La bataille de Friedland (14 juin 1807) a vu l’armée française sous le commandement de Napoléon Ier s’imposer de manière décisive face à une armée russe dirigée par le comte Levin August von Bennigsen. Elle eut lieu sur le territoire de Friedland, appelée depuis 1945 Pravdinsk, exclave de Kaliningrad, à environ 43 km au sud-est de Königsberg (depuis 1945 Kaliningrad).
La bataille marqua la fin de la guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807), au cours de laquelle les monarchies européennes se liguèrent contre la France napoléonienne. Après près de 23 heures de combats, l’armée française se rendit maîtresse du champ de bataille, abandonné par une armée russe se retirant dans le chaos le plus complet au-delà de la rivière Alle, où nombre de fuyards se noyèrent.
La conséquence directe de cette bataille fut la signature des traités de Tilsit, le 7 juillet 1807, faisant des deux nations des alliés après deux ans de guerre. Deux jours plus tard, la France signa un traité de paix avec la Prusse. Il s'agissait pour la Russie d'une paix relativement clémente, en comparaison avec celle imposée à la Prusse, défaite à l'issue de la campagne de Prusse et de Pologne. En effet, tous les territoires à l'ouest de l'Elbe lui sont amputés afin de former le nouveau royaume de Westphalie dirigé par Jérôme, frère de l'Empereur, tandis que ses possessions gagnées lors des deuxième et troisième partages de la Pologne constituent le duché de Varsovie, associé à la Saxe alliée de Napoléon.
Plusieurs historiens considèrent la bataille de Friedland comme l'une des plus brillantes victoires de Napoléon, à l'image d'Austerlitz. En effet, il a rarement pu défaire une armée de façon aussi totale qu'à Friedland. De plus, Friedland et Tilsit sont souvent considérés comme coïncidant avec l'apogée de l'Empire français. En effet, à l'automne 1807, Napoléon se lance dans l'invasion du Portugal, qui mènera l'Empire dans le « bourbier » espagnol.
Deux années auparavant, la Troisième Coalition avait été dissoute après la bataille d'Austerlitz du 2 décembre 1805. La Prusse prit alors les armes et se dressa devant Napoléon, dans le but de regagner sa place de puissance continentale.
Les Prussiens commencèrent à mobiliser leurs forces le 9 août 1806, et envoyèrent un ultimatum à Napoléon le 26 : ils sommaient les Français de se retirer au-delà du Rhin avant le 8 octobre. Napoléon ignora l'ultimatum. Son plan était simple : il devait écraser l’orgueilleuse armée prussienne avant l'arrivée des renforts russes, la Russie n'ayant toujours pas fait la paix après Austerlitz. 180 000 Français marchèrent alors sur la Prusse le 2 octobre 1806, déployés en bataillon-carré qui leur permettaient d'affronter toute menace sur leurs flancs ou arrières. Le 14 octobre, Napoléon et le maréchal Davout écrasaient à l'issue de deux batailles distinctes, la bataille d'Iéna et la bataille d'Auerstaedt, les forces prussiennes. La campagne de Prusse s'achevait rapidement, par la prise de nombreuses villes et citadelles et la capitulation des unités prussiennes ayant pu s'échapper du désastre du 14 octobre : une force de 165 000 soldats a été dissoute, avec 140 000 prisonniers (25 000 tués) et plus de 2 000 pièces d'artillerie saisies. Quelques unités prussiennes parvinrent à se replier à Königsberg, sous le commandement du général Anton Wilhelm von L'Estocq, tandis que les Français s'emparent de Berlin et s'avancent vers les provinces orientales de la Prusse. La Russie devait à présent affronter à nouveau la France, au plus près de ses propres frontières.
La campagne d'hiver 1806-1807 en Pologne
L'arrivée des Français en Pologne suscita l'enthousiasme de la population locale, considérant Napoléon comme un libérateur. L'armée russe commandée par Bennigsen abandonna Varsovie pour se replier sur la rive droite de la Vistule dans la crainte de voir les Français s'interposer entre lui et l'armée de Buxhoeveden qui était placée en relais vers le nord pour rester en contact avec l'armée prussienne de Lestocq située vers Königsberg. Le 28 novembre 1806, le maréchal Murat entrait dans Varsovie. La bataille de Pułtusk eut lieu un mois plus tard, au cours de laquelle Bennigsen et ses 50 000 Russes durent subir l'assaut de 24 000 Français avant de se replier, évitant toutefois l'encerclement prévu par Napoléon.
