La bataille de Raqqa a lieu lors de la guerre civile syrienne durant l'opération Colère de l'Euphrate, dont elle marque la phase finale. Elle est lancée le 6 juin 2017 par les Forces démocratiques syriennes (FDS), avec le soutien de la coalition internationale menée par les États-Unis, afin de prendre Raqqa, la plus importante ville contrôlée par les djihadistes de l'État islamique en Syrie.
Les combats durent quatre mois : les Forces démocratiques syriennes entrent dans la ville par les côtés Est et Ouest et encerclent totalement les djihadistes fin juin. À la mi-octobre, après la conclusion d'un accord, les derniers djihadistes peuvent évacuer la ville avec leurs familles en échange de la libération des civils retenus comme boucliers humains. La bataille s'achève le 17 octobre 2017 par la victoire des FDS qui prennent le contrôle de Raqqa, détruite cependant à 80 %.
La ville de Raqqa a souvent été considérée comme la « capitale » officieuse de l'État islamique en Syrie. Cependant, quelques mois avant le début de la bataille, l'état-major et l'administration de l'organisation djihadiste auraient quitté la ville pour s'installer à Mayadine, dans le gouvernorat de Deir ez-Zor. Selon l'ONU, Raqqa comptait 300 000 habitants — dont 80 000 déplacés ayant fui d'autres régions de Syrie — au moment de sa prise de contrôle par l'État islamique en 2014. Des habitants commencent à fuir dans les semaines précédant l'attaque de la ville. Environ 170 000 habitants de Raqqa et de sa région fuient les combats rien qu'en avril et mai 2017. Médecins sans frontières établit un camp de réfugiés à Aïn Issa, à une trentaine de kilomètres au nord de Raqqa, et affirme le 6 juin recevoir 800 déplacés par jour. Lorsque la bataille de Raqqa débute, le nombre des civils à l'intérieur de la ville est alors estimé à 160 000 par l'ONU.
Après sept mois d'offensive baptisée « opération Colère de l'Euphrate », la prise de la ville de Raqqa entre dans sa « cinquième et dernière phase ». Ainsi, les Forces démocratiques syriennes (FDS) encerclent presque complètement la ville. Elles sont déployées au nord, à l'ouest et à l'est de la cité. Les djihadistes ne peuvent se replier que par le sud en traversant l'Euphrate, mais la zone est surveillée par les forces aériennes de la coalition, qui ont de plus détruit les ponts au mois de février 2017. Fin mai, les États-Unis livrent des véhicules et pour la première fois des armes légères aux FDS.
Le 2 juin, les FDS s'emparent de la ville d'al-Mansoura, à environ 20 km au sud-ouest de Raqqa. Le 4 juin, l'artillerie des FDS bombarde pour la première fois des quartiers en périphérie de la ville : al-Machlab et Souk al-Hadid.
Les forces de l'État islamique assiégées à Raqqa sont estimées par la coalition entre 3 000 et 4 000 hommes. La Direction du Renseignement militaire française estime que 2 500 à 3 000 hommes de l'EI sont présents à Raqqa, plus 2 000 autres dans les localités plus à l'est. L'envoyé spécial des États-Unis auprès de la coalition, Brett McGurk, déclare pour sa part le 4 août 2017, alors que la bataille est engagée depuis deux mois, que 2 000 djihadistes sont toujours présents à l'intérieur de Raqqa. RFI indique, quant à elle, que selon des sources indépendantes syriennes, 3 000 à 5 000 djihadistes font face à 15 000 combattants des FDS. Depuis 2015, les djihadistes ont préparé la défense de la ville en construisant des fortifications et en creusant des tranchées et des tunnels. Ils utilisent leur tactique habituelle : drones armés, véhicule piégés kamikazes (VBIED) et engins explosifs improvisés (IED).
