Ce Jour-là

Bataille de Lugdunum

Bataille de Lyon

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La bataille de Lugdunum (également appelée bataille de Lyon) oppose les armées de l'empereur Septime Sévère à l'usurpateur romain Clodius Albinus, le 19 février 197, au nord de Lugdunum. Cette bataille remportée par Septime Sévère est relatée principalement par Dion Cassius, dont seul le texte remanié par Jean Xiphilin au Moyen Âge nous est parvenu.

Le 31 décembre 192, l'empereur Commode, dernier de la dynastie des Antonins, est assassiné. Septime Sévère, qui a été gouverneur de la Gaule lyonnaise de 186 à 188, est à ce moment-là en Pannonie (depuis 191), gouverneur et commandant de trois légions. Dès le lendemain de la mort de Commode, Pertinax est porté au pouvoir et promet pour son avènement un donativum. Les caisses étant vides, il ne peut honorer complètement sa promesse et se fait assassiner par les prétoriens le 28 mars 193, après seulement 87 jours de règne. Cet événement provoque la colère de Septime Sévère.

Après la mort de l'empereur Pertinax, une lutte s'engage pour sa succession. L'empereur de Rome, Didius Julianus, doit faire face à un prétendant, le commandant des légions pannoniennes Septime Sévère. Avant d'aller à Rome, Sévère fait alliance avec le puissant commandant des légions de Bretagne, Clodius Albinus, lui promettant le titre de César. Après avoir éliminé Didius en 193, Pescennius Niger en 194, et après une campagne en Orient en 195, Sévère attribua à son fils le titre de César. Cette nomination entraîne la rupture de son alliance avec Albinus qui est déclaré ennemi public par le Sénat.

En 196, après avoir été acclamé empereur par ses troupes, Clodius Albinus marche avec elles sur la Gaule. D'après l'historien Dion Cassius, jusqu'à 150 000 hommes prennent part à l’affrontement dans chaque camp. Ce nombre est très probablement exagéré car cela signifierait que près des trois quarts des troupes de l'Empire romain de l'époque y auraient participé. Albinus emmène vraisemblablement tous ses effectifs de Bretagne, soit trois légions et des troupes auxiliaires. De Gaule, il envoie des messagers demander des subsistances et de l’argent. Il installe son quartier général à Lugdunum, incorporant la XIIIe cohorte urbaine qui servait de garnison dans cette capitale provinciale. Il y est rejoint par Lucius Novius Rufus, le gouverneur de Tarraconaise, et par la VIIe légion Gemina.

L’année 196 se passe en escarmouches dans différents secteurs. Albinus attaque les forces de la province de Germanie dirigées par Virius Lupus. Il les bat mais cette victoire ne fut pas suffisante pour les convaincre de leur intérêt à changer de camp. Albinus envisage ensuite d'envahir l'Italie, mais Sévère a paré à cette éventualité en renforçant les garnisons protégeant les cols alpins.

Durant l'hiver 196-197, Sévère rassemble ses forces le long du Danube et marche vers la Gaule, où, à sa grande surprise, Albinus dispose de troupes équivalentes aux siennes. Les deux armées s'affrontent d'abord à Tinurtium (Tournus), où Sévère bien que vainqueur ne peut obtenir une victoire décisive.

La bataille a eu lieu à l'extrémité du plateau de la Dombes, au pied des Monts d'Or ou sur le plateau à l'ouest de la ville, où se trouve aujourd'hui Tassin-la-Demi-Lune.

L'armée d'Albinus fait retraite vers Lugdunum et celle de Sévère la suit. La bataille frontale et décisive commence le 11e jour avant les calendes de mars (19 février 197). D’après tous les narrateurs, l’issue de la bataille est longtemps incertaine. Selon Dion Cassius l’aile gauche d’Albinus finit par plier et se retirer dans son camp, immédiatement attaquée par les soldats de Sévère et de ses généraux, Marius Maximus, Plautien et Tiberius Claudius Candidus. De son côté, l’aile droite feint une attaque pour lancer ses traits, suivie d’un repli et attire les sévériens dans un secteur piégé de tranchées dissimulées où ils tombent en désordre et commencent à se faire massacrer. Sévère intervient avec ses prétoriens, mais tombe de cheval, frappé par une balle de fronde en plomb selon l'Histoire Auguste. Se relevant il déchira son manteau impérial, tira son épée et se jetant parmi les fuyards parvint à les arrêter et à les ramener au combat. Hérodien donne une version moins glorieuse : l’armée d’Albinus est en train de l'emporter dans le secteur commandé par Septime Sévère, qui en se repliant tombe de cheval et doit abandonner son manteau impérial pour ne pas être reconnu.

