La bataille de Keren est une bataille de la Seconde Guerre mondiale (Campagne d'Afrique de l'Est) qui oppose les armées britannique et italienne autour de la ville de Keren (Érythrée) entre le 2 février et le 27 mars 1941. Après quelques engagements initiaux défavorables, les Britanniques attaquent l'Afrique orientale italienne qui menace leurs voies de communication passant par le canal de Suez. Keren contrôle le seul col permettant d'accéder aux hauts-plateaux et à Asmara.
Durant deux mois, Britanniques et Français tentent de s'emparer des positions tenues par les Italiens sur les hauteurs autour de Keren. Les premières attaques britanniques entre les 2 et 14 février sont repoussées par les Italiens. Après un mois au cours duquel les deux camps se réorganisent, les Britanniques lancent une nouvelle offensive le 15 mars. Ils effectuent des gains significatifs durant les jours suivants, tandis que les défenses italiennes se désagrègent. Keren est prise le 27 mars.
Selon Pierre Messmer, cette bataille est la bataille décisive de la campagne d'Érythrée. Après cette bataille, la conquête de l'Érythrée et de l'Éthiopie ne pose pas de difficultés particulières aux troupes alliées. Asmara tombe le 1er avril, Addis-Abeba le 6 et Massaoua le 8. La campagne d'Afrique de l'Est se termine avec la prise de Gondar le 27 novembre.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les puissances européennes colonisent la plus grande partie de l'Afrique. L'Italie entre relativement tard dans la course à l'Afrique. Elle s'implante en Afrique de l'Est le 15 novembre 1869 lorsque la Società di Navigazione Rubattino achète la baie d'Assab au sultan local. Le 5 juillet 1882, le gouvernement italien prend le contrôle du port d'Assab par décret, puis 3 ans plus tard, du port de Massoua et s'étend vers l'intérieur. La colonie d'Érythrée est formée le 1er janvier 1890. Durant les années 1880 et 1890, l'Italie acquiert également divers territoires sur la côte du Benadir[réf. nécessaire] qu'elle réunit en une colonie en 1905 qui est officialisée par une loi du 5 avril 1908.
L'Italie cherche ensuite à étendre son influence en envahissant l'Éthiopie en 1895-1896, mais est défaite par les troupes de Ménélik II à la bataille d'Adoua le 1er mars 1896. Quarante ans plus tard, le 2 octobre 1935, l'Italie fasciste envahit l'Éthiopie. Les Italiens remportent plusieurs victoires et début mai, s'emparent d'Addis-Abeba tandis que Hailé Sélassié s'enfuit en exil. Les Italiens réunissent leurs colonies est-africaines et Mussolini proclame l'Afrique orientale italienne le 9.
Cependant, une résistance éthiopienne se développe et mène une guerre de guérilla contre l'occupant italien. Le 19 février 1937, deux hommes d'origine érythréenne essayent de tuer le vice-roi Rodolfo Graziani. L'attentat échoue mais durant les semaines qui suivent les Italiens exécutent environ 10 000 personnes en représailles. De son côté, Hailé Sélassié tente d'obtenir le soutien des démocraties occidentales à la cause éthiopienne. Il obtient peu de succès jusqu'à l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Allemagne le 10 juin 1940. Il collabore alors avec les Britanniques afin de déloger les Italiens d'Éthiopie et du Somaliland britannique et s'établit à Khartoum afin d'assurer une meilleure coordination entre les résistants éthiopiens et les Britanniques. Au début de la guerre, ces derniers administrent avec leur allié égyptien le Soudan depuis 1899 et, seuls, le Kenya (1895) et le Somaliland (1884).
Premiers affrontements en Afrique de l'Est
L'Italie déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni le 10 juin 1940. Les forces italiennes en Afrique constituent dès lors une menace pour les voies d'approvisionnement maritimes britanniques en mer Rouge et au canal de Suez. Les sept destroyers et huit sous-marins italiens basés à Massaoua en Érythrée sont susceptibles d'attaquer les convois allant du golfe d'Aden à la mer Rouge.
