La bataille de Sadowa, ou bataille de Königgrätz, est un affrontement de la guerre austro-prussienne, qui se déroule sur un plateau entre l'Elbe et la Bistritz, non loin de la ville tchèque de Hradec Králové (en allemand Königgrätz), le 3 juillet 1866. Décisive, cette bataille est une grande victoire du général prussien Helmuth von Moltke.
Cette bataille fait suite à une autre victoire des Prussiens sur les alliés de l'Autriche lors de la bataille de Langensalza (27 et 28 juin 1866).
Elle marque la fin de la lutte de pouvoir entre la Prusse et l'Autriche au sein du monde germanique. L'Autriche doit alors accepter la dissolution de la Confédération germanique que la Prusse remplace par la confédération de l'Allemagne du Nord.
Après les guerres napoléoniennes, le congrès de Vienne rétablit partiellement l'ordre ancien entre les puissances européennes en 1815. La restauration partielle des principautés allemandes s'accompagna de l'institutionnalisation de la Confédération germanique (Deutscher Bund), censée compenser la disparition du Saint-Empire romain germanique et contenir la montée du sentiment national allemand. Mais cette alliance très théorique entre les États allemands et l'Autriche est source de tensions croissantes entre les deux grandes puissances allemandes de l'époque, l'Autriche et la Prusse, quant à l'hégémonie dans la Confédération, tensions aggravées après la mise en place du Zollverein entre les États du Nord de l'Allemagne, mené par la Prusse, et délibérément attisées par le Premier ministre prussien Otto von Bismarck à l'occasion d'un conflit avec le Danemark.
Le roi du Danemark, depuis 1806, avait obtenu des duchés de langue allemande : les duchés de Schleswig et de Holstein. L'annexion de ces duchés par le Danemark provoque une insurrection dans le Holstein en 1848, puis une crise exploitée par Bismarck : la Prusse et l'Autriche conduisent en 1864 la guerre des Duchés pour forcer le Danemark à les évacuer. En 1865, par la convention de Gastein, le Danemark renonce à ces territoires : le Holstein revient à l'Autriche, le Schleswig à la Prusse. Mais, multipliant les incidents, la Prusse occupe le Holstein, ce qui conduit l'Autriche à mobiliser l'armée de la Confédération germanique. La Prusse se retire alors de la Confédération et déclare la guerre à l'Autriche le 19 juin 1866.
Du côté de l'Autriche se trouvent les États de l'Allemagne moyenne : le royaume de Bavière, le royaume de Hanovre, le royaume de Saxe, le royaume de Wurtemberg, le pays de Bade ainsi que divers petits États allemands.
Aux côtés de la Prusse se rangent la Thuringe, quelques petits États du Nord de l'Allemagne, ainsi que l'Italie, qui voit là l'occasion de s'emparer de la région de Venise encore sous souveraineté autrichienne.
À la veille de la guerre austro-prussienne, la Prusse avait envoyé des centaines d'observateurs aux côtés des Nordistes, durant la guerre de Sécession américaine, pour observer l'utilisation des moyens militaires modernes ainsi que la mise en place de stratégies adéquates. L'introduction d'une Oberste Heeresleitung (« haut-commandement »), c'est-à-dire une direction stratégique centralisée des armées, fut l'un des résultats de ces observations.
Importance dans l'histoire militaire
La bataille de Sadowa est importante à la fois dans le contexte politique général et dans le développement de la stratégie militaire en Europe. Avec Sadowa débute l'époque des manœuvres d'armées massives qui, à la différence des armées napoléoniennes, mènent des combats où l'arme à feu devient centrale. La baïonnette, qui jusqu'alors décidait de l'issue d'une bataille par des combats au corps à corps, devient accessoire avec l'élévation de la cadence de feu. Il faut ici remarquer l'introduction de nouveaux armements : la Prusse utilise des fusils Dreyse à aiguille (en allemand : Preußisches Nadelgewehr ou ZündNadelgewehr), une arme ultramoderne pour l'époque, qui permettait aux fantassins de tirer allongés 6 à 8 coups par minute car ils se rechargeaient par la culasse, alors que les Autrichiens n'étaient équipés que du fusil Lorenz, à rechargement par la bouche, ce qui les obligeait à recharger debout après chaque tir.
