La bataille de Sagonte se déroula le 25 octobre 1811 près de la ville du même nom, en Espagne, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Elle opposa les troupes françaises du maréchal Louis-Gabriel Suchet à l'armée espagnole du général Joaquín Blake y Joyes. L'affrontement se solda par une victoire française.
En septembre 1811, les forces de Suchet, qui avaient remporté plusieurs succès dans les régions orientales de l'Espagne, envahirent la province de Valence. Leur première cible fut le château de Sagonte, situé en surplomb de cette ville, dont elles cherchèrent à s'emparer par un coup de main. La garnison espagnole, sous les ordres du colonel Luis Andriani, repoussa néanmoins à deux reprises les assaillants, obligeant ces derniers à mener un siège en règle de la forteresse.
Pendant ce temps, Blake et son armée quittèrent Valence pour se porter au secours de Sagonte et affrontèrent en rase campagne les troupes numériquement inférieures de Suchet. L'attaque de Blake sur l'aile droite française tourna au fiasco et les soldats espagnols, abandonnant toute discipline, prirent la fuite. Le combat à la gauche du dispositif impérial fut plus longuement disputé, en partie du fait de la meilleure qualité des régiments espagnols engagés dans ce secteur du champ de bataille. La confrontation tourna finalement à l'avantage des Français et la quasi-totalité de l'armée de Blake fut mise en déroute.
La garnison de Sagonte, ayant perdu tout espoir d'être délivrée, capitula le lendemain de la bataille.
Alors que la guerre d'indépendance espagnole faisait rage depuis trois ans, l'armée française d'Aragon, sous les ordres du général Louis-Gabriel Suchet, s'empara des villes de Tortose le 2 janvier 1811 et de Tarragone le 29 juin de la même année. Lors de ce dernier siège, les Français tuèrent ou capturèrent 15 000 soldats espagnols, soit les deux tiers des forces présentes en Catalogne, au prix de 4 300 tués ou blessés dans leurs rangs. En récompense de la prise de Tarragone, Suchet fut élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon Ier. Alors que celui-ci était désireux de soumettre la province de Valence, les opérations dans ce secteur furent ralenties par la nécessité pour les Français de reprendre le château de Sant Ferran, près de Figueras, dont l'occupation par les Espagnols avait perturbé les lignes de communication impériales à la frontière franco-espagnole. Six jours après la reconquête de Figueras le 19 août 1811, Napoléon ordonna à Suchet de marcher sur Valence. L'empereur français estimait que, compte tenu de la panique qui agitait selon lui les troupes espagnoles chargées de la défense de cette ville, la conquête de Valence serait chose facile, ce en quoi il se trompait.
D'après l'historien britannique Charles Oman, l'armée de Valence était, de toutes les armées espagnoles, celle dont la réputation militaire était la plus décriée, s'étant notamment montrée incapable de marcher au secours de Tarragone. En octobre 1811, son effectif était de 36 000 hommes, y compris la division de réserve composée de bataillons de formation récente (numérotés 3e) mais affiliés à des régiments plus anciens. L'encadrement de ces 3e bataillons souffrait néanmoins d'un sous-effectif chronique. Les seules formations à la valeur guerrière éprouvée étaient les divisions des majors-généraux Miguel Lardizabal y Uribe et José Pascual de Zayas y Chacón, qui avaient combattu à la bataille d'Albuera et que le général Joaquín Blake y Joyes, lors de sa prise de commandement de l'armée de Valence, avaient emmenées avec lui depuis Cadix. Le commandement espagnol s'attendait également à bénéficier du concours de l'armée de Murcie, dirigée par le lieutenant-général Nicolás Mahy, pour s'opposer aux forces de Suchet, dont l'offensive prochaine ne faisait plus guère de doute.
L'armée d'Aragon, conduite par le maréchal Suchet, alignait pour sa part un effectif théorique de 50 000 soldats, dont 31 000 seulement participèrent en réalité à la campagne, déduction faite des malades et des garnisaires. À cela s'ajoutaient les 15 000 vétérans des divisions commandées par les généraux Honoré Charles Reille et Philippe Eustache Louis Severoli, déployés en Navarre et dans l'ouest de l'Aragon, qui furent placés sous les ordres de Suchet peu après le début des opérations. À l'inverse, des 23 000 hommes que comptait l'armée française de Catalogne du général Charles-Mathieu-Isidore Decaen, aucun ne put se joindre à l'offensive contre Valence en raison du harcèlement constant des miquelets catalans. La division du général Georges Frère, forte de 7 000 baïonnettes, fut affectée par Suchet à la garde de ses axes de communication. Le maréchal tria en outre sur le volet 22 000 de ses meilleurs fantassins pour mener à bien sa mission et cantonna 6 800 de ses soldats les moins aptes au combat à la défense de ses lignes de ravitaillement. L'unique point faible des troupes françaises qui s'apprêtaient à marcher sur Valence étaient les 1 500 Napolitains de la brigade du général Claude Antoine Compère. Le corps expéditionnaire de Suchet rassemblait enfin la quasi-totalité de la cavalerie et de l'artillerie de campagne disponibles.
