La bataille de Diu est une bataille navale qui s'est déroulée les 2 et 3 février 1509 au large du port de Diu (Inde). Le Portugal défait une flotte composée de forces mameloukes, ottomanes, du zamorin de Calicut et du sultanat du Gujarat, assistées par la république de Venise et la république de Raguse. Cette bataille est parfois appelée seconde bataille de Chaul (cf. contexte de la bataille).
Cette bataille revêt une importance majeure dans l'histoire, marquant le début de la domination européenne sur les mers d'Asie, corrélée à la défaite de la puissance dominante d'alors, l'Empire ottoman. Elle marque aussi le début de la diffusion de l'opposition en Europe et au Moyen-Orient entre le christianisme et l'islam jusqu'à l’océan Indien qui était une zone prédominante du commerce international à l'époque.
Cette bataille peut être comparée à celles de Lépante en 1571, d'Aboukir en 1798, de Trafalgar en 1805 ou de Tsushima en 1905 en termes d'impact, bien que n'ayant pas eu la même échelle.
Les Portugais tirèrent rapidement profit de cette bataille en s'emparant de zones clés donnant sur l'océan Indien telles que Mombasa, l'archipel de Socotra, Mascate, Ormuz, Goa, Ceylan et Malacca, ce qui leur permit de contourner les traditionnelles routes maritimes ou terrestres contrôlées par les Arabes et les Vénitiens, en passant par le cap de Bonne-Espérance. De ce fait, ils portèrent d'un même coup atteinte aux intérêts mamelouks, ottomans, vénitiens et à ceux du sultanat du Gujarat (alors à son apogée). Le nouveau monopole portugais dura jusqu'à l'émergence de la Compagnie anglaise des Indes orientales et la bataille de Swally en 1612.
Pour les Vénitiens, cet échec, conjugué avec la formation de la Ligue de Cambrai en 1508, marqua la fin de l'apogée de leur république.
Dom Francisco de Almeida, premier vice-roi des Indes portugais ;
Amir Husain Al-Kūrdī (en), commandant de l'escadron naval mamelouk, dont l'équipage était majoritairement turc ;
Selman Reis (en), amiral ottoman ;
Malik El Hissa (en), gouverneur de Diu représentant le sultan du Gujarat ;
le zamorin de Calicut, qui se joignit à l'alliance de par son inimitié à l'égard des Portugais depuis le débarquement de Vasco de Gama en 1498 sur son territoire.
Diu était un poste avancé (musulman) et critique pour le contrôle global du commerce des épices en provenance des Indes, alors sous la mainmise conjointe des Mamelouks et des Vénitiens. Le roi Manuel Ier de Portugal, sur la base des récents exploits de Vasco da Gama, envoya son premier vice-roi avec 21 navires en 1505 afin de renforcer les récents établissements portugais en Afrique de l'Est et en Inde.
Les patrouilles navales portugaises interceptant régulièrement les approvisionnements en bois en provenance de la côte de Malabar destinés à la flotte mamelouke en mer Rouge, le sultan ottoman Bajazet II fournit à l'Égypte des galères similaires à celles qu'il utilisait en Méditerranée. Ces vaisseaux, démontés à Alexandrie avec l'aide des Vénitiens et réassemblés sur la côte de la mer Rouge, étaient cependant moins résistants sur l'océan Indien, et étaient moins bien armés que la flotte portugaise.
Cette nouvelle flotte mamelouke se dirigea vers l'Inde en 1507, faisant escale pour fortifier Djeddah contre une potentielle attaque portugaise, avant de passer par Aden, recevant l'assistance du sultan tahiride, puis, en 1508, de traverser l'océan Indien en direction du port de Diu.
La bataille de Diu servit de revanche à la première bataille de Chaul en mars 1508, qui vit la mort de Dom Lourenço Almeida, fils du vice-roi, dont le navire fut surpris par la flotte mamelouke récemment arrivée en Inde.
Les Portugais comptaient 18 bateaux commandés par le vice-roi, soit un total de 800 soldats portugais et 400 soldats indiens de Cochin. Les forces alliées disposaient de 46 à 150 navires mais peu de grande taille.
La défense de l'île était composée de la flotte énoncée, ainsi que de plusieurs forts armés de batteries côtières qui maintinrent la flotte portugaise à distance toute la nuit précédant l'attaque. Tirant profit d'un vent qui s'était levé à 3 heures du matin, 18 navires de la flotte portugaise foncèrent sur celle des alliés, sous le feu nourri de l'artillerie ennemie. Il s'ensuivit une série d'abordages très violents qui durèrent toute la journée. Le soir venu, la bataille s'acheva avec la prise du vaisseau amiral de l'émir. De nombreux navires coalisés furent coulés et capturés. Sur 450 hommes de la flotte mamelouke, 22 survécurent et furent faits prisonniers.
Dès le lendemain, le gouverneur de Diu envoya demander la paix au vice-roi portugais, qui accepta en échange de prisonniers, de quelques galères, ainsi que de son engagement à ne plus offrir asile aux flottes du calife.
Le traitement des captifs mamelouks et gujaratis fut brutal sur le chemin du retour à Cochin. Le vice-roi, en mesure de représailles contre la mort de son fils, ordonna des pendaisons et certains furent attachés aux bouches des canons portugais.