima comme suit devant son ami Tomás Guido :

« J’étais déjà au fait de l’action d’Obligado ; quelle iniquité ! De toute manière, les envahisseurs auront vu par cette démonstration que les Argentins ne sont pas abrutis au point de se laisser manger sans plus d’effort que celui d’ouvrir la bouche. Face à une telle façon d’agir, il ne nous reste pas d’autre parti à prendre que de ne pas regarder l’avenir et de remplir notre devoir d’hommes libres, quel que soit le sort que nous réserve le destin, lequel, dans mon intime conviction, jouera sans le moindre doute en notre faveur si tous les Argentins se persuadent du deshonneur qui s’abattrait sur notre patrie si les nations européennes triomphaient dans ce conflit, qui dans mon opinion est d’une portée égale à celle de notre émancipation vis-à-vis de l’Espagne. »

— José de San Martín (1778-1850)

Cette bataille, bien qu’ayant été pour l’Argentine une défaite tactique, déboucha sur une victoire diplomatique de la Confédération argentine, en raison du coût élevé qu’avait exigé l’opération. Implicitement, la résistance opposée par le gouvernement argentin avait forcé les envahisseurs à accepter la souveraineté argentine sur les fleuves intérieurs. Par le traité Arana-Southern de 1847, la Grande-Bretagne mit un terme définitif au conflit et ordonna en mars de la même année à sa flotte de se retirer. La France tarda encore plus de deux ans, jusqu’à la signature du traité Arana-Leprédour fin août 1850 par le gouvernement de Napoléon III. Aux termes de ces traités, la navigation sur le Paraná était reconnue comme étant « une navigation intérieure de la Confédération argentine et assujettie aux seules lois et règlements de celle-ci, à l’égal, conjointement avec l’État Oriental, du río Uruguay ».

Les Argentins considèrent encore qu’ils furent victorieux pour avoir fait reculer l’ennemi et fêtent le 20 novembre comme jour de la « souveraineté nationale » (voir le billet de 20 pesos « combate de la vuelta de obligado »).

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