La bataille de Sullivan's Island (ou bataille de Fort Sullivan) se déroule le 28 juin 1776 à Sullivan's Island près de Charleston en Caroline du Sud durant la guerre d'indépendance des États-Unis. Elle prend place lors de la première tentative britannique de capturer Charleston alors aux mains des patriotes américains. Elle est aussi parfois appelée premier siège de Charleston, en raison du siège britannique de 1780.
Les Britanniques organisent une expédition au début de 1776 afin de mener des opérations militaires dans les colonies sudistes rebelles. Retardée par des préoccupations logistiques et le mauvais temps, l'expédition atteint finalement la côte de la Caroline du Nord en mai 1776. En trouvant les conditions impropres à leurs opérations, le général Henry Clinton et l'amiral Sir Peter Parker décident plutôt d'agir contre Charleston en Caroline du Sud. Arrivant sur zone au début du mois de juin, les troupes débarquent à Long Island, près de Sullivan's Island, où le colonel William Moultrie commande un fort partiellement construit, en vue d'un bombardement naval et d'un assaut terrestre. Le général Charles Lee, commandant du Département du Sud (en) qui est responsable du théâtre sud des opérations, assure la supervision des opérations dans la zone.
L'assaut terrestre est contrecarré par la trop grande profondeur des eaux dans le canal entre les deux îles, et les défenses américaines empêchent un débarquement amphibie. Le bombardement naval a finalement peu d'effet en raison du sol sablonneux et de la nature des matériaux, notamment le palmetto, utilisés pour la construction du fort. Le feu précis des Américains entraine des dégâts considérables à la flotte britannique, qui se retire après un bombardement d'une seule journée. Les Britanniques redéploient ce contingent expéditionnaire vers New York, et ne reviennent en Caroline du Sud qu'en 1780.
Lorsque la guerre d'indépendance des États-Unis éclate en 1775, la ville de Charleston dans la colonie de Caroline du Sud est un important centre de commerce dans le sud de l'Amérique du Nord. Les citoyens de la ville se sont joints à d'autres colons pour s'opposer aux tentatives du parlement britannique de les taxer, et le recrutement de la milice augmente après la batailles de Lexington et Concord en avril 1775. Tout au long de 1775 et en 1776, les recrues pour la milice arrivent dans la ville depuis l'arrière-pays de la colonie et les fabricants et les commerçants de ville commencent à produire du matériel de guerre tandis que les fortifications commencent à prendre forme autour de la ville.
En 1775, les forces britanniques en Amérique du Nord sont principalement occupées par le siège de Boston. En cherchant des bases d'opérations où ils auraient plus de contrôle, les Britanniques planifient une expédition dans les colonies du sud. Le major-général Henry Clinton, alors à Boston, doit se rendre au cap Fear, en Caroline du Nord afin de rejoindre des loyalistes écossais levés dans l'arrière-pays de la colonie ainsi qu'une force de 2 000 Irlandais sous le commandement du major-général Charles Cornwallis.
Dès son origine, le plan comporte de nombreuses difficultés. L'expédition irlandaise, initialement supposée partir au début du mois de décembre 1775, est retardée par des difficultés logistiques, et ses 2 500 soldats ne commencent finalement leur marche que le 13 février 1776, escortés par 11 navires de guerre sous le commandement de l'amiral Sir Peter Parker. Clinton quitte Boston le 20 janvier avec deux compagnies d'infanterie légère et s'arrête d'abord à New York pour s'entretenir avec William Tryon, gouverneur royal de New York. Le major-général Charles Lee, envoyé par le major-général George Washington pour organiser la défense de New York, arrive de manière coïncidente le même jour que Clinton. Le climat à New York est à cette époque extrêmement tendu ; les forces patriotiques commencent à désarmer et à expulser les Loyalistes, tandis que la flotte britannique qui mouille devant la cité a des difficultés à se procurer des provisions. Malgré cela, Clinton ne fait aucun secret que sa cible finale se trouve dans le sud. Lee remarque qu'il s'agit là « d'une façon certainement drôle de procéder ; de communiquer son plan complet à l'ennemi est trop novateur pour qu'on lui donne du crédit ». Et ce n'est même pas le premier avertissement aux colons ; une lettre interceptée en décembre avait déjà révélé que les Britanniques envisageaient d'aller vers le Sud.