Les Forces démocratiques syriennes sont dominées par les Kurdes des YPG et les YPJ, mais d'autres groupes sont également présents, comme les unités yézidies des YBŞ et des YJÊ, ainsi que des groupes arabes, comme le Liwa al-Tahrir ou les Forces d'élite syriennes. L'ensemble de ces forces est dirigée par Rojda Felat. Elles sont appuyées par la coalition qui engage son aviation — plus de 3 000 frappes aériennes sont menées lors de la bataille — et ses forces spéciales. Les États-Unis déploient notamment des forces spéciales du 75e régiment de rangers, chargées de guider l'appui aérien, ainsi que des batteries d'obusiers M777 et des hélicoptères AH-64 Apache. Des conseillers militaires américains sont également présents à l'intérieur de la ville et selon le colonel Ryan Dillon, un porte-parole de l'armée américaine, s'ils ne combattent pas directement, ils sont cependant « bien plus exposés au contact avec l'ennemi qu'en Irak ». Des forces spéciales françaises et britanniques sont également engagées dans les opérations. Le 17 juillet 2017, l'agence de presse turque Anadolu dévoile la localisation de forces spéciales américaines et françaises dans dix bases — deux aérodromes et huit avant-postes — au nord de la Syrie et affirme que 200 soldats américains et 75 soldats français sont basés dans un avant-postes à une trentaine de kilomètres au nord de Raqqa. Des avions belges appuient aussi l'offensive. Les FDS bénéficient également de jumelles thermiques et d'armes équipées de lunettes de tirs nocturnes qui leur donnent un avantage dans les combats de nuit.
Le 2 juillet 2017, un millier de nouvelles recrues sont déployées en renfort à Raqqa par les FDS.
Progression des Forces démocratiques syriennes dans les quartiers de Raqqa
Le 6 juin 2017, les Forces démocratiques syriennes entrent dans Raqqa par le quartier de Mechleb, à l'est. C'est un groupe arabe, les Forces d'élite syriennes, qui pénètre le premier dans la ville. L'assaut est également lancé sur la base militaire de la Division 17, au nord. Talal Sello, porte-parole des FDS, annonce alors le « début de la grande bataille pour libérer la ville de Raqqa ».
Le 7 juin, les FDS prennent le quartier de Mechleb, situé à l'est de Raqqa ainsi que la citadelle de Harqal, située à l'ouest de la ville. Le 9 juin, selon l'OSDH, les FDS entrent dans le quartier de Jazra, situé en périphérie, à l'ouest de Raqqa. Le 10 juin, elles s'emparent de la partie ouest du quartier d'al-Sabahiya, puis avancent vers le quartier adjacent d'al-Roumaniya, plus au nord. Le 11 juin, elles annoncent avoir entièrement conquis le quartier d'al-Roumaniya. En revanche, les djihadistes contiennent les assauts des FDS sur la base de la Division 17. Le 12 juin, les FDS progressent à l'est depuis le quartier de Mechleb et se rapprochent de la vieille ville en prenant le contrôle selon l'OSDH de 70 % du quartier d'al-Senaa. Au nord, les FDS ont pris une partie de la base de la Division 17 et d'une usine de sucre adjacente, mais ils se heurtent toujours à une forte résistance des djihadistes.
Selon le photojournaliste Guillaume Briquet : « Les Américains ont mis en place une tactique très lente de progression : reconnaissances des lieux avec les drones, bombardements et avancée de 200 mètres, 500 mètres ou 1 kilomètre. Ils restent deux-trois jours, ils stabilisent, ils déminent le terrain. Ensuite, ils renvoient les drones, ils bombardent à nouveau. Ils avancent comme ça, à chaque fois en fortifiant leurs arrières ». Les deux camps engagent un grand nombre de snipers dans la bataille, tandis que les mines et engins explosifs sont massivement utilisés par les djihadistes, aussi bien dans les rues qu'à l'intérieur des maisons.
Au début de la bataille, la coalition utilise du phosphore blanc dans des zones d'habitat de civils, ce qui est interdit par les conventions internationales.
Le 20 juin, les FDS poursuivent l'encerclement de la ville par le sud en prenant les localités situées sur la rive méridionale de l'Euphrate comme Kasrat al-Farj. Les troupes arabo-kurdes poursuivent leur progression sur la rive sud du fleuve en aval de la ville.
Selon l'OSDH, à la date du 26 juin les FDS contrôlent quatre quartiers — al-Roumaniya et Sabahiya à l'ouest, al-Senaa et Mechleb à l'est — soit 25 % des quartiers résidentiels. Les forces kurdes concentrent alors leurs efforts sur le centre de la ville. Le 27 juin, au moins 19 djihadistes sont tués dans le quartier d'al-Nahda selon les FDS.