La bataille de Megiddo, qui se déroula au cours du XVe siècle avant notre ère, opposa l'armée égyptienne commandée par Thoutmôsis III à une coalition syro-cananéenne dirigée par le roi de Qadesh. C'est la première bataille de l'histoire dont les détails, très précis, nous soient connus.
Différentes dates ont été proposées : on hésite entre la période de -1450 à -1457, celle de -1480 à -1482 et celle de -1470 à -1479.
La victoire fut égyptienne et l'ennemi se réfugia dans Megiddo, qui se rendit après un siège de sept mois.
Le compte rendu de la bataille, rédigé par le scribe de l'armée Tjenen, fut consigné dans une longue inscription que le roi fit graver sur les parois du temple d’Amon-Rê à Karnak : un texte de 225 lignes, chacune mesurant 25 mètres de long, que les historiens appellent les Annales de Thoutmôsis III.
À la fin du règne d'Hatchepsout, des princes syro-cananéens s’étaient coalisés contre l’Égypte :
« Depuis Yeraza jusqu’aux marécages de la terre, on s’était rebellé (litt. « on était tombé en rébellion ») contre Sa Majesté. »— K. Sethe, p. 648.
Le puissant roi de Qadesh, cité située sur les bords de l’Oronte, avait pris la tête des coalisés. Ces derniers étaient appuyés par le roi de Mitanni, l'éternel rival de l'Égypte.
La ville de Megiddo, où se déroula la bataille, au débouché des passes du mont Carmel, était au carrefour de plusieurs pistes commerciales et militaires menant vers la côte méditerranéenne et la Mésopotamie. En raison de sa position stratégique de première importance, les coalisés y avaient concentré leurs troupes.
Après la mort d’Hatchepsout, en l’an 22 de son règne nominal, Thoutmôsis III entreprit la première des seize (ou dix-huit) campagnes qu’il dut mener pour soumettre les Asiatiques. Il avait réuni une armée nombreuse de dix mille hommes : chars, archers et fantassins, suivis par les convois de l’intendance.
Vers la mi-juillet, les Égyptiens passèrent la forteresse de Tjaru (Σιλε, Sile, l’actuel El Qantara) dans le delta oriental, et atteignirent neuf jours plus tard la ville de Gaza, qui fut prise d’assaut. Dès le lendemain, ils se remirent en marche pour arriver onze jours plus tard à Yehem, sans doute l’actuelle Yemma sur le flanc sud du mont Carmel, située à quelque 110 kilomètres de Gaza. L’objectif était la place forte de Megiddo,
« où était entré le méprisable ennemi de Qadesh en ce moment même, réunissant autour de lui les Grands de tous les pays étrangers qui avaient été fidèles à l’Égypte (litt. « sur l’eau de l’Égypte »)… leurs chevaux, leurs armées et leurs gens. »— K. Sethe, p. 650.
Pharaon envoya des éclaireurs reconnaître les environs. Il y avait trois routes possibles pour atteindre Megiddo depuis Yehem. La route du Nord, par Ziftah (en), et la route du Sud, par Taanakh (en), obligeraient l'armée à avancer en terrain découvert. En revanche, la route du milieu, par Arouna, permettrait éventuellement de surprendre les coalisés ; elle suivait toutefois un défilé étroit où les troupes ne pourraient passer qu'en file indienne : si l'ennemi attendait à la sortie, l'armée n’aurait pas le temps de se déployer.
Les officiers du roi conseillèrent la prudence :
« N’est-il pas vrai que [si on suit ce défilé] un cheval devra marcher derrière un autre cheval, l’armée et les soldats faisant de même ? Est-ce que notre avant-garde devra combattre alors que notre arrière-garde sera [encore] ici à Arouna et qu’elle ne pourra pas combattre ? Il existe des chemins plus larges… »— K. Sethe, p. 650.
Le roi passa outre à ces objections et l’armée franchit le défilé sans incident.
La bataille et le siège de Megiddo
Le lendemain, deux jours après le départ de Yehem, Pharaon chargea les ennemis à la tête de ses troupes.
« Ils fuient vers Megiddo ;… on les hisse et les tire par leurs vêtements par-dessus les murs de la ville, car les gens avaient fermé [prématurément les portes de] la ville. (…) Ah ! si l’armée de Sa Majesté n’avait pas donné son cœur au pillage (litt. « donné son cœur à piller les possessions de ces ennemis »), elle aurait pris Megiddo sur-le-champ. »— K. Sethe, p. 658.