Le cours de la bataille est renversé par l’intervention décisive de la cavalerie qui contre-attaque de flanc les troupes d’Albinus. Celles-ci se croyant victorieuses ne sont plus en ordre de bataille et se débandent après une brève résistance. Les troupes de Sévère les poursuivent jusqu’à Lugdunum (Lyon) et les massacrent dans le cul-de-sac que constitue le confluent de la Saône et du Rhône. Hérodien et Dion Cassius insinuent tous deux que Lætus aurait attendu pour intervenir que l’affaire tourne mal pour Sévère, dans l’espoir de se faire proclamer empereur à sa place.

Le bilan de la bataille est inconnu, les auteurs évoquent de lourdes pertes de part et d’autre, mais aussi des prisonniers et des fuyards. Dion Cassius décrit le classique tableau des champs de bataille : plaine couverte de cadavres d'hommes et de chevaux, ruisseaux de sang qui coulent dans les fleuves. Tertullien, écrivain africain contemporain des faits, se fit l’écho du massacre, en datant un de ses écrits du temps où « le Rhône n’avait pas eu le temps de laver ses rives ensanglantées ».

Le sort exact d'Albinus n'est pas connu, car les auteurs divergent. Aurelius Victor, auteur tardif, mentionne laconiquement qu’il est tué près de Lyon. Dion dit qu’il se réfugie vers Lugdunum où il se suicide. Sévère le fait décapiter et fait disperser le reste de son corps. Selon Hérodien, les soldats de Sévère le capturent dans Lyon et le décapitent. L’Histoire Auguste rapporte diverses issues : suicide, tué par ses soldats, ou frappé par un de ses esclaves et traîné mourant devant Sévère. Toujours selon l’Histoire Auguste, Sévère aurait fait piétiner son corps par son cheval, l’aurait laissé exposé plusieurs jours, puis l’aurait fait déchiqueter par des chiens et jeter les restes dans le Rhône. En revanche, tous les auteurs s’accordent pour indiquer que la tête d’Albinus fut envoyée à Rome afin d’y être exposée en guise d'avertissement.

La ville de Lugdunum fut quant à elle livrée au pillage des soldats vainqueurs et incendiée.

Les Lyonnais en garderont un souvenir cuisant, qui se transformera au fil des siècles : Au VIe siècle, Grégoire de Tours, apparenté aux évêques de Lugdunum, rapporte sous la forme d’une persécution le souvenir déformé des massacres qu’il situe entre la mort de Pothin de Lyon et celle de Irénée de Lyon, c’est-à-dire lors de la guerre de Septime Sévère contre Albinus et du sac de Lyon : « Une persécution s'étant élevée, le démon suscita, par la main du tyran, de telles guerres dans ce pays, un si grand nombre de fidèles furent égorgés parce qu'ils confessaient le nom du Seigneur, que des fleuves de sang chrétien coulaient sur les places publiques, et que nous ne pourrions dire le nombre ni les noms des martyrs ». L'absence de toute confirmation par les auteurs chrétiens antérieurs, dont Tertullien et Eusèbe de Césarée, justifie de considérer cette « persécution » comme légendaire, lointain écho du pillage de 197.

Le lieu de la bataille n'est pas connu avec certitude. Anciennement il était situé sur le plateau de Sathonay, au nord de Lyon.

Au cours du XIXe siècle, plusieurs trouvailles fortuites dans l'agglomération lyonnaise mettent à jour des trésors monétaires significatifs : en 1826 à Genas, plus de deux mille denier (monnaie)s de Clodius Albinus ; en 1841 au clos des Lazaristes, plusieurs milliers de deniers. Des monnaies sont récupérées dans des inhumations individuelles ou collectives : en 1844 à Saint-Didier-au-Mont-d'Or, fosse commune de plusieurs squelettes, dont un porteur d'une cotte de mailles ; au début du XIXe siècle dans le 1er arrondissement de Lyon, des ossements humains et un grand nombre de monnaies d'argent ; dans le 9e arrondissement de Lyon, un amas d'ossements accompagnés de vingt-cinq deniers et au même endroit en 1883 un aureus de Clodius Albinus. Ces découvertes monétaires ont été rapidement dispersées, mais elles ont en point commun des émissions qui ne dépassent pas la date de 196, et sont presque exclusivement en deniers, espèces classiquement distribuées aux militaires. Elles peuvent donc être reliés à l'événement.

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