La bataille de Loigny, ou bataille de Loigny-Lumeau-Poupry, s’est déroulée en Eure-et-Loir, au nord d’Orléans, avec des combats sur le territoire des communes de Terminiers, Loigny, Lumeau et Poupry, à 15 km de Patay, le 2 décembre 1870 à la fin de la guerre franco-allemande de 1870. Cet affrontement, qui opposa trois corps de l’armée de la Loire à l’armée du grand-duc de Mecklembourg, annonce la fin de la campagne de la Loire et la défaite finale de la France.
Après la capitulation à Sedan de l'armée impériale, permettant l'avancée des troupes allemandes au sud de Paris, l’armée de la Loire est formée par le Gouvernement de la Défense nationale avec des troupes hétéroclites non aguerries de régiments de mobiles territoriaux et de volontaires. Au nord d'Orléans en novembre 1870, sur un front de 80 kilomètres, elle aligne six corps d'armée, dont les 15e, 16e et 17e corps au centre et à l'ouest. Elle fait marche vers Paris afin de forcer les Prussiens à lever le siège de la capitale. Le 9 novembre, par un effet de surprise, elle parvient à forcer le passage à un corps d'armée bavarois en reprenant au passage la ville d’Orléans lors de la bataille de Coulmiers ; mais sa progression ne reprend qu’à la fin novembre, par la volonté de son général, Louis d’Aurelle de Paladines, de réorganiser ses troupes et de compléter leur formation militaire ; et encore la reprise des opérations n’est-elle entreprise que sous la pression constante du gouvernement, emmené par Léon Gambetta.
Le 20 novembre 1870, la 2e armée du prince Frédéric-Charles, rendue à sa liberté de manœuvre par la reddition de Metz puis la capitulation de Sedan, prend position sur la ligne de Pithiviers–Montargis (IIIe et Xe corps d'armée), laissant le IXe corps d'armée allemand en réserve à Angerville. La masse de l’armée de la Loire ayant pris position sur l’axe Orléans-Paris, le prince ordonne le regroupement des IIIe et IXe corps d’armée sur les hauteurs dominant Toury. Puis ces forces regroupées reçoivent l’ordre du prince de fondre, via Beaugency, sur l’aile gauche des Français. Les Français progressent à présent vers Paris sur un front de 80 kilomètres, les divisions les unes à côté des autres. Le 28 novembre, le Xe corps d’armée prussien est accroché mais parvient à stopper l’avance ennemie à Beaune-la-Rolande, forçant l’aile droite de l’armée de la Loire à se reformer en forêt d’Orléans. Pour éviter une contre-attaque de ces forces, le centre français, constitué des 15e et 16e corps, pivote sur la droite en direction de Pithiviers.
Mais le 1er décembre 1870, la 1re division bavaroise, bousculée à Villepion par le 16e corps d'armée français, doit se replier. Ayant cependant localisé ainsi le gros de l'aile gauche de l'armée de la Loire, le groupe d’armées du grand-duc de Mecklembourg reçoit l’ordre de contre-attaquer le 2 décembre. Le front allemand comprend : à l’aile droite, la 4e division de cavalerie du prince Albert de Prusse et le Ier corps d'armée bavarois du général von der Tann ; au centre, la 17e division prussienne d'infanterie, et à l’aile gauche, la 22e division d’infanterie et la 2e division de cavalerie du comte de Stolberg.
Sur ordre du général d’Aurelle de Paladines, le 16e corps d'armée du général Chanzy prend position sur les hauteurs de Terminiers, suivi du 17e corps du général de Sonis, parti de la lisière Nord de la forêt d’Orléans ; le 15e corps du général des Pallières se dirige à droite vers Poupry via Artenay. Le plan d'attaque français conduit les 2e et 3e divisions du 16e corps du général Chanzy à marcher au matin du 2 décembre depuis Terminiers contre la ligne de front de Loigny à Lumeau, avec la 1re division tenue en réserve et la division de cavalerie du général Michel couvrant leur aile gauche.
Affrontements à Goury et Loigny
La bataille du 2 décembre 1870 commence vers 9 h, avec l’assaut des 1re et 2e divisions, formant le centre et l'aile gauche du 16e corps, contre les Bavarois retranchés autour du château de Goury (entre Loigny et Champdoux), qui venaient juste de s’emparer de la place.
Dans le même temps, la 1re division bavaroise du général von Dietl, la 4e division de cavalerie du prince Albert de Prusse et la brigade de cuirassiers bavarois (général von Tausch) ont pris position de Tanon (Tillay-le-Péneux) à Baigneaux, avec pour objectif Terminiers, pour couper la retraite du corps Chanzy. La 17e division d'infanterie prussienne est à Lumeau avec son artillerie qui soutient ainsi les Bavarois : Lumeau est le verrou de la bataille par l'efficacité de l'artillerie prussienne à contenir les charges françaises.
Les Bavarois, encore sous le coup des combats des jours précédents, sont néanmoins bientôt débordés par un ennemi supérieur en nombre, et se replient en désordre. À Beauvillers, la 2e division bavaroise ne parvient à arrêter les Français qu’avec peine. Sur le point d’être vaincu par l'aile gauche du 16e corps, le grand-duc de Mecklembourg ordonne alors à la 17e division du général von Tresckow, en position sur Lumeau, de galoper pour attaquer l’aile droite du 16e corps.