Les Italiens comptent entre 250 000 et 280 000 hommes en Afrique orientale italienne. Environ 70 % d'entre eux sont des soldats indigènes askaris. Ils disposent de 3 300 mitrailleuses, 64 chars moyens, 39 chars légers, 126 véhicules blindés, 813 pièces d'artilleries de différents calibres datant de la première Guerre mondiale et 325 avions, dont seulement 244 en état de combattre. Ils ont également plus de 250 000 hommes en Libye. De leur côté les Britanniques ont à leur disposition 86 000 hommes stationnés en Égypte, en Palestine, au Soudan, au Somaliland britannique et au Kenya[réf. nécessaire]. Les troupes britanniques sont mieux entraînées, équipées et commandées que leurs homologues italiennes.
Début juillet 1940, les Italiens entreprennent une série de raids de faible importance au Soudan et au Kenya. Ils prennent ainsi Kassala et Gallabat au Soudan (à la frontière avec Métemma en Érythrée), ainsi que Moyale et Buna au Kenya.
Le 3 août (ou le 4 selon d'autres sources), environ 40 000 Italiens envahissent le Somaliland britannique sous le commandement du général Guglielmo Nasi. Ils s'emparent en quelques jours de plusieurs villes mal défendues. Les forces britanniques au Somaliland reçoivent quelques renforts et un nouveau commandant, le major-général Godwin-Austen. Jugeant les forces en présence trop inégales, ce dernier demande le 15 août le retrait des troupes britanniques. Les derniers soldats britanniques sont évacués vers Aden le 17. Les Italiens s'emparent de Berbera le 19 et annexent le Somaliland britannique à l'Afrique orientale italienne. Lors de cette campagne, les pertes britanniques sont de 38 tués, 71 blessés et 49 disparus contre 465 tués, 1 530 blessés et 34 disparus pour les Italiens.
Les Britanniques envahissent l'Érythrée le 18 janvier 1941, jour de la prise de Kassala à la frontière avec le Soudan. La direction des opérations est assurée par le lieutenant général William Platt, commandant des forces britanniques au Soudan. Les 4e et 5e divisions d'infanterie indiennes, commandées respectivement par les major généraux Noel Beresford-Peirse et Lewis Heath, progressent durant les deux semaines suivantes en direction de la ville fortifiée d'Agordat[réf. nécessaire]. La 4e division indienne prend la route septentrionale par Sabderat, Keru et Agordat et la 5e division indienne la route méridionale par Tessenei et Barentu. Elles parcourent 160 km en 9 jours et enlèvent successivement plusieurs villes aux Italiens[réf. nécessaire]. Elles percent les positions italiennes dans les collines et prennent Agordat le 1er février après 2 jours de combat (4e division) et Barentu le lendemain (5e division).
La bataille décisive de la campagne a lieu à Keren, ville à 100 kilomètres à l'est d'Agordat. La ville, qui est à une altitude de 1 300 mètres, est située dans un cirque, coupé au sud-ouest par le ravin Dongolaas et au nord par le ravin Anseba. Le ravin Dongolaas est le seul passage permettant d'accéder aux hauts-plateaux érythréens depuis Agordat. La route et le chemin de fer Agordat-Asmara y passent. Ce passage facilement défendable est le point stratégique le plus important. Il est surplombé au sud-est par le fort Dologorodoc et au nord-ouest par la montagne Sanchil. Au-delà du mont Sanchil se trouvent le Brig's Peak, le Hog's Back puis le mont Sammana. Une arête secondaire, l'arête 1616 qui plus tard sera nommée Cameron Ridge, surplombe la vallée et la ligne de chemin de fer au sud-ouest du Mont Sanchil. La garnison n'a pas pu construire de bunkers ou de tranchées sur les hauteurs dominant Keren en raison du sol rocheux. Keren ne dispose pas de fortifications mais sa situation la rend facilement défendable[réf. nécessaire].
Le commandant en chef des troupes italiennes en Afrique orientale est le gouverneur-général de cette colonie, le duc d'Aoste Amédée de Savoie[réf. nécessaire]. Début février 1941, la garnison de Keren n'est composée que d'une brigade coloniale (la XIe), du 11e régiment de Grenadiers de Savoie et d'unités auxiliaires[réf. nécessaire]. Dans les jours qui suivent la prise d'Agordat et de Barentu, trois autres brigades coloniales (IIe, Ve, XLIVe), le bataillon alpin "Uork Amba" du 10e régiment de Grenadiers de Savoie et d'autres unités viennent renforcer les défenses de la ville[réf. nécessaire]. Toutes les troupes sont placées sous le commandement du général Nicolangelo Carnimeo[réf. nécessaire].