Offensive française contre Valence
La colonne de gauche de Suchet se dirigea vers le sud-ouest en empruntant la route du littoral depuis Tortose, où le train de siège et la majeure partie des approvisionnements français étaient entreposés. Ladite colonne, totalisant 11 000 soldats, regroupait la division d'infanterie du général Pierre Joseph Habert, la brigade d'infanterie du général Louis Benoît Robert appartenant à la division française du général Louis François Félix Musnier de la Converserie, presque toute la cavalerie et l'artillerie de campagne au complet. La brigade du général Florentin Ficatier, de la division Musnier, escortait l'artillerie de siège dont la progression n'était pas aussi rapide que le reste de la colonne. Musnier lui-même ne fit pas partie de l'expédition et se vit confier le commandement des garnisons disposées le long des lignes de communication françaises. La colonne du centre chemina en direction du sud par la route de montagne qui traversait Alcañiz et Morella ; forte de 7 000 hommes, elle était composée de la division d'infanterie italienne du général Giuseppe Federico Palombini et des Napolitains de Compère. Quant à la colonne de droite, formée des 5 000 baïonnettes de la division du général Jean Isidore Harispe, elle progressa vers le sud-est en partance de Teruel, également à travers les montagnes ; de toutes les composantes de l'armée de Suchet, elle était la plus exposée car la plus proche des troupes espagnoles de Blake.
Blake, de son côté, opta d'emblée pour une attitude défensive et exhorta ses hommes à ériger une ligne de retranchements et de fortifications en avant de Valence afin de protéger la ville. Il ordonna ainsi la construction d'une puissante forteresse à Sagonte, à environ trente kilomètres au nord de Valence. Le site choisi était une colline à l'abandon qui n'abritait, en mars 1810, que les ruines de l'ancienne cité romaine de Saguntum jadis occupée par les Maures. Sur les conseils de l'officier britannique Charles William Doyle, des ouvriers espagnols remirent en état les murailles subsistantes en comblant les brèches avec des blocs de pierre prélevés sur les ruines environnantes. Le théâtre romain, jusqu'alors relativement préservé, fut démantelé pour mener à bien ces travaux. Le chantier était toutefois loin d'être achevé lorsque Suchet et son armée passèrent à l'offensive. Les 2 663 défenseurs de la place, commandés par le colonel Luis Andriani, étaient répartis en cinq bataillons, dont deux 3e bataillons de création récente. La garnison était en outre pourvue de 17 pièces d'artillerie, dont seulement trois canons de 12 livres et le reste de calibre inférieur. Une garnison espagnole de 1 000 soldats était également stationnée à Peníscola et une autre de 500 soldats à Oropesa del Mar.
Les trois colonnes de l'armée de Suchet s'ébranlèrent le 15 septembre 1811. Deux jours plus tard, la colonne de gauche contourna Peníscola, ne laissant qu'un bataillon et quelques hussards pour surveiller la place, avant de dépasser les deux tours fortifiées à proximité d'Oropesa le 19 septembre. Le soir même, la colonne centrale aux ordres de Palombini fit sa jonction avec la colonne de gauche sans avoir rencontré de difficultés au cours de sa marche. Pendant ce temps, Blake dépêcha la division du général José Obispo pour barrer la route à la colonne d'Harispe à hauteur du défilé de Barraques mais le général français, ayant détecté la présence de ses adversaires, emprunta un autre itinéraire plus à l'est pour les éviter. Sa division descendit ensuite le cours du fleuve Mijares jusqu'à la côte pour se joindre aux deux autres colonnes. Le 22 septembre, l'armée de Suchet réunie au complet quitta Castellón de la Plana et, bousculant au passage un détachement de 500 soldats espagnols à Vila-real, arriva le lendemain sous les murs de Sagonte.