Néanmoins, vers 11 h 30, une contre-attaque des Bavarois entre Beauvillers et le Château de Goury parvient à repousser la 1re division de l’amiral Jaureguiberry sur Loigny, et met en difficulté l'aile gauche française. Durant tout l'après midi jusqu'à 19 h, les combats de l'aile gauche française font rage autour et dans le bourg de Loigny, d'Écuillon à Fougeu.
L’attaque allemande simultanée sur deux ailes droite et gauche finit par provoquer un risque d’encerclement du 16e corps, qui obtient l'appui des 15e et 17e corps. Le général Chanzy, en dégageant son aile droite, laisse plusieurs bataillons allemands refermer l’étau sur Terre-Noire, ce qui conduit au repli vers Terminiers et Villepion, puis à la retraite ordonnée à partir de 15 h.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la 33e brigade du général Hugo von Kottwitz finit par s’emparer de Loigny puis, en deux heures, arrête les ultimes assauts du 17e corps protégeant l'aile gauche de l'armée française. N'ayant pas reçu l'ordre de retraite, deux bataillons du 37e régiment de marche de la 1re division du 16e corps, retranchés au cimetière de Loigny, résistent. « À cinq heures, les zouaves ayant dû battre en retraite, Loigny tout entier se trouva comme dans un cercle de troupes allemandes. Au sud, le passage était fermé ; et d'ailleurs, les commandants du 37e ne songeaient qu'à une défense désespérée. Les 90e et 76e régiments de la division Treskow, maîtres de la route de Terminiers comme du chemin de Lumeau, se retournent alors vers le village. (...) Vers sept heures, presque tout ce qui restait des deux bataillons était prisonnier. »
La bataille de Loigny a fait l'objet de récupérations politiques et religieuses partisanes, dans le contexte d'une recharge sacrale après la défaite de 1870 et dans le cadre d'un nouvel « ordre moral » à la fin du XIXe siècle et jusqu'au XXe siècle. Elle est parfois appelée « bataille de Patay » par les catholiques ultramontains et notamment le général de Charette, voulant amalgamer leur interprétation religieuse de l'issue de la bataille de Loigny le 2 décembre 1870 avec celle de l'épopée de Jeanne d'Arc et la bataille de Patay le 18 juin 1429, événement de la guerre de Cent Ans, alors que Patay est éloigné à 15 km du champ de bataille de Loigny. C'est pour éviter toute confusion que la commune de Loigny s'est renommée Loigny-la-Bataille. Prônant le retour aux valeurs traditionalistes, le discours religieux considère la défaite de 1870 comme une expiation nécessaire et un châtiment de Dieu imposé à la France qui s'est éloignée depuis la Révolution française des valeurs traditionnelles monarchistes inégalitaires, avec l'émergence des citoyens déchristianisés. Il en découle la propagande et la mise en scène de l'étendard du Sacré-Cœur, et la focalisation des commémorations religieuses sur un seul événement de la bataille, à savoir la charge du général de Sonis vers 16 heures le 2 décembre 1870 au sud-ouest de Loigny, comme si les nombreux autres combats de Loigny-Lumeau-Poupry depuis le matin n'avaient pas eu une importance stratégique plus grande avec des assauts plus meurtriers et des actes de bravoure nombreux. Malgré de multiples erreurs de coordination et de direction au sein du 17e corps d'armée commandé par le général de Sonis, arrivé tardivement avec seulement deux brigades de son corps d'armée sur le champ de bataille (alors que la bataille impliquait depuis le matin 40 000 Français et 35 000 Allemands sur 10 km de front, tandis que l'armée effectuait sa retraite depuis l'après midi en bon ordre vers Terminiers-Villepion et que les combats de Loigny opposaient depuis le matin deux bataillons de la 1re division du 16e corps d'armée aux forces prussiennes et bavaroises, et que la 3e division Deflandres du 17e corps attendait à Terminiers-Gommiers l'ordre trop tardif de Sonis, que la mauvaise coordination des deux brigades de la 2e division du 17e corps conduit à un mouvement inopiné de retrait vers Terminiers qui expose dangereusement les batteries du 17e corps), les commémorations catholiques se focalisent sur la béatification du rôle du général de Sonis et des seuls 300 membres du corps franc des volontaires de l'ouest, dirigé par le général de Charette et formé de zouaves pontificaux brandissant un étendard du Sacré Cœur dans une charge vouée à l'échec. Cette charge d'arrière-garde, impliquant en fait un total de 700 soldats français de 16 à 17 heures au sud-ouest de Loigny et où le général de Sonis et le général de Charette ont été blessés, n'a pas eu d'effet notable sur l'issue de la bataille mais a été utilisée pour la propagande politique et religieuse, exaltant l'esprit de sacrifice desdits zouaves et minimisant le rôle du 51e régiment de marche dans ladite charge avec le même taux d'attrition.[réf. nécessaire]