La bataille de Leipzig, les 16 et 19 octobre 1813, appelée à cette époque bataille de Leipsick, aussi connue comme la « bataille des Nations », est une des plus importantes qui ait été livrée au cours des guerres napoléoniennes.
Après l'échec catastrophique de la campagne de Russie de 1812, elle oppose une Grande Armée en partie reconstituée aux forces de la Russie, mais aussi de la Prusse, de l'Autriche et de la Suède qui ont rejoint la Sixième Coalition contre Napoléon.
Ce combat, auquel ont pris part plus de 500 000 soldats, fut la plus grande bataille de l'histoire jusqu'à la Première Guerre mondiale, et la plus sanglante (près de 92 000 morts et blessés en quatre jours). Elle s'acheva par une défaite décisive de Napoléon Ier face aux troupes coalisées de l'Autriche, de la Prusse, de la Russie et de la Suède. Vaincue, la Grande Armée doit de nouveau battre en retraite, mais réussit à traverser l'espace germanique et à regagner le territoire français.
De la retraite de Russie à l'affrontement de Leipzig
Conséquences du désastre de Russie
Après la retraite de Russie, la Sixième Coalition se renforce sans cesse : à la Grande-Bretagne et à la Russie, adversaire principal sur le continent, se joignent la Prusse, impatiente de prendre sa revanche après sa défaite d'Iéna, puis la Suède, gouvernée par l'ancien maréchal Bernadotte qui accepte de se retourner contre son ancienne patrie moyennant la promesse de la Norvège.
La Grande Armée est sortie exsangue du désastre de la campagne de Russie où elle a perdu 400 000 hommes et 200 000 chevaux. Devant l'avance de l'armée russe, elle abandonne le duché de Varsovie, puis évacue Berlin en mars 1813, et recule jusqu'à l'Elbe,
Rétablissement de la Grande Armée sur l'Elbe (avril-juin 1813)
En quelques mois, Napoléon reconstitue une force militaire qui atteint 226 000 hommes en avril 1813 puis 450 000 en août. Mais elle se compose en grande partie de jeunes recrues sans expérience : outre les vétérans perdus en Russie, Napoléon doit laisser beaucoup d'hommes en France, en Espagne et en Italie pour parer à la menace britannique. En face, les armées de la coalition sont en phase de reconstruction : l'armée russe a perdu près de 500 000 hommes dans la campagne de 1812 et l'armée prussienne, réduite à peu de chose après Iéna, est encore loin d'être pleinement opérationnelle.
Napoléon remporte dans un premier temps deux batailles sur les forces russo-prussiennes, à Lützen, le 2 mai, et à Bautzen, les 20 et 21 mai, mais la faiblesse de sa cavalerie l'empêche d'exploiter ces succès et il ne peut atteindre son objectif : faire sortir la Prusse de la guerre.
En juin, Napoléon doit accepter la médiation de l'Autriche et signer l'armistice de Pleiswitz. L'Autriche propose à la France une paix acceptable, contre l'évacuation de la Pologne, des Provinces illyriennes et des départements français situés à l'est du Rhin, ainsi que la dissolution de la confédération du Rhin. Mais la diplomatie britannique pousse les coalisés à poursuivre la guerre. Napoléon refuse, puis accepte les propositions de Metternich, mais trop tard : l'Autriche, selon le plan de ce dernier, va se joindre à la coalition.
Manœuvres militaires et diplomatiques (août-octobre 1813)
Les hostilités reprennent début août. Posté sur tout le cours de l'Elbe défendu par de puissantes places fortes, Napoléon fait face à trois groupes d'armées commandés par le Suédois Bernadotte sur le cours inférieur de l'Elbe, le Prussien Blücher en haute Silésie et l'Autrichien Schwartzenberg en Bohême. Fidèle à sa stratégie, il veut les battre l'un après l'autre. Voulant déborder cette ligne, les coalisés, sous le commandement de Schwarzenberg, font une première tentative par la rive gauche de l'Elbe, à travers les monts de Bohême. La bataille de Dresde (26-27 août) est une victoire pour Napoléon, qui combat à un contre deux. Mais elle est suivie d'un échec à la bataille de Kulm (30 août) quand le corps du général Vandamme, qui devait couper la retraite à l'armée vaincue, est lui-même battu et contraint à la retraite.
Les alliés changent alors de stratégie. Désormais, ils évitent la confrontation directe avec Napoléon et préfèrent se retirer devant lui pour affronter ses maréchaux : les plans de Napoléon s'en trouvent contrariés ; il s'épuise en vains allers et retours pour provoquer une bataille qu'il aurait voulu conduire.
Une fois les Français suffisamment affaiblis, les alliés entreprennent de les prendre dans une large tenaille, un corps traversant l'Elbe au nord et un deuxième au sud-ouest retraversant les monts de Bohême, cette fois loin de Dresde. Ils remportent les victoires de Gross Beeren sur Oudinot, de Katzbach sur Macdonald et de Dennewitz sur Ney. Début octobre, les alliés resserrent leur tenaille : Blücher et Bernadotte franchissent l'Elbe au nord pour marcher sur Leipzig, Schwarzenberg fait de même au sud-ouest.
Le 8 octobre, par le traité de Ried conclu en secret avec l'Autriche, le royaume de Bavière met fin à son alliance avec Napoléon ; le 14 octobre, il déclare la guerre à la France ; son armée, forte de 36 000 hommes, se prépare à se joindre aux forces de la coalition.
L'alliance de la Saxe n'est guère plus solide. Le roi Frédéric-Auguste Ier de Saxe a conclu le 20 avril 1813 un accord secret avec l'Autriche qui promettait de lui rendre l'intégrité de ses États s'il se joignait à l'alliance contre Napoléon. Cependant, réfugié à Ratisbonne en terre bavaroise, Frédéric-Auguste est toujours officiellement l'allié des Français.
Concentration des troupes françaises à Leipzig