La bataille de l'île d'Aix, également appelée « affaire des brûlots » et plus rarement bataille de la rade des Basques (traduction de anglais : Basque Roads) est une bataille navale, entre les Britanniques et les Français, qui eut lieu les 11 et 12 avril 1809, dans le cadre de la Cinquième Coalition.
Le combat se tient face à l'embouchure de la Charente entre Fouras et l'île d'Oléron, avec au Nord l'île d'Aix. Le port militaire de Rochefort se situe en amont à 13 km de l'embouchure sur la Charente.
En 1809, Napoléon a institué le blocus continental. Mais la flotte britannique bloque chacun des ports de l'Empire en représailles.
Les colonies des Antilles sont menacées. Il est prévu d'y envoyer une escadre pour apporter des approvisionnements et des renforts. À cet effet, des navires partent de Brest, sous le commandement de l'amiral Willaumez, pour gagner Rochefort, lieu de rassemblement du départ officiel vers les colonies. Ils doivent récupérer, au passage, des navires à Lorient, mais ceux-ci ne sont pas prêts. L'escadre n'attend pas et continue sa route pour atteindre Rochefort sans encombre.
Les navires français, ancrés devant l'embouchure de la Charente, sont surveillés par l'escadre de l'amiral Gambier, qui mouille un peu au nord-ouest de l'île d'Aix dans la rade des Basques.
Les Britanniques alignent 34 navires dont 11 vaisseaux de ligne. Le vaisseau-amiral est le HMS Caledonia, de 120 canons. Les autres sont des vaisseaux de troisième rang, de 74 canons ou de 80 canons pour trois d'entre eux. Ils alignent également 7 frégates, de 44 à 32 canons. Le HMS Mediator, 32 canons, est armé en flûte et jouera un rôle important dans le combat. La frégate HMS Imperieuse est celle de Lord Cochrane. La Royal Navy dispose ensuite de 40 autres navires de transport parmi lesquels ceux qui seront transformés en brûlots. Ils ont aussi 3 « navires-machines infernales » (sic) préparés par le colonel Congrève : une goélette, la HMS Whiting, et deux cotres affrétés, Nimrod et King Georges, sont équipés de rampes.
Les Français ont rassemblé 11 vaisseaux de ligne et 4 frégates. Le vaisseau-amiral est le puissant Océan de 118 canons. Deux 80 canons, de la classe Tonnant, le Foudroyant et la Ville de Varsovie (commandé par le capitaine de frégate Cuvillier) considéré, même par les Britanniques, comme un magnifique navire. Sept vaisseaux de 74 canons (Aquilon, Cassard, Jemmapes, Patriote, Régulus, Tonnerre et Tourville), auxquels on peut rajouter le Calcutta (en), une prise britannique, ex-Indiaman de 54 canons. Il est armé en flûte et porte de nombreux équipements pour les Antilles, comme des mortiers, des barils de poudre, de la farine, etc. Les quatre frégates sont des 44 canons : Elbe, Hortense (commandée par le capitaine Halgan), Indienne et Pallas.
L'idée d'incendier l'escadre française semble provenir de l'Amirauté britannique et n'est pas agréée par Gambier. Le Premier Lord Mulgrave propose alors à Thomas Cochrane, qui a une réputation de tête brûlée, de se charger de l'opération. En dépit des précautions prises pour ménager les susceptibilités, son arrivée n'est pas trop bien perçue sur place : en plus d'avoir été nommé par-dessus le commandant de l'escadre, il est bien connu pour ne pas trop se sentir lié par les ordres reçus.
On transforme en brûlots tous les navires possibles, des transports aux petits chasse-marées capturés. Sur les côtes des Downs, la presse annonce même la préparation de 12 brûlots supplémentaires. Pour faire bonne mesure, on sacrifiera même une frégate, le HMS Mediator, qui est transformé en bombe flottante et dont la masse doit permettre de renverser tout obstacle placé sur sa route par les Français.
Les navires français sont ancrés au sud-est de l'île d'Aix, sur trois lignes :
la première avec les quatre frégates (Indienne, Hortense, Pallas ; la quatrième, l'Elbe, est décalée et se trouve quasiment au niveau de la troisième ligne selon le rapport britannique).
la deuxième ligne avec six vaisseaux (dans l'ordre, Foudroyant, Ville de Varsovie, Océan, Régulus, Cassard, Calcutta),
la troisième avec les cinq derniers vaisseaux (Tonnerre, Patriote, Jemmapes, Aquilon, Tourville).
Ils sont amarrés sur deux ancres, avant et arrière, qui les conservent nez au nord-ouest, et suffisamment proches de l'île d'Aix pour être sûr que les Britanniques ne pourront se glisser entre les navires et la terre, comme à la bataille d'Aboukir.
Pour faire bonne mesure, les Britanniques ont vérifié les courants en lâchant des barils de goudron enflammé. Ceux-ci sont arrivés droit sur l'escadre au mouillage. Il est évident pour les Français que leurs ennemis préparent une attaque. Ils peuvent même observer à la longue vue la préparation de plusieurs brûlots. Ce n'est pas un secret, la presse britannique annonce même l'opération.
Pour sécuriser les mouillages, l'amiral Zacharie Allemand fait établir une estacade flottante de près de 900 toises de long. Il prévoit d'en établir deux, mais les équipements demandés ne seront jamais livrés. L'estacade sera donc constituée principalement d'espars fournis par les navires eux-mêmes, maintenue en place par des ancres qui seront enlevées aux mêmes vaisseaux. L'arsenal de Rochefort ne fournit quasiment rien. Zacharie Allemand choisit aussi d'équiper 73 chaloupes d'un canon de 36 ou d'une caronade ; la majeure partie de cette flottille est fournie par l'escadre. Elles devront patrouiller autour de l'escadre pour éviter toute mauvaise surprise. Enfin, Allemand a l'idée de faire démonter une partie de la mâture, déverguer les voiles pour offrir le moins de matériaux possible à un incendie provoqué, par exemple, par un brûlot.
Si ces différentes mesures ne semblent pas anormales a priori, elles seront fortement critiquées par la suite. L'estacade construite à la hâte avec un matériel insuffisant, mal arrimée, est peu solide du fait de sa construction improvisée et située trop proche du mouillage de l'escadre. Les chaloupes sont armées d'un canon porté trop lourd pour elles, certaines vont chavirer. Elles ne peuvent que difficilement se déplacer et si la mer est un peu forte, elles vont embarquer de l'eau et couler. Les vaisseaux risquent alors de se trouver dépourvus, perdant ainsi un moyen efficace de se dévier des brûlots. Quant à la réduction de la mâture, c'est être sûr que les navires ne pourront que difficilement manœuvrer s'ils devaient quitter leur mouillage, et ce sans l'aide de leurs chaloupes.
Le temps est couvert, la mer est grosse. Le vent est de Nord-Ouest, grand frais. La marée, en soirée, est montante.