Dans le même temps, c'est la tactique de commandement qui est bouleversée. Jusqu'alors, sous l'influence de Frédéric II de Prusse, la tactique imposait un strict respect des consignes de l'État-major par les officiers de troupe, ceci pour la mise en œuvre de la « tactique de la ligne », c'est-à-dire la progression des troupes en lignes formant un carré ou un rectangle. Cette tactique datant du XVIIIe siècle permettait d'optimiser le temps de tir, tt ttmais présentait de sérieux inconvénients, notamment une faiblesse sur les flancs. De fait, les batailles d'Iéna et d'Auerstaedt en 1806 en avaient consacré la faillite. À présent, une marge de manœuvre plus large et une plus grande responsabilité est laissée aux hommes de terrain. Dès lors, les chefs de compagnies — c'est-à-dire les officiers au grade de capitaine ou lieutenant — peuvent, en cas de doute, prendre des décisions selon leur propre appréciation et sans craindre de sanctions pour désobéissance.
Peut-être encore plus important : la mobilisation et le transport des troupes sont opérés par le chemin de fer. Le commandant en chef Helmuth von Moltke, ancien élève de Carl von Clausewitz, utilise les moyens fournis par les techniques modernes pour mettre en œuvre des plans complexes, fondés sur le respect exact de mouvements quasi minutés. Tout aussi novatrice est la révolution des communications : le messager à cheval de l'époque pré-industrielle est de plus en plus remplacé par le télégraphe. Là encore, la bataille de Sadowa tient lieu de première expérimentation.
Le plan de bataille du comte von Moltke était, comme il le décrivit lui-même nonchalamment, « des plus simples ». Il se fondait sur le principe simple, quoique difficile à mettre en œuvre dans la pratique : « Marcher séparément, frapper ensemble » (Getrennt marschieren, vereint schlagen). Ainsi, trois armées sont mises en marche par le haut-commandement prussien à la fin de juin 1866 : la première sous le commandement du prince Frédéric-Charles de Prusse, la deuxième sous celui de son cousin le prince héritier Frédéric-Guillaume (le futur Frédéric III) et la troisième, l'armée de l'Elbe, sous le commandement du général Herwarth von Bittenfeld. Celles-ci devaient, par un large mouvement d'encerclement, anéantir l'armée autrichienne du maréchal Ludwig von Benedek. Si ce plan fonctionna, c'est sans doute également grâce à l'absence de cohésion au sein de la coalition dirigée par l'Autriche. Benedek disposait lui aussi de trois armées, mais dont deux ne lui obéissaient que très théoriquement et assuraient la défense de Francfort et de Munich. Le maréchal autrichien était donc isolé sur l'aile droite du front puisqu'il se trouvait en Bohême.
Après quelques combats dans les régions du Nord-Est de la Bohême entre le 26 juin et le 3 juillet, combats le plus souvent remportés par les armées prussiennes, les deux armées se rencontrent le 3 juillet au petit jour près de Sadowa.
Initialement, l'armée autrichienne n'a que la 1re armée prussienne et l'armée de l'Elbe face à elle, les unités du prince héritier étant encore en chemin. En effet, à la suite d'une coupure des lignes télégraphiques, l'ordre d'attaque décidé le soir précédent par Frédéric-Charles n'est transmis à l'armée emmenée par le prince héritier que vers 4 h du matin (deux cavaliers ont dû chevaucher toute la nuit). En conséquence, la pression se fait au fil des heures de plus en plus forte sur les troupes prussiennes en sous-effectif.
La 7e division d'infanterie prussienne du général-major Eduard von Fransecky, et en particulier le 27e régiment d'infanterie, attaque dans les bois de Swiep. Il se retrouve face à deux corps d'armée autrichiens. Un carnage effroyable s'ensuit. Le roi de Prusse ordonne à la 1re armée (au centre) de marcher et de soutenir Fransecky. Le village de Sadowa est pris mais les combats font toujours rage dans les bois.