Ce Jour-là

Bataille de Grunwald

Bataille ayant opposé en 1410 le royaume de Pologne allié au grand-duché de Lituanie, à l’ordre Teutonique

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La bataille de Grunwald, bataille de Žalgiris ou première bataille de Tannenberg eut lieu le 15 juillet 1410 dans le cadre de la guerre du royaume de Pologne-Lituanie contre l'ordre Teutonique. L'alliance du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, menés respectivement par le roi Ladislas II Jagellon (Władysław Jagiełło) et le grand-duc Vytautas (Witold), écrasa les chevaliers teutoniques commandés par le grand-maître Ulrich von Jungingen. La plupart des commandants teutoniques furent soit tués soit capturés.

À court terme, les chevaliers teutoniques parviennent à limiter les pertes territoriales lors de la paix de Toruń (1411) grâce à leur résistance au siège de Marienbourg. Mais à plus long terme l'ordre Teutonique ne se relèvera jamais de cette défaite. Le fardeau financier des indemnités de guerre et la taxation pour la payer entraînèrent des tensions internes, une crise économique et des révoltes sur ses terres, et dans leurs disputes suivantes avec la couronne polonaise les teutoniques auront toujours le dessous (paix du lac de Melno en 1422, Paix de Brest (1435), Traité de Thorn (1466), etc.)

Ainsi la bataille marque un basculement des pouvoirs en Europe orientale et permet à l'union de Pologne-Lituanie de devenir la puissance politique et militaire dominante dans la région.

Sur le plan symbolique et culturel la bataille est considérée comme l'une des plus importantes de l'Europe du Moyen Âge, et la plus importante victoire dans l'histoire polonaise et lituanienne. Portée par le nationalisme romantique, elle devint un symbole de résistance face aux envahisseurs et une source de fierté nationale. Au cours du XXe siècle, la bataille fut exploitée à la fois par les propagandes nazie et soviétique.

La bataille eut lieu sur le territoire de l'État monastique des chevaliers teutoniques dans la plaine entre trois villages : Grünfelde (Grunwald) à l'ouest, Tannenberg (Stębark) au nord-est et Ludwigsdorf (Łodwigowo, Ludwikowice) au sud. Les 3 villages ne sont distants que de 2 à 3 kilomètres l'un de l'autre. Ladislas II fait référence au site en latin par in loco conflictus nostri, quem cum Cruciferis de Prusia habuimus, dicto Grunenvelt. Les chroniqueurs polonais interprétèrent le mot Grunenvelt par Grünwald, littéralement forêt verte en allemand et l'expression est reprise par les Lituaniens sous le terme de Žalgiris. Les Allemands nomment le lieu de la bataille sous le nom de Tannenberg (mont aux sapins en allemand). Ainsi il existe trois noms couramment utilisés pour désigner la bataille : allemand : Schlacht bei Tannenberg, polonais : Bitwa pod Grunwaldem, lituanien : Žalgirio mūšis. Son nom dans les langues des autres peuples impliqués est biélorusse : Дубровенская бітва, ukrainien : Грюнвальдська битва, russe : Грюнвальдская битва, tchèque : Bitva u Grunvaldu, roumain : Bătălia de la Grünwald.

Il existe peu de documents contemporains concernant la bataille et la plupart ont été rédigés par des Polonais. Le plus important et le plus digne de confiance est la Cronica conflictus Wladislai regis Poloniæ cum Cruciferis anno Christi 1410 qui fut écrit moins d'un an après la bataille par un témoin oculaire. Son auteur est inconnu mais plusieurs candidats ont été proposés, le chancelier polonais Mikołaj Trąba (en) et le secrétaire de Ladislas II, Zbigniew Oleśnicki. L'œuvre complète de Cronica conflictus ne nous est pas parvenue mais un court résumé fut préservé. Une autre source majeure est Historiæ Polonicæ de l'historien polonais Jan Długosz (1415–1480). Il s'agit d'un texte détaillé et précis écrit plusieurs décennies après la bataille. La fiabilité de cette source souffre cependant de l'intervalle entre l'événement et son récit et des préjugés de Długosz envers les Lituaniens. Le Banderia Prutenorum est un manuscrit du milieu du XVe siècle représentant et décrivant les étendards teutoniques capturés après la bataille et exposés dans la basilique du Wavel. Les autres sources polonaises incluent deux lettres écrites par Ladislas II à sa femme Anne de Celje et à l'évêque de Poznan, Wojciech Jastrzębiec et des lettres envoyées par Jastrzębiec aux Polonais du Saint-Siège. Les sources allemandes incluent un rapport concis de la bataille dans la chronique de Johann von Posilge (en). Une lettre anonyme, écrite entre 1411 et 1413, découverte par l'historien suédois Sven Ekdahl (sv) en 1963 fournit d'importants détails sur les manœuvres lituaniennes.