Avec cette bataille commence également la série de mensonges de Bennigsen au Tsar. En effet, ce qui n'opposa que deux avant-gardes devint sous la plume de Bennigsen une bataille épique où il défit 60 000 Français. Pour cet habile camouflage, il reçut du Tsar le commandement général des armées russes en Pologne, et l'ordre d'en finir au plus vite avec l'armée française de Napoléon. Les renforts russes, 50 000 hommes avec Buxhovden et 30 000 de la Garde impériale russe, étant arrivés, Bennigsen dispose alors de 140 000 hommes en Pologne.
Après une série de manœuvres des corps d'armées français qui les ont peu à peu séparés, Bennigsen prend l'offensive, en plein hiver, le 18 janvier 1807. La bataille d'Eylau, le 8 février, marque la rencontre de l'ensemble des forces, rameutées de tous les côtés, et constitue une terrible hécatombe, coûtant 25 000 hommes à chaque belligérant sans apporter aucun avantage stratégique. Bennigsen, qui se retire en bon ordre du champ de bataille, alla prétendre qu'il venait d'écraser une force française commandée par Napoléon lui-même, allégeant la Grande Armée de 25 000 soldats. Napoléon reste sur la région d'Eylau durant une semaine avant de se retirer pour placer ses troupes dans des quartiers d'hiver nécessaires pour la perspective d'une campagne de printemps. Bennigsen réoccupe alors cette région, accréditant son succès aux yeux du Tsar : il conserve le commandement des troupes russes.
L'armée russe de Bennigsen occupait des positions défensives fortes à Heilsberg, sur la rivière Alle. Les corps d'armée des maréchaux Murat et Soult attaquèrent seuls le 10 juin. Bennigsen repoussa plusieurs attaques, notamment une charge de cavalerie de Murat. Les pertes sont lourdes des deux côtés, mais Napoléon arrive avec des renforts pour limiter les dégâts côté français. 6 000 Français y laissèrent la vie, et Bennigsen se replia sur Friedland, afin de pouvoir repasser la rivière Alle et se rapprocher de Königsberg.
L'armée française, sous les ordres de Napoléon, poursuit deux buts : à Murat, Davout et Soult, la conquête de Königsberg, pour mettre à bas le royaume de Prusse ; à Victor, Ney, Mortier et Lannes, la poursuite des Russes. Napoléon souhaite livrer une bataille décisive contre les Russes, et vise le pont de Friedland, qui selon lui permettrait à Benningsen de repasser sur la rive gauche de l'Alle, afin de devancer l'armée française sur la route de Königsberg.
L'armée française, le corps de Lannes à l'avant-garde, part d'Eylau le 13 juin. Elle doit partir sur Domnau, Lannes devant porter ses troupes sur Friedland même. Rencontrant dans la nuit les Russes à mi-chemin entre Domnau et Friedland, Lannes réunit les troupes arrivées (Oudinot, Grouchy et la cavalerie saxonne), et se porte au contact de l'armée russe, à Posthenen (de), afin de l'empêcher de se déployer avant l'arrivée du reste de l'armée. Il dispose son artillerie sur le plateau dominant Posthenen, une partie des voltigeurs au centre de la plaine, dans un bois entre l'Alle à droite et Posthenen à gauche, demande à Grouchy de garder la droite du bois, le reste de la troupe (grenadiers et voltigeurs) gardant la plaine entre le bois et Posthenen. Nansouty arrive un peu plus tard avec ses carabiniers et ses cuirassiers, et occupe sur ordre de Lannes l'espace proche de la route entre Friedland et Königsberg, à gauche de Posthenen.
La description d'Adolphe Thiers dépeint le lieu où va se dérouler l'affrontement :
« Le cours de l'Alle, près du lieu où les deux armées allaient se rencontrer, offre de nombreuses sinuosités. Nous arrivions par des collines boisées, à partir desquelles le sol s'abaisse successivement jusqu'au bord de l'Alle. Le pays est couvert en cette saison de seigle d'une grande hauteur. On voyait sur notre droite l'Alle s'enfoncer dans la plaine en décrivant plusieurs contours, puis tourner autour de Friedland, revenir à notre gauche, et tracer ainsi un coude ouvert de notre côté, et dont la petite ville de Friedland occupait le fond. C'est par les ponts de Friedland, placés dans cet enfoncement de L'Alle que les Russes venaient se déployer dans la plaine vis-à-vis de nous. On les voyait distinctement se presser sur ces ponts, traverser la ville, déboucher des faubourgs, et se mettre en bataille en face des hauteurs. Un ruisseau dit le ruisseau du Moulin, coulant vers Friedland, y formait un petit étang, puis allait se jeter dans l'Alle, après avoir partagé cette plaine en deux moitiés inégales. »