Clinton arrive à Cape Fear le 12 mars, s'attendant à trouver les troupes loyalistes déjà sur zone. Il rencontre les gouverneurs royaux de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud, respectivement, Josiah Martin (en) et Lord William Campbell, et apprend que les loyalistes écossais ont déjà été vaincus à la bataille de Moore's Creek Bridge deux semaines plus tôt. Clinton reçoit également des plaidoyers d'assistance du gouverneur royal de Géorgie, James Wright, qui arrêté, avait réussi à s'enfuir à bord du HMS Scarborough.
La flotte de Parker effectue une traversée extrêmement difficile. Battus par les tempêtes et la haute mer, les premiers navires de la flotte ne rejoignent Cape Fear que le 18 avril et Cornwallis n'arrive que le 3 mai. Après plusieurs semaines où les troupes britanniques pillent les propriétés des patriotes, Clinton, Cornwallis et Parker concluent que Cape Fear n'est pas une base convenable pour d'autres opérations. Parker qui avait envoyé des navires en reconnaissance le long de la côte, reçoit des rapports sur l'état des défenses inachevées de Charleston qui sont suffisamment prometteurs pour que la décision soit prise d'aller là-bas.
John Rutledge, récemment élu président de l'Assemblée générale, l'épine dorsale du gouvernement révolutionnaire de la Caroline du Sud, organise une force de défense sous le commandement du colonel William Moultrie, un ancien milicien ayant notamment combattu contre les Amérindiens. Ces forces comprennent trois régiments d'infanterie, deux régiments de fusiliers et un petit régiment d'artillerie ; auxquelles s'ajoutent trois compagnies indépendantes d'artillerie, portant le total des forces à environ 2 000 hommes. Ces forces augmentent encore avec l'arrivée des régiments continentaux de la Caroline du Nord et de la Virginie (1 900 soldats), ainsi que de la milice composée de 2 700 hommes issus de Charleston et de son arrière-pays.
Moultrie décide de faire construire un fort pour protéger l'entrée de Charleston contre les navires ennemis à Sullivan's Island, une petite étendue de terre sablonneuse à l'entrée du port et s'étendant sur 6,4 km long et quelques centaines de mètres de large. Un grand navire entrant dans Charleston doit d'abord traverser « Charleston Bar », une série de bancs de sable immergés se trouvant à environ 13 km au sud-est de la ville, puis passer par l'extrémité sud de Sullivan's Island pour entrer dans le canal qui conduit vers le port intérieur. Par la suite, il doit également passer l'extrémité nord de James Island (South Carolina) (en), où Fort Johnson commande l'approche du sud-est de la ville. Moultrie et son 2e régiment de Caroline du Sud arrivent sur Sullivan's Island en mars 1776 et commencent la construction d'une forteresse à partir de grumes de palmetto pour défendre l'île et le canal devant le port de Charleston. La construction avance lentement ; le capitaine Peter Horry (en), du détachement naval des patriotes, décrit le site comme « un immense enclos de 500 pieds de long et 16 pieds de large, rempli de sable pour arrêter le tir ». Les plates-formes qui soutiennent les canons sont faites de planches de 5 cm d'épaisseur et fixées avec des pointes en bois.
Le Congrès nomme le général Lee pour commander les troupes de l'armée continentale dans les colonies du sud, et ses mouvements à terre suivent ceux de la flotte de Clinton qui navigue vers le sud. Lee écrit depuis Wilmington le 1er juin que la flotte continue à naviguer, mais qu'il ne sait pas si elle se dirige vers la Virginie ou la Caroline du Sud. Il se dirige finalement vers Charleston, en avouant ne pas être sûr d'y trouver l'ennemi. Il arrive à Charleston peu de temps après que la flotte se soit ancrée devant le port et prend le commandement des défenses de la ville. Il se heurte aussitôt à un problème : les troupes de la Caroline du Sud, la milice et les régiments coloniaux ne sont pas formellement sous son autorité. Certaines troupes de Caroline du Sud refusent ses instructions, et Rutledge doit intervenir en proclamant Lee au commandement de toutes les forces de la Caroline du Sud.