Croisades baltes et Union de la Pologne-Lituanie

En 1230, l'ordre Teutonique, un ordre militaire croisé, s'implanta dans le Culmerland (région centrée sur Chełmno) et lança une croisade contre les clans prussiens païens. Avec le soutien du pape et de l'empereur du Saint-Empire romain germanique, les Teutoniques avaient conquis les Prussiens vers 1280 et tournèrent leur attention vers les païens du grand-duché de Lituanie. Durant un siècle, les chevaliers vont piller les terres lituaniennes, particulièrement la Samogitie qui sépare les chevaliers de Prusse de la branche livonienne de l'Ordre. Les Lituaniens abandonnèrent la Samogitie durant la guerre civile (en) de 1381 par le traité de Dubysa (en).

En 1385, le grand-duc Jogaila de Lituanie épousa Hedwige Ire de Pologne lors de l'union de Krewo. Jogaila se convertit au christianisme et fut couronné roi de Pologne et créa ainsi une union personnelle entre le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. La conversion officielle de la Lituanie au christianisme supprima l'argument religieux pour les activités teutoniques dans la région. Le grand-maître de l'Ordre, Konrad Zöllner von Rotenstein, soutenu par le roi hongrois Sigismond contesta publiquement la sincérité de la conversion de Jogaila et porta la question devant la maison pontificale. Les tensions territoriales concernant la Samogitie, appartenant aux Teutoniques depuis la paix de Raciąż de 1404, continuaient, la Pologne avait des revendications contre les chevaliers à propos de la région de Dobrzyń et de Dantzig (Gdańsk) mais les deux États étaient en paix depuis le traité de Kalisz de 1343. Les disputes étaient également motivées par des raisons commerciales, les chevaliers contrôlaient les embouchures des trois plus importants fleuves de Pologne et de Lituanie, le Niémen, la Vistule et la Daugava.

En mai 1409, un soulèvement dans la Samogitie teutonique commença. Les Lituaniens soutenaient les rebelles et les chevaliers menacèrent d'entrer en guerre. La Pologne annonça son soutien à la Lituanie et menaça d'attaquer la Prusse. Alors que les troupes prussiennes évacuaient la Samogitie, le grand-maître Ulrich von Jungingen déclara la guerre à la Pologne et à la Lituanie le 6 août 1409. Les chevaliers espéraient défaire la Pologne et la Lituanie séparément en commençant par envahir la Grande-Pologne et la Cujavie où ils prendraient les Polonais par surprise. Ils incendièrent le château de Dobrzyń (en) (Dobrzyń nad Wisłą), capturèrent Bobrowniki (en) après un siège de deux semaines, prirent Bromberg (Bydgoszcz) et pillèrent plusieurs villes. Les Polonais organisèrent des contre-attaques et reprirent Bydgoszcz et les Samogitiens attaquèrent Memel (Klaipėda). Cependant aucun des deux camps n'était prêt pour une guerre de grande envergure.

L'empereur Venceslas Ier du Saint-Empire accepta de servir de médiateur et une trêve fut signée le 8 octobre 1409 mais elle expirait le 24 juin 1410. Les deux camps utilisèrent la trêve pour se préparer en rassemblant des forces et en engageant des manœuvres diplomatiques. Venceslas, qui avait reçu un présent de 60 000 florins des chevaliers déclara que la Samogitie appartenait légalement à l'ordre et que seule la région de Dobrzyń devait être rendue à la Pologne. L'ordre offrit également 300 000 ducats à Sigismond de Hongrie, qui avait des vues sur la principauté de Moldavie, pour son soutien militaire. Sigismond tenta également, sans succès, de briser l'alliance polono-lituanienne en semant la discorde par l'offre d'une couronne royale à Vytautas, ce qui aurait fait éclater l'accord d'Ostrów. Vytautas resta ferme dans son alliance et réussit au contraire, en signant une trêve avec l'ordre Livonien, à priver les teutoniques de ce